•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Chronique

Denis Shapovalov sonne l’alarme

Denis Shapovalov brandit le poing après un point gagné.

Shapovalov lors de l'Open d'Australie en février.

Photo : Associated Press / Andy Brownbill

Prenez note que cet article publié en 2021 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Denis Shapovalov a dominé à Dubaï et s'est permis une remontrance à l'ATP

À Dubaï, Denis Shapovalov a joué à mon avis le meilleur tennis de sa carrière. Il a affiché une confiance qui sert bien son jeu tout en attaque. Et ses succès, jusqu'à sa défaite en demi-finales contre le Sud-Africain Lloyd Harris, alimentent cette confiance au point où il s’est permis une intéressante observation qu’on aurait plutôt attendue d’un vétéran, pas d’un gamin de 21 ans.

Dominant

Parlons d’abord de son jeu. J’ai vu chacun de ses trois premiers matchs cette semaine. Il a dévoré l’Allemand Jan Lennard Struff contre qui il avait précédemment perdu quatre fois en cinq affrontements.

Il a ensuite battu sèchement le Polonais Hubert Hurkacz contre qui il n’avait jamais gagné. En quarts de finale, il n’a perdu que six points en onze jeux sur son service et il s’est débarrassé du Français Jeremy Chardy. J’insiste: six points en onze jeux! Vous imaginez le sentiment d’impuissance de son rival?

En 2017

On se souvient de sa victoire d’anthologie en 2017 contre Rafael Nadal, à la Coupe Rogers. Je ne veux pas comparer. Shapo était sur un nuage ce soir-là. Le temps d’un match, il a montré toutes les belles promesses qu’il s’affaire à remplir depuis. Cependant, c’est la première fois que je le vois livrer consécutivement trois performances aussi achevées.

Et la pertinence?

J'y viens. Shapovalov était d’ailleurs d’excellente humeur après sa victoire sur Chardy en quarts de finale. Emporté par l’enthousiasme, il s’est permis une critique à l’égard de l’ATP relativement aux primes versées aux joueurs en ce début de saison 2021.

La pandémie a entraîné des baisses de revenus tant aux guichets que pour les commandites. Les bourses versées aux joueurs s’en ressentent forcément. Shapovalov prévient que ce recul pourrait avoir des conséquences.

Je suis persuadé qu'il y aura beaucoup de forfaits et beaucoup de joueurs qui renonceront à des tournois parce que la bourse est trop basse.

Pas de collecte

Entendons-nous, on ne va pas lancer une collecte ni organiser un téléthon. La question n’est pas là. L’observation de Shapovalov n’avait d’ailleurs rien d’une plainte. Ce qu’il craint, avec raison je crois, c’est que les forfaits entraînent à leur tour le désengagement des commanditaires et des éventuels spectateurs. Et j’ajouterai que les bourses minuscules pourraient susciter un problème pire encore.

Un tournoi de fléchettes?

Avant de venir à ce problème, illustrons la situation.

La jeune Montréalaise Leylah Annie Fernandez figure parmi les 100 meilleures joueuses au monde dans sa discipline. Elle joue à Monterrey en ce moment. Elle a atteint les quarts de finale du tournoi Abierto GNP Seguros. Pour sa victoire au premier tour, elle a touché 2675 $. Ça fait une belle épicerie, je ne le nie pas. Mais en moyenne, Joel Armia a touché la même chose pour chacune de ses présences sur la patinoire dans le match de mercredi à Winnipeg. En quart de finale, Fernandez touchera 5800 $. Et ce sera 16 398 $ si elle remporte le tournoi. C’est un peu plus qu’une période de jeu pour Armia. Et j’ajoute qu’il y a des tournois de fléchettes plus richement dotés.

Pari sportif

Là où je veux en venir, c’est qu’il pourrait devenir plus payant pour certains joueurs malhonnêtes, de vendre leur performance à des requins du pari sportif.

Les joueurs sont tenus de participer à un certain nombre de tournois, y compris les ATP 250 où les bourses sont plus qu’ordinaires. Plutôt que de prétexter une blessure pour rater ledit tournoi, un joueur pourrait très bien s’y rendre et être victime d’une surprise dès le premier tour. Une surprise qui remplirait les poches des preneurs aux livres qui, en échange, pourraient consentir à leur collaborateur une juteuse et discrète compensation beaucoup plus lucrative qu’un forfait sur blessure. Vous me suivez?

L’occasion fait le larron

Vous me direz avec raison que les grandes pointures du tennis professionnel n’ont pas besoin de ces magouilles. Mais à l’ATP, il y a des joueurs classés entre le 50e et le 100e rang mondial qui ont eu une année de misère en 2020 et qui n’ont pas encore touché 50 000 $ en 2021.

S’il y a possibilité, il peut y avoir tentation. Et s’il y a tentation…

Audace

Un mot pour conclure. Un mot sur la confiance et l’audace de Denis Shapovalov. Parmi les 100 premiers joueurs au classement mondial, il n’y en a que 9 qui ont 21 ans ou moins. Au 12e rang, Shapo est le mieux classé des 9. Fort de ce rang et du respect qu’il confère, il a cru bon donner l’alerte.

Encore là, il a bien servi.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

En cours de chargement...