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Mondiaux de patinage artistique : le Canada à Stockholm pour apprendre

Madeline Schizas aux Championnats canadiens 2018 à Mississauga.

Madeline Schizas, aux Championnats canadiens de 2018 à Mississauga

Photo : The Canadian Press / Nathan Denette

Jean-François Chabot

En entrevue à Radio-Canada Sports, l'analyste Alain Goldberg se penche sur les forces en présence, le niveau de la délégation canadienne en pleine reconstruction et l'impressionnante évolution du patinage féminin, emmenée vers de nouveaux sommets par les Russes.

Les Championnats mondiaux de patinage artistique 2021, qui s'ouvriront mercredi à Stockholm, en Suède, représentent le premier grand rendez-vous mondial d'envergure en plus de deux ans.

On se souviendra que l'édition 2020, qui devait être présentée à Montréal, au Centre Bell, avait été emportée par la pandémie naissante de COVID-19.

Contrairement à la Série du siècle de 1972, cette fois, c'est le cas Canada qui vient pour apprendre...


Q. L’édition 2020 de ces Championnats du monde devait avoir lieu à Montréal, mais elle a été annulée en raison de la pandémie. À quoi doit-on s’attendre pour ces premiers mondiaux en deux ans?

R. Il faut aussi savoir que les Championnats de cette année servent aussi de sélection pour les Jeux olympiques (Pékin 2022).


Q. Si on regarde du côté de la sélection canadienne, le public va découvrir beaucoup de nouveaux noms et de nouveaux visages.

R. C’est la relève. C’est du renouveau. Évidemment, ce sera une rude tâche pour l’équipe canadienne pour obtenir des places sur les podiums. Ce sera certainement très difficile. Ils vont s’en approcher, mais on espère beaucoup, quand même, de cette relève, parce que ce sont les meilleurs patineurs du moment.

Ils ont eu beaucoup de difficultés pour se préparer pour ces championnats parce qu’il y avait la COVID. Et ils ont fait un championnat (canadien) virtuel. La sélection s’est faite avec des vidéos, les unes après les autres, qui ont été présentées à un jury et, par la suite, ils ont eu leur classement. C’était très particulier.


Q. Qui sont donc ceux et celles qui vont nous représenter en Suède?

R. Chez les femmes, celles qui ont le mieux fait sont Emily Bausback (Vancouver, C.-B.) et Madeline Schizas (Oakville, ON), classées seconde et première, respectivement. Gabrielle Daleman, qui avait déjà participé aux Championnats du monde et qui était présumément première, s’est finalement classée troisième et elle est substitut. C’est vous dire combien ç’a été une bataille difficile, âpre et compliquée à faire.

Schizas et Bausback, qui ne sont toutes deux âgées que de 18 ans, vont rencontrer des patineuses phénoménales, des Russes qui font des quadruples sauts. C’est une première qu’autant de femmes puissent réaliser des quadruples dans un championnat du monde et, bien entendu, dans les prochains Jeux olympiques.

Il va y avoir Alexandra Trusova. La championne du monde en titre, Alina Zagitova, n’y sera pas. Et il y aura Anna Shcherbakova, qui est tout aussi exceptionnelle. Ce sont vraiment des patineuses de très, très haut niveau et d’une régularité incroyable.

Elles ont fait beaucoup de compétitions en Russie, où l’on n’a pas respecté la COVID ni les règles ISU [Union internationale de patinage]. Mais ça leur a permis de se préparer. Il y a donc une petite injustice par rapport à nos patineuses, qui, elles, ont respecté les règles et se sont retrouvées à avoir beaucoup moins d’entraînements.

Keegan Messing

Keegan Messing

Photo : AFP/Getty Images / MIGUEL MEDINA


Q. Le portrait est-il différent chez les hommes?

R. Évidemment, Patrick Chan nous manque. Chez les messieurs, c’est Keegan Messing, un natif de l’Alaska, qui va représenter le Canada. Cet Américain a pris la nationalité canadienne. Il a peut-être une chance d’arriver dans les cinq premiers.

Mais il va y avoir les Japonais, notamment Shoma Uno, un très grand patineur, et Yuzuru Hanyu, qui, lui, est exceptionnel. Il est le seul patineur à avoir fait le même résultat que l’Américain Dick Button, soit gagner deux Jeux olympiques d’affilée.


Q. Et qu’en est-il chez les couples?

R. On va avoir deux couples canadiens, Kirsten Moore-Towers et Michael Marinaro. Ceux-ci ont déjà participé aux Championnats du monde, où ils s’étaient classés 7es en 2019. Ce sera une rude tâche, parce qu’on n’a plus Meaghan Duhamel et Eric Bradford, qui ont quitté et qui avaient obtenu de grands résultats avec des titres de champions du monde (2015 et 2016) et des médailles olympiques (argent à Sotchi 2014 et bronze à Pyeongchang 2018).

La relève, là aussi, est difficile à faire. Les deux autres Canadiens qualifiés sont les Ontariens Evelyn Walsh, 19 ans, et Trent Michaud, 24 ans.

En danse, la paire formée de Marjorie Lajoie (Boucherville, QC) et Zachary Lagha (Saint-Hubert, QC), qui ont été champions du monde juniors, ont réalisé des exploits et sont maintenant présents chez les séniors. Ils arrivent là derrière les Montréalais Laurence Fournier-Beaudry et Nikolaj Sorensen et le duo de vétérans de Piper Gilles et Paul Poirier, deux couples nettement plus expérimentés.

Sur la glace, Poirier tient Gilles, alors qu'elle tend la jambe.

Piper Gilles et Paul Poirier aux Championnats canadiens de patinage artistique en 2020.

Photo : The Canadian Press / Hans Deryk

Là aussi, il faut assurer la relève de Tessa Virtue et Scott Moir, eux-mêmes anciens champions du monde (2010, 2012 et 2017) et doubles champions olympiques (Vancouver 2010 et Pyeongchang 2018). Notre problématique est qu’on a eu de très grands résultats il n’y a pas si longtemps, mais il faut maintenant trouver la relève. Et ça, ça va prendre une remise en question de nos structures.

Des questions vont se poser, et nul doute que les gens qui sont à la tête de Patinage Canada, qui sont des gens très compétents, vont trouver des solutions. Même à la Fédération québécoise, il y a tous les gens qu’il faut pour le faire. Il faut trouver des solutions et ils sont en train de s’y atteler.


Q. Est-ce que les patineurs canadiens ont été très désavantagés par le coronavirus par rapport aux athlètes de l’étranger?

R. Ils ont été désavantagés, mais ce n’est pas ce désavantage qui crée le creux que nous allons avoir. Ce serait utiliser de façon fausse le fait que nous ne soyons pas dans les temps. C’est la progression exceptionnelle, hors du commun; ce que l’on n’a jamais vu chez les dames sur la scène internationale.

Les femmes, comme les hommes, font presque toutes des quadruples sauts. Ce qu’on va voir aux prochains Jeux olympiques n’aura jamais été fait.


Q. Comment expliquez-vous ce retard du Canada et le fait que notre relève ne soit pas dans les nouveaux standards que l’on observe ailleurs dans le monde?

R. Ailleurs dans le monde, il n'y a que les Russes qui vont en tête, et les Japonais, qui suivent assez bien. Ça s’explique par le fait qu’on a trouvé de nouveaux moyens mécaniques, c’est-à-dire que c’est Newton qui décide de ce qui se passe sur la glace.

Quand on applique les lois physiques et qu’on les utilise mieux, qu’on utilise mieux les corps et qu’on décompose les mouvements de façon encore plus disséquée, on découvre des gestes qui permettent de rendre les mouvements encore plus efficaces et d’obtenir les quatre tours (rotations). Un corps russe ou un corps canadien, c’est le même corps. La différence va se jouer sur la manière dont on va utiliser les forces et de la manière dont on va préparer les gens.

Maintenant, il y a aussi le fait qu’on va entraîner les Canadiens comme des Canadiens. C’est-à-dire qu’on n’a pas envie d’entraîner des gens pour qu’après, on ait la DPJ [Direction de la protection de la jeunesse] qui nous dise : Monsieur, vous êtes trop sévère, vous êtes trop dur! Il faut aussi savoir qu’il y a un prix à payer. Je crois qu’il est sain que nous fassions les choses progressivement, pour que l’on s’adapte progressivement à ce nouveau patinage sans exercer des pressions indues sur les jeunes patineurs ou les jeunes patineuses.


Q. On constate que les patineurs canadiens présents à Stockholm sont très jeunes. Sont-ils seulement venus pour apprendre?

R. Malheureusement, elles vont apprendre, mais elles vont apprendre tardivement, parce que les Russes n’ont que 16 ans. Autant vous dire que c’est un réel problème. Il y a une vitesse d’apprentissage en ce moment dans le patinage russe, notamment pour le patinage féminin, qui est hors du commun. Toutes les autres nations tirent la langue derrière pour essayer de les rejoindre et arriver à faire les mêmes exploits. Il va falloir arriver à produire des patineurs de plus en plus précoces.

Et là, il y a une discussion au niveau international de l’ISU, parce qu’ils se disent : bon, on n’arrive pas à suivre; on va essayer, peut-être, de poser un petit problème aux Russes. On voudrait monter l’âge pour être sélectionné pour les Championnats du monde (séniors) à 17 ans. Ça handicaperait les Russes, qui en ont une kyrielle qui ont 14 ou 15 ans et qui font déjà aussi des quadruples sauts.


Q. Y a-t-il quand même, au sein du contingent canadien, un petit espoir pour un podium?

R. Peut-être en danse sur glace, et peut-être Keegan Messing, qui pourrait faire une surprise chez les hommes. Il est un homme extrêmement athlétique, un homme de petite taille (1 m 62, ou 5 pi 4 po), mais tout à fait exceptionnel. Il est enthousiasmant et il ne laissera personne indifférent.


Q. À Stockholm, les épreuves seront présentées en l’absence de spectateurs. En quoi est-ce ça peut déranger les patineurs de n’avoir que le regard des juges sur eux et de ne pas avoir de réaction de foule?

R. C’est à la fois un inconvénient et un avantage. Quand on patine, on est seul au milieu de la glace. On n’a pas son entraîneur, ses parents; on n’a personne. Le patinage, c’est l’art d’apprivoiser la solitude devant tout le monde. Là, ils ont l’avantage de pouvoir apprivoiser la solitude sans être perturbés par le monde. Il y a tout un travail sur soi que les athlètes doivent faire.

Certains sont motivés par le bruit de la foule, mais il y a quand même cette isolation que l’athlète doit faire pour que sa tête et son corps soient complètement dans une bulle qui leur permet de se concentrer et que les gestes qui ont été mémorisés puissent se reproduire comme ils les ont dans la mémoire. Ils n’ont pas le temps de penser quand ils font un saut; il se fait parce que c’est un geste acquis. Ils en ont presque fait un geste inné.


Q. Étant donné qu’on n’a pas eu les Championnats du monde en mars 2020, qu’est-ce qui vous a manqué le plus, et qu’avez-vous le plus hâte de voir dans cette édition 2021?

R. Ce que j’ai le plus hâte de voir, ce sont tous les patineurs. N’oublions pas que le couple français de Gabriella Papadakis et Guillaume Cizeron, quadruples champions du monde en danse (2015, 2016, 2018 et 2019), n’est pas là.

Donc, les Russes [ils représenteront la Fédération russe de patinage et non pas leur pays à proprement parler] peuvent à nouveau espérer une place sur le podium, en concurrence avec un couple américain, Madison Hubbel et Zachary Donohue, qui s’entraînent d’ailleurs à Montréal.

J’ai hâte de voir toutes les compétitions. Elles seront fantastiques. Ce sera du jamais vu. C’est un patinage d’une autre galaxie, ou presque...

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