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Joan Roch : courir avec la tête et les jambes

Un homme surplombe le Rocher percé au lever du soleil

Joan Roch le matin du départ, à Percé.

Photo : Courtoisie Joan Roch

Jean-François Chabot

Un peu plus de sept mois après avoir relié Percé à Montréal, Joan Roch parle, dans son dernier livre, de sa quête et de ce qui le motive dans la pratique de la course à pied de longue distance.

Dans Ultra ordinaire 2, ouvrage abondamment illustré avec des photos qu’il a lui-même prises au fil de ses excursions, Joan Roch nous emmène à la découverte des pays qu’il a parcourus et de son univers intérieur.

Pour cet homme de 47 ans, qui a déjà passé presque la moitié de sa vie au Québec, courir est d’abord un exercice mental.

C’est d’abord dans la tête que ça se passe. Quand on veut commencer à s’entraîner, il y a une limite à ce qu’on est capable de faire. Après, courir 100, 200 ou 1000 km, c’est avec la tête que ça se fait. Si la tête n’est pas là, les jambes ne vont pas suivre.

Une citation de :Joan Roch, ultramarathonien

Il en a pour preuve, comme il le raconte dans son récit de 253 pages, qu’il a déjà entièrement abandonné la course à pied durant une période de 10 mois. De son propre aveu, le plus difficile fut de remettre sa machine en marche.

Au début, cet arrêt est apparu sous une sorte de lassitude à ne plus vouloir courir tous les jours comme je le faisais, raconte-t-il. Mais quand on court comme moi, si on s’arrête à la première alarme, je ne me serais jamais rendu où j’en suis, si chaque fois que j’avais une légère baisse de motivation, je m’étais arrêté.

C’est au bout de six mois qu’il a trouvé en lui le moyen de rallumer la flamme qu’il a d’abord cru pouvoir compenser par la pratique du vélo. Parmi les raisons qui l’avaient éloigné de sa passion, il y avait le caractère répétitif de son trajet quotidien et le fait qu’il venait de compléter six ultramarathons en l’espace de cinq mois, rien que pour voir jusqu’où il pouvait pousser son corps et son esprit.

À cela s’ajoutait le stress lié à la vie quotidienne, au travail, aux finances, à la famille et à son couple avec sa première femme qui battait de l'aile. Mais au lieu de tout mettre sur le dos de la course, il a choisi au contraire de rechausser ses sandales pour vivre le monde au rythme de sa foulée.

Toujours plus

Joan Roch est un hyperactif qui s’exprime non seulement en courant, mais en trouvant de multiples façons de partager les plaisirs que ses périples lui procurent.

En plus de ce deuxième ouvrage paru le 24 mars [ce ne sera pas le dernier, comme il l’indique lui-même à la dernière page de cet opus], il prévoit une exposition de ses meilleures photos, la production de vidéos, il veut organiser son propre ultramarathon en plus de proposer des ateliers et des conférences.

La plupart d’entre nous sont déjà essoufflés à la seule lecture du précédent paragraphe. Pourtant, pour Joan Roch, rien n’est plus normal. Dans cet univers où s’empilent les défis, il y a aussi de la place pour son rôle de père de trois enfants, un emploi d’informaticien à temps plein et une heure et demie de course à pied chaque jour. Oh… oui, et il dort quand même huit heures par jour!

Celui qui s’est d’abord fait connaître pour ses traversées sur les glaces du Saint-Laurent entre Longueuil et Montréal a été sous le feu des projecteurs l’été dernier quand il a entrepris son impressionnant parcours de 1130 km entre Percé et Montréal.

Un homme court devant une petite maison en bordure du fleuve Saint-Laurent.

Tout le temps pour s'imprégner de paysages bucoliques.

Photo : Courtoisie Joan Roch

C’est sous sa plume que l’on découvre que cet exploit hors du commun est le résultat d’un accident de parcours provoqué par les conséquences de la pandémie de la COVID-19.

Roch s’entraînait depuis de longs mois afin de réaliser ce qui, dans l’univers des ultramarathons, est reconnu comme la triple couronne : trois épreuves de 320 km ou 380 km (le Big Foot, le Tour du lac Tahoe et le Moab) à parcourir en l’espace de deux mois.

C’est ce qui m’avait remotivé. Quand j’ai appris que ces trois épreuves existaient, je me suis dit : "Ah, ça, ça m’intéresse". Quand je me lance dans une aventure, je veux qu’il m’arrive quelque chose d’un petit peu désagréable. Ça fait de meilleures histoires à raconter.

Une citation de :Joan Roch

Avec trois défis de cette taille, il était convaincu qu’il allait en baver et que quelque chose allait mal se passer afin de pimenter son récit. Sauf qu’il n’avait pas prévu que la planète entière allait être mise à l’arrêt par le coronavirus.

La fermeture de la frontière entre le Canada et les États-Unis a mis du sable dans l’engrenage. Qu’à cela ne tienne, car il en faut plus pour freiner son élan. Les vacances sont là. Il a besoin de matière pour achever la rédaction de son bouquin, pour lequel il a pris un engagement ferme.

Aller simple pour Percé

C’est le moment qu’a choisi Joan Roch pour partir à la découverte du fleuve, qu’il avait déjà traversé des dizaines de fois, mais qu’il n’avait encore jamais exploré au-delà de Québec.

C’est en se basant uniquement sur des cartes et des images de Google Earth qu’il décide de se lancer dans le projet fou de parcourir la route 132 au départ de Percé. Parti en autobus avec un aller simple, il allait en être quitte pour quelques surprises désarmantes.

En raison de mon tempérament, ma planification en général est très mauvaise. Encore une fois, ç’a été une catastrophe. Étudier le terrain, ce n’est pas mon truc non plus. Je pensais que c’était plat parce que j’avais fait de Québec à Montréal, où je pense qu’il n’y avait à peu près que cinq mètres de dénivelé positif. Je me suis dit qu’en longeant le fleuve, le terrain serait forcément plat du début à la fin.

Erreur! Il avait aussi sous-estimé les vents gaspésiens et la chaleur intense dans la péninsule pendant les périodes de canicule. Comme quoi, on ne peut épater la galerie dans tous les domaines.

Un homme boit du lait au chocolat.

Joan Roch prend une pause pour se réhydrater.

Photo : Courtoisie Joan Roch

Malgré tout, il garde de son expérience une impression très positive de ce territoire qu’il a découvert, en pleine pandémie, comme des milliers de Québécois davantage habitués aux plages du Maine, du New Hampshire ou de la Virginie.

Sauf que moi, je suis rentré à pied. J’ai vu le fleuve se refermer lentement, de ne pas voir la rive de l’autre côté pour finalement l’apercevoir en arrivant en face de Baie-Comeau. Et en arrivant à Québec, voir la pointe de l’île d’Orléans et la rive toute proche.

Une citation de :Joan Roch

Il retient en plus l’extrême générosité de tous ces Québécois qui l’ont aidé, encouragé, hébergé, nourri et même soigné tout au long de son périple.

Demander à Joan Roch s’il a d’autres projets, c’est comme demander à un enfant s’il a envie d’un cadeau à Noël. Et le prochain défi sera d’envergure égale à son ambition.

Le plus fou, c’est que j’y pensais au tout début de mon Percé/mont-Royal, parce que j’ai beaucoup le temps de penser quand je cours de longues distances comme ça. À un moment où ça allait très mal, c’était très tôt dans mon parcours, je savais pertinemment que c’est pas parce ç’a allait mal que je ne le referais plus jamais.

Je me disais que si j’arrivais au bout, je savais que j’oublierais à quel point c’était désagréable et que dans un an ou deux l’envie allait me reprendre. La suite logique, si je suis passé de 250 à 1100 km, ce serait de multiplier à nouveau par quatre.

Sauf que là, on arrive dans les 4000 ou 5000 km. C’est un continent! À moins de tourner en rond très très longtemps, le plus simple, c’est de partir d’un océan et atteindre l’autre. Traverser le Canada, ce serait assez sympa! Pas cet été, mais probablement l’été prochain.

Gros plan des pieds couverts de bandages d'un homme en sandales

Aussi invraisemblable que cela puisse paraître, les sandales demeurent ses "chaussures de course" préférées.

Photo : Facebook/Joan Roch

Nombreux sont ceux qui s'étonnent encore en constatant que Joan Roch franchit ces impensables distances chaussé de sandales. Pendant que les boutiques spécialisées rivalisent pour vendre des chaussures à la fine pointe de la technologie, notre ultramarathonien s'en remet à ce que les Romains portaient déjà il y a plus de 2000 ans.

Un, ce n'est pas pour tout le monde. Et deux, je ne m'y suis pas mis hier. Je n'ai pas fait ça du tout pour frapper l'imaginaire des gens, mais c'est moi qui devais courir plus de 1000 km avec quelque chose aux pieds. Je n'en suis pas encore à courir pieds nus. J'ai couru avec des chaussures quasiment toute ma vie comme tout le monde. Les chaussures, c'est pas magique non plus.

À un moment, c'est sûr que je vais avoir des ampoules, ça va frotter. T'as les pieds qui saignent tellement ça frotte. Les sandales, c'est très léger et c'est très pratique en cas de canicule, parce que comme avec des gougounes, le pied respire.

En attendant, en compagnie de sa conjointe Anne, elle aussi coureuse, il initie lentement la petite dernière, Aimée, 9 ans.

Dernièrement, elle a voulu venir courir avec moi. Je ne veux pas la forcer à courir parce qu’à chacun son sport, à chacun son activité. Mais elle voulait absolument venir. C’était une journée grise, pluvieuse. Elle a couru un kilomètre, facile, puis un deuxième. On ne courait pas trop loin de la maison au cas où elle se fatiguerait. Finalement, elle a fait 9 km, à 9 ans, avec un grand sourire et en rigolant.

Joan Roch pense que sa fille montre un beau potentiel. Elle a du courage. Elle choisit toujours les pires journées pour aller courir. Elle n’attend pas qu’il fasse beau et chaud pour y aller et ça aussi, c’est encourageant, conclut le papa plutôt fier.

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