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« La confiance en bas de zéro » : la disette des Penguins de 2003-2004

Patrick Boileau (5) et le gardien Marc-André Fleury repoussent une attaque de Ryan Smyth des Oilers d'Edmonton.

Patrick Boileau (5) et le gardien Marc-André Fleury repoussent une attaque de Ryan Smyth des Oilers d'Edmonton.

Photo : La Presse canadienne / JASON SCOTT

Jean-François Chabot

À l’heure où les Sabres de Buffalo ont évité de subir un 19e revers d’affilée et ainsi établir un record de la Ligue nationale de hockey (LNH), deux membres de l’édition 2003-2004 des Penguins de Pittsburgh, Patrick Boileau et Sébastien Caron, se souviennent de leur propre traversée du désert : une série de 18 défaites.

Celle-ci s’est déroulée entre le 13 janvier 2004 face au Lightning de Tampa et le 22 février contre les Sénateurs d’Ottawa. Ils ont été battus 17 fois en 60 minutes, et une autre en prolongation.

Mercredi soir, les Sabres ont évité de dépasser cette marque de médiocrité grâce à une victoire contre les Flyers de Philadelphie, à Buffalo.

L’ancien défenseur Patrick Boileau n’était à l’époque qu’un jeune loup qui se faisait les dents dans la LNH. Il n’a pas disputé la totalité de ces 18 rencontres, mais il n’a pas oublié l’ambiance qui régnait dans le vestiaire.

Dans ce temps-là, on n’avait vraiment pas une grosse équipe à Pittsburgh. C’était une saison difficile. Moi, c’est certain que je n’étais pas un joueur régulier. Même chez les vétérans, la motivation n’était pas tout le temps là à 100 %, s’est souvenu celui qui a aussi brièvement porté les couleurs des Capitals de Washington et des Red Wings de Détroit.

Boileau se souvient à quel point chacun des membres de l’équipe jouait avec la peur de commettre la faute qui allait coûter la prochaine défaite.

T’as jamais la confiance d’être en contrôle du match, peu importe ce qui se passe. Même quand tu as les devants et que l’équipe adverse réduit l’écart à un but, tout le monde devient plus nerveux et stressé. Souvent, aussitôt que l’équipe adverse prenait l’avance ou mettait de la pression, tout le monde, on tombait sur les talons.

Une citation de :Patrick Boileau, défenseur des Penguins de Pittsburgh en 2003-2004

Pour Sébastien Caron, l’un de cinq gardiens de but ayant disputé au moins un match devant le filet des Penguins durant cette triste saison, le sentiment d’impuissance était encore plus profond.

Ce n’était pas facile… (rire embarrassé). Ce n’était pas facile pour tout le monde. La confiance était en bas de zéro, a d’abord reconnu Caron.

Quand tu perds des matchs comme ça, que ce soit à Montréal ou dans un plus petit marché comme Pittsburgh - on n’avait pas de grosses vedettes cette année-là -, ce n’est pas évident. La pression était là. C’est dur de s’en sortir. Tu descends plus bas à tous les matchs, a indiqué celui qui enseigne aux gardiens de deux collèges américains, dont le Wyoming Seminary que fréquente son fils de 15 ans, Mark-Andrew, lui aussi gardien de but.

Serrer les coudes

Le vieil adage dit que l’on gagne et que l’on perd en équipe. Or, le fait demeure que les préoccupations d’un vétéran établi n’ont souvent pas grand-chose à voir avec celles de la recrue qui ne pense qu’à se faire une place au soleil.

En observant ce qui se passe en moment au sein des Sabres de Buffalo, Boileau estime que ceux-ci forment tout de même une meilleure équipe que celles des Penguins il y a 17 ans.

On n’avait pas non plus l’équipe que les Sabres ont présentement. Ils ont quand même de très gros joueurs avec Jack Eichel, avec Taylor Hall. Ils sont un peu moins démunis qu’on pouvait l’être dans le temps, a dit Boileau.

Dahlin, je ne pas suis sûr qu’il ait du fun. Taylor Hall, présentement, je suis certain qu’il n’a aucun agrément, aucun plaisir à être là. Mais celui qui se bat pour se faire une place, je ne pense pas que la séquence de 18 matchs va vraiment le déranger parce qu’il doit tellement être concentré sur ce qu’il a à faire pour rester là (dans la formation partante) et à essayer d’avoir une carrière de 500, 600 ou 800 matchs, a renchéri celui qui, depuis maintenant 11 ans dirige l’Académie de hockey Joël Bouchard, à Boisbriand.

Patrick Boileau se souvient d’un vétéran en particulier qui l’a aidé à faire la part des choses à travers cette pénible séquence.

Dans le temps, Marc Bergevin faisait partie de notre équipe. Marc est un très très bon vivant. C’est un gars qui réussissait à garder le côté positif dans le vestiaire. Parce qu’à cette époque, il n’y avait pas grand-chose (de positif) pour se nourrir…, a précisé Boileau.

Ça prend des gars ou des vétérans qui soient capables de détendre l’atmosphère. Moi, en n’étant pas un vétéran à ce moment-là, j’arrivais dans la LNH, ça faisait du bien d’avoir un gars comme lui autour. Il aidait les jeunes. En même temps, il amenait une énergie positive qui se déroulait en même temps.

Une citation de :Patrick Boileau

Quand vient le soulagement

Toute chose, aussi bonne ou mauvaise est-elle, a une fin. Tant Boileau que Caron n’ont pas oublié le moment où la série noire des Penguins s’est enfin arrêtée. Boileau décrit bien ce qui à la base anime tous les sportifs de haut niveau, qu’ils soient amateurs ou professionnels.

C’est certain que pour les joueurs de hockey, pour les athlètes, c’est une pression que tu enlèves de tes épaules. Personne ne veut vivre un peu avec ce record-là. Ce n’est pas un record qui est l’fun à subir comme équipe. Les athlètes sont fiers, et il n’y a pas d’athlète qui va sur la glace pour perdre.

Alors oui, c’est un soulagement, on dirait qu’une fois que tu as gagné un match, un, l’atmosphère est complètement différente dans le vestiaire, parce que tu sais que tu peux en perdre 18 autres avant de rétablir le record (rires). Ça fait du bien, a-t-il lâché avec un soupir qui en dit long.

Sébastien Caron

Sébastien Caron à l'œuvre contre les Sénateurs d'Ottawa en décembre 2003.

Photo : La Presse canadienne / TOM HANSON

Caron, lui, n’était pas à Pittsburgh le soir de la grande libération. En fait, les Penguins l’avaient cédé, lui et deux autres joueurs, à leur club-école de la Ligue américaine dans l’espoir que Wilkes-Barre puisse assurer sa place en séries éliminatoires.

C’est Andy Chiodo qui était devant le filet, le 25 février 2004, face aux Coyotes de Phoenix. Ce dernier n’a disputé que 8 matchs (3-4-1) dans la LNH.

Caron dit lui aussi avoir beaucoup appris de ce passage dont on lui parle encore toutes ces années plus tard.

J’ai appris beaucoup de ça. C’est de l’expérience. Quand tu arrives dans une autre saison et que tu perds deux ou trois matchs de suite, tu sais comment t’en sortir. C’est d’essayer d’être positif le plus possible, de te concentrer sur ce que tu as à faire, de prendre du recul pour retourner à la base (de ta technique) au lieu d’essayer de trop en faire, a souligné Caron, qui est aussi propriétaire d’une petite entreprise de construction grâce à laquelle il gagne bien sa vie.

Est-ce qu’il sympathise avec les Sabres en ce moment?

C’est sûr. Je ne pense pas qu’ils aient vraiment une mauvaise équipe. Ils ont de bons jeunes. Ils ont une structure. Mais la pression arrive quand tu essaies de gagner, tu essaies trop, ça devient un peu trop. La game d’hier (lundi), ils menaient 3-0 en troisième. Ils ont perdu 4-3 en prolongation. Ce sont des choses comme ça qui font mal.

Une citation de :Sébastien Caron, gardien de but, Penguins de Pittsburgh en 2003-2004

En guise de conclusion, Patrick Boileau lance ce qu’il a apparemment déclaré très souvent à ses amis et à ses proches.

Je te dirais en blague que la saison où j’étais à Pittsburgh, les Penguins devraient donner une redevance à tous les joueurs qui étaient là parce que ça leur a permis de repêcher Sidney Crosby et que ça leur a permis de gagner trois Coupes Stanley par la suite (rires)… Les joueurs de l’édition 2003-2004 devraient avoir une ristourne ou une redevance… (rires). J’attends toujours mon chèque dans la poste… (rires).

Note : La saison 2004-2005 ayant été annulée en raison d’un lock-out, l’ordre du repêchage de 2005 a été établi en vertu d’une loterie basée sur le classement des équipes à la fin de la saison précédente. On retrouvait 48 boules dans le boulier.

Quatre équipes, les Sabres, les Blue Jackets, les Rangers et les Penguins, disposaient de trois boules chacun; 10 équipes en avaient 2; les autres, dont le Canadien, une seule. Pittsburgh a ainsi mis la main sur Crosby, tandis Montréal avait choisi Carey Price, au 5e rang.

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