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Chronique

Le CH, les séries et la dose de poison qui vient avec

Deux entraîneurs avec des masques derrière le banc de leur équipe

Dominique Ducharme devra gérer un calendrier compact

Photo : usa today sports / James Carey Lauder

On se croirait presque revenus dans les bonnes années des divisions Adams, Patrick, Smythe et Norris. Le CH, qui renoue avec la compétition ce mardi soir face aux Oilers, n’a plus qu’à se pencher pour cueillir une qualification facile en vue des séries éliminatoires de la Coupe Stanley.

Depuis que les joueurs du Canadien ont été invités à se cloîtrer chez eux le 22 mars, les deux équipes qui avaient de minces chances de les rattraper au classement se sont enfoncées davantage.

Les Canucks de Vancouver ont perdu les deux seuls matchs qu’ils ont disputés et les Flames de Calgary ont encaissé quatre revers en cinq sorties.

Avec seulement 19 matchs à jouer, les deux formations de l’Ouest présentent des fiches identiques (et médiocres) de 16-18-3. Elles n’ont amassé que 35 points en 37 matchs. Cela équivaut à la cadence d’une récolte de 77,5 points sur un calendrier de 82 parties.

Il n’y a donc pas péril en la demeure pour le CH. Loin de là. Et ce, même si la formation montréalaise fait face à un rude calendrier remanié qui lui fera disputer 25 matchs au cours des 43 prochains jours.

Les hommes de Dominique Ducharme ont deux points d’avance (37 points) sur les Canucks et les Flames. Et ils ont six matchs de plus à disputer.

En jouant seulement pour ,500 d’ici la fin de la saison (en récoltant 25 points de classement sur les 50 qui sont toujours en jeu), le CH bouclerait le calendrier avec 62 points en banque. Pour égaler ce rythme extrêmement pépère du Canadien, les Canucks et les Flames devraient quant à eux boucler la saison avec une moyenne de succès de ,710. On leur souhaite bonne chance.

Disons les choses comme elles sont : si le Canadien ratait les séries cette année, ce serait l’équivalent de se rendre au milieu d’un lac, de sauter hors d’une chaloupe... et de rater l’eau, comme le dit si bien le philosophe Gilbert Delorme.


Comme je le mentionnais au début de cette chronique, le CH se retrouve dans une situation semblable à celle qui prévalait dans les années 1980 quand, pour participer aux séries, le défi du calendrier consistait à s’emparer d’un des quatre premiers échelons d’une division de cinq équipes. Dès qu’une équipe trébuchait, les jeux étaient faits.

À cette glorieuse époque, il n’était pas rare que des récoltes de 75 ou 80 points soient amplement suffisantes pour prendre part à la grande danse du printemps.

Si le système éliminatoire normal était en vigueur cette saison, le CH occuperait présentement le 10e rang dans l’Est. Il serait engagé dans une bataille à finir avec les Bruins de Boston (17-9-5, 39 points) pour l’obtention d’une place en séries. Et peu de gens donneraient cher de la peau des Montréalais.

Encore à ce jour, on peut donc arguer que d’un point de vue sportif, peu d’organisations professionnelles nord-américaines ont autant profité de la pandémie que le Canadien de Montréal.

La saison dernière, l’équipe occupait le 24e rang de la LNH quand les activités avaient été interrompues. Durant l’été, les hommes de Claude Julien avaient ensuite été invités à participer au tournoi éliminatoire par charité, ou peut-être aussi parce que la ligue cherchait à maximiser ses revenus de télé en organisant un tournoi à 24 équipes.

Sans oublier les incroyables acquisitions, faites à prix d’ami, que Marc Bergevin est parvenu à multiplier durant l'intersaison parce que les deux tiers des organisations de la LNH étaient trop amochées financièrement ou trop coincées sous le plafond salarial pour s’intéresser aux talents disponibles sur le marché.

Cela dit, c’est bien beau de voir servir des occasions sur un plateau d’argent. Encore faut-il les saisir.


On ne veut pas entrer dans les séries éliminatoires par la porte arrière, a déclaré Marc Bergevin dans un récent point de presse.

À elle seule, cette phrase à la fois lourde et pleine de sens résume en quoi consiste le véritable défi du Canadien d’ici la fin de cette étrange saison 2020-2021.

Cette formation finira-t-elle par se construire une base solide qui lui permettra éventuellement d’émerger? On parle ici d’un club inconstant, qui n’est pas parvenu à remporter la moitié de ses matchs (14 victoires en 31 sorties) depuis le début du calendrier et qui s’est montré incapable de coller deux victoires consécutives au cours des deux derniers mois.

Ça ressemble pas mal plus à la fondation d’un château de cartes qu’à la fondation d’un château fort. À l’évidence, il faut que cette équipe se mette à coller des victoires et à se donner un élan digne de ce nom.

Toutefois, le calendrier extrêmement compressé du CH place Dominique Ducharme en face d’une sorte de monstre à deux têtes.

Son club disputera un match chaque 1,72 jour pendant un mois et demi. C’est la fin de calendrier, de loin, la plus exigeante de la division. D’un côté, l’entraîneur devra veiller à ce que son équipe progresse en s’entraînant le moins possible.

En même temps, puisqu’une place en séries est presque acquise, Ducharme devra gérer l’utilisation de ses hommes pour s’assurer qu’ils soient encore capables d’avancer quand le tournoi éliminatoire se mettra en branle.

Depuis janvier, les préparateurs physiques de l’organisation étaient déjà en mode limitation des dégâts pour permettre aux joueurs de franchir le calendrier dans une condition acceptable. À compter de mardi, on passe à un autre niveau.

Dans une ligue où le mot compromis fait rarement partie du vocabulaire, c’est une situation inconfortable.

Quand on regarde le classement, on se dit que le CH a reçu un joli cadeau au cours de la dernière semaine. Mais quand on jette un coup d’œil au calendrier, on se rend compte que le cas de COVID-19 qui a paralysé l’équipe l’a un peu empoisonné.

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