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Chronique

Cher entraîneur de la vieille école

Des jeunes agenouillés sur le terrain de baseball regardent leurs entraîneurs.

Une équipe de baseball à l'écoute de ses entraîneurs

Photo : iStock / Denise Poshard

Cher entraîneur de la vieille école, oui toi, même si tu n’as que 28 ans, mais pas nécessairement toi qui en a 55. La vieille école n’est pas une question d’âge, mais bien de méthodes d’entraînement qui ne fonctionnent plus et qui n’ont plus leur place.

Ce n’est pas parce que ton entraîneur t’insultait que tu devrais insulter à ton tour. Oui, souvent, dans la vie, on répète ce que l’on a vécu. Mais est-ce qu’on frappe encore nos enfants avec une règle à l’école? Est-ce qu’on leur crie après ou les ridiculise à la maison ou en public?

Je tiens à m’adresser directement à ces dinosaures qui prétendent avoir la science infuse du succès, car ils sont des durs de durs et que c’est comme ça qu’on forme des champions.

Depuis quelques semaines, il semble y avoir un déluge d’entraîneurs aux comportements abusifs qui font les manchettes pour les mauvaises raisons dans plusieurs sports. Et tout ça au nom de la vieille école qui vous mènera tout droit vers les dieux de l’Olympe?

D’abord bienvenue en 2021, dans ce beau pays qu’on appelle le Canada, où le respect est la base de toute relation humaine.

Les athlètes avec qui vous travaillez sont probablement nés dans les années 2000. Je vous entends dire : Ah, cette maudite génération de privilégiés paresseux qui ont tout cuit dans le bec et qui demandent sans cesse pourquoi on fait ceci ou cela. Si vous pensez comme ça, vous êtes bel et bien un entraîneur de la vieille école.

Ces jeunes sont en fait extraordinaires et veulent gagner autant que les générations précédentes. Ils n’acceptent juste pas d’être traités comme des numéros, des robots, ou maltraités comme les générations passées.

D’ailleurs, n’oubliez pas que les robots de la nouvelle génération ont maintenant une intelligence artificielle qui devance en plusieurs points celle de l’être humain. Donc même un robot n’est plus juste un robot, vous me suivez?

Vous devez changer vos façons de faire ou faire autre chose de votre vie s’il vous plaît.

Assez parlé de ceux qui font déjà trop souvent la une, parlons maintenant de ceux qui sont de bons entraîneurs, qui permettent à l’athlète de se dépasser, de s’épanouir. C’est la cofondatrice de Sport'Aide, Guylaine Dumont, qui m’a donné l’idée de tourner le projecteur vers eux. Elle sait mieux que quiconque ce qui fait la différence entre un bon et un mauvais entraîneur.

J’ai personnellement travaillé avec plusieurs champions et il n’y a jamais eu de place pour l’insulte et le manque de respect. Chez nous, à B2dix, lorsqu’on est responsable de l’encadrement d’un athlète, celui-ci est à la table de discussion avec toute l’équipe de soutien.

On ne fait pas que parler de l’athlète, on parle avec lui. L’athlète contribue à la planification, aux décisions stratégiques. En gros, il devient partie prenante de son propre plan et donc totalement imputable à celui-ci. C’est ce qui fait toute la différence.

Ces athlètes sont matures, ils veulent tout faire pour gagner, c’est à nous de les guider et d’être là pour eux. Ce ne sont pas NOS athlètes, nous sommes LEUR équipe de soutien. C’est LEUR rêve, pas NOTRE rêve.

Il y a plusieurs entraîneurs fantastiques ici au Québec. Je ne peux pas tous les énumérer, car j’en oublierais plusieurs, mais j’ai quand même parlé à certains d’entre eux et aux athlètes pour qui ils travaillent afin de voir s’il y avait un dénominateur commun dans leur succès. Voici ce qu’ils ont dit lorsque je leur ai demandé quel était l’ingrédient principal de leur méthode d’entraînement.

  • Pour que les athlètes performent à leur mieux, il faut que l’entraîneur soit en mesure de créer un climat dans lequel les athlètes se sentent bien, épanouis et respectés. Les bons entraîneurs sont capables de montrer leur vulnérabilité. Ils ne craignent pas de démontrer qu’ils ont des faiblesses;
  • Écoute, dialogue et cohésion dans la planification. Résultat : tout le monde y croit plus. Cela augmente la confiance du plan et deux têtes valent mieux qu’une pour faire les modifications et correctifs à la suite des succès ou des échecs. Il faut être ouvert et flexible;
  • Un entraîneur doit d’abord savoir et comprendre pourquoi il entraîne. Moi, j’aime les athlètes avec qui je travaille, surtout leur personnalité, au-delà de leur performance ou leurs qualités athlétiques;
  • Les problèmes surviennent souvent quand l'entraîneur en fait une quête personnelle (par exemple, un ancien athlète qui n'a pas eu le succès espéré), et oublie qu'il est là pour simplement guider un jeune qui veut faire du sport et avoir du succès. Les objectifs doivent venir de l'athlète et doivent être acceptés par l'entraîneur, peu importe ce qu'ils sont.

Ces entraîneurs ont tous travaillé avec des champions du monde et des médaillés olympiques. Je les connais personnellement, donc je sais très bien que ce ne sont pas que de belles paroles en l’air. Dans chacun des cas, les athlètes avec qui ils travaillent ont aussi des passions à l’extérieur de leur sport tout en préparant leur après-carrière avec leurs études. Comme quoi il n’est peut-être pas juste possible, mais plutôt nécessaire d’avoir cet équilibre pour bien performer sous la pression.

Si un athlète en ski de fond comme Alex Harvey, qui était sur la route huit à neuf mois par an et avec un volume d’entraînement extraordinaire, parvient à poursuivre ses études en droit, qui peut prétendre encore que l’athlète ne peut pas poursuivre ses études s’il veut bien performer dans le sport?

On voit donc que la personne passe souvent devant l’athlète pour ces bons entraîneurs.

Voyons maintenant ce que des athlètes m’ont dit quand je leur ai demandé ce qu’ils appréciaient le plus de leur entraîneur :

  • La clé du succès de notre relation athlète/entraîneur est que c’est un réel travail d’équipe, où il y a un respect et une compréhension de chacune des décisions que nous avons prises ensemble;
  • Sa force en tant qu’entraîneur était son mix de confiance et de vulnérabilité. Cela lui permettait de mener son groupe et de le défendre au besoin tout en s’entourant des meilleurs experts qu’il invitait même à critiquer ses décisions afin de bâtir un des meilleurs programmes au monde;
  • Son ouverture pour les opinions divergentes et sa passion contagieuse;
  • Un bon coach est capable de créer un bon lien de confiance. Un bon lien de confiance ne veut pas dire que je suis prêt à écouter aveuglément tout ce qu'il dit, car je lui fais confiance. Un bon lien de confiance pour moi, c'est le coach qui t'écoute, te conseille et agit en ayant vraiment comme priorité numéro un ton succès et ton bonheur.

Alors si votre entraîneur prétend être un sauveur en imposant son contrôle et en vous traitant comme un pion ou ne fait que montrer ce que vous faites de mal, c’est qu’il ou elle n’a aucune confiance en lui/elle et il/elle compense par une attitude oppressive.

Et lorsqu’il/elle vous dit que ça se passe comme ça dans le sport de haut niveau, partez en courant et dites-lui que quatre des meilleurs entraîneurs au Canada ne sont pas comme ça : Frédéric Jobin (kayak), Gregor Jelonek (patinage de vitesse sur longue piste), Louis Bouchard (ski de fond) et Nicolas Gill (judo).

Aux nombreux entraîneurs qui se reconnaissent dans ces bonnes méthodes de coaching positif et qui sont là pour la personne derrière l’athlète, merci et bravo! La fin de la période jurassique approche!

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