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Contre vents et marées, Oliver Bone retournera aux JO

Deux hommes naviguent durant une compétition de voile

Oliver Bone (à droite) et son coéquipier Jacob Saunders, pendant la Coupe du monde de Miami en 2020.

Photo : sailingenergy.com

Michel Chabot

Oliver Bone vivra une deuxième expérience olympique l’été prochain à Tokyo. Après avoir représenté le Canada à la voile à Pékin en 2008, il aura l’occasion de se faire valoir à nouveau aux Jeux.

Bone aura 40 ans quand il prendra place à bord de l’embarcation de type 470 (4,7 mètres) à la fin du mois de juillet en compagnie de Jacob Saunders qui, lui, a pris part aux Jeux de Rio avec son frère Graeme.

Et il espère être en mesure d’obtenir un meilleur résultat que la 29e place obtenue à Pékin en 2008, avec Stéphane Locas.

Si nous avions performé à notre meilleure niveau, nous aurions pu nous classer parmi les 15 meilleurs équipages parce que nous allions très bien dans les deux mois avant les Jeux, soutient Bone.

Puis, son ambition de se qualifier pour les JO de Londres s'est évaporée en 2011. Des problèmes de santé mentale l’ont forcé à prendre sa retraite.

J’ai eu un traumatisme quand j’étais jeune et c’est finalement entre 2009 et 2011 que ça m’a affecté beaucoup. Ce n’était pas facile d’aller travailler ni même de sortir du lit. C’était dur.

Une citation de :Oliver Bone

Après avoir appris qu’il souffrait de dépression chronique, le natif de Montréal, qui vit en Nouvelle-Écosse depuis 20 ans, a lentement remonté la pente.

C’est différent pour tout le monde, dit Bone. Moi, j’essayais d’écrire chaque jour ce que j’avais fait de bien : ''Ouais, j’ai réussi à sortir du lit aujourd’hui…’’, c’était un gros but à un moment de ma vie. Mais avec l’exercice, le soutien de ma famille et mes amis et l’aide professionnelle, j’ai pu remonter. Ç’a pris du temps, mais c’est possible.

Oliver Bone admet que ce n’est que depuis trois ou quatre ans qu’il a repris une vie normale. Et la voile a fait partie du processus de guérison. En 2012, il a tout de même pu commencer à entraîner les frères Saunders.

Ils étaient au courant de ma situation et ils m’ont aidé en me donnant la possibilité de les entraîner. Ça m’a aidé beaucoup d’avoir des objectifs. La voile m’a aidé à sortir de la dépression.

Les Saunders ont pris la 22e place à Rio avant de prendre leur retraite. Bone, lui, ne savait pas encore qu’il allait en sortir.

Une passion indéfectible

Sous-chef cuisinier de son métier, il continuait d’entraîner de jeunes navigateurs sur une base occasionnelle. La voile, il ne l’avait jamais complètement perdue de vue.

Je continuais de regarder les résultats de compétitions pour voir ce que faisaient mes amis et mes vieux adversaires. Quand j’ai vu les résultats des mondiaux de 2018, j’ai constaté ce qu’avaient fait les Canadiens et je me suis dit : ‘'Oh, je crois que je pourrais revenir et les battre'’.

C’est ainsi que la flamme s’est rallumée. Et c’est en renouant avec Jacob Saunders que le projet d’un retour a pris forme.

Avec Jake, nous sommes allés naviguer ensemble, pour voir si on s’entendait bien, raconte Bone. Et c’est probablement le meilleur coéquipier avec qui j’ai travaillé. Nous nous entendons très bien dans le bateau. Nous sommes plus vieux aussi et nous essayons toujours de nous améliorer. Il n’y a jamais de confrontations entre nous.

Les deux navigateurs canadiens sourient à la caméra

Oliver Bone (à droite) et son coéquipier Jacob Saunders

Photo : sailingenergy.com

C’est à l’automne 2019 que le duo a commencé à s’entraîner sur l’eau. En décembre cette année-là, ils se sont rendus en Floride pour rejoindre de vieux amis de Bone, Stu McNay et David Hughes (4e aux JO de Rio), qui avait un bateau à prêter aux deux Canadiens.

Des qualifications compliquées

Et c’est à bord de cette embarcation qu’ils ont pris part à la Coupe du monde de Miami en janvier 2020. La régate de cinq jours a cependant bien mal commencé pour Bone et Sanders.

Nous avons cassé le mât et raté deux courses, soit 30 % de la régate. Nous avons quand même fait de notre mieux pour garder l’écart de points entre nous et les autres Canadiens au minimum. Mais nous avons réussi assez bien pour finir premiers et qualifier le Canada aux JO. C’est là où je me suis dit : '‘Wow, Jake et moi nous sommes très forts mentalement, ensemble.’'

Une citation de :Oliver Bone

Puis, quand le Canada a décidé d’annuler la deuxième phase de qualification, qui devait se tenir aux mondiaux, la semaine dernière au Portugal, les Néo-Écossais ont appris que c’était eux qui seraient les représentants de l’unifolié à Tokyo.

C’est un rêve, confie Oliver Bone. Je l’ai déjà fait pour Pékin et d’avoir la chance d’y retourner, surtout à 40 ans… c’est difficile à expliquer… mais je trippe. Et quand je vais prendre l’avion pour Tokyo, c’est là que je vais voir que je trippe énormément.

Les ambitions sont modestes, mais le plaisir est inversement proportionnel.

Je ne pense pas que nous allons gagner une médaille à Tokyo, mais, au moins, on peut se dire qu’on a eu la chance, avec très peu de temps, de revenir et de faire de la compétition contre les meilleurs au monde.

Le cœur qui bat au rythme du vent

La voile peut être perçue comme un sport de plaisance pour certains, mais à un niveau comme aux Olympiques, c’est un sport intense. Et pour l’atteindre, il faut être en grande forme. Pendant que le skip Saunders tient la barre, Bone, dans son rôle d’équipier, se retrouve souvent sur le trapèze, au-dessus de l’eau à s'échiner à tirer les cordages.

Je suis dans le gymnase cinq fois par semaine et je fais aussi six séances de cardio par semaines à l’extérieur, explique celui qui est aussi sommelier. Souvent, les gens voient la voile comme : ‘’Ouais, tu es sur un bateau, tu tires un peu sur des cordes’’. Mais en fait, c’est très exigeant physiquement. Selon la force du vent, notre rythme cardiaque peut être très élevé, par exemple à 160 pulsations/minute tout au long d’une course.

Parfois aussi, il faut user de finesse et être aux aguets.

Par petit temps, il faut avoir des mouvements très doux, il ne faut pas agiter trop le bateau. Ça change notre façon de bouger. Dans le gros vent, nous bougeons beaucoup, ça prend beaucoup de force. Dans le petit vent, il faut être comme un chat qui essaie d’attraper une souris.

Une régate olympique est composée de 10 jours de courses d’environ 45 minutes chacune. Les 19 meilleurs équipages accèdent ensuite à la grande finale. Bone et Saunders espèrent minimalement prendre part à cette ultime épreuve.

Avec les ans, même loin de la compétition, Oliver Bone a continué de maturer. Si bien qu’aujourd’hui, il a l’impression que lui et son coéquipier sont devenus de meilleurs navigateurs.

On est à un niveau plus haut pour faire aller le bateau plus vite. Mais là où on a peur, c’est en ce qui a trait à la prise de décisions rapides. Ça fait plus d’un an qu’on n’a pas fait de courses en 470. On a fait des courses dans d’autres bateaux en Nouvelle-Écosse. Ça va bien, mais ce n’est pas le même niveau. Différents bateaux requièrent des tactiques différentes. Mais nous sommes plus rapides que moi en 2008 avec mon ancien coéquipier et que Jake naviguait avec son frère.

Un sport coûteux

Ce n’est qu’en mai que Bone et Saunders commenceront à recevoir de l’aide financière de la part du Canada.

Or, ils ont dépensé près de 25 000 dollars depuis le début de leur aventure. Par exemple, il faut 5000 $ pour acheter les trois voiles. Et elles doivent être remplacées fréquemment, surtout le foc et le spi qui durent moins longtemps que la grand-voile.

Nous avons fait une levée de fonds l’année passée et la province de la Nouvelle-Écosse nous a versé une bourse, raconte Oliver Bone. Mais ce n’est pas assez. Je sais que le Canada va nous aider, mais je ne me suis pas trop préoccupé de ça. Ça va nous aider à vivre, mais ça ne paiera pas notre équipement.

Les deux navigateurs sont  à bord de leur voilier

Oliver Bone (à gauche), pendant une compétition avec son partenaire Jacob Saunders

Photo : sailingenergy.com

Heureusement, pour le bateau, tout baigne.

Nous sommes très chanceux. Il y a un jeune, ici à Halifax, qui a un bateau qu’il n’utilisait pas alors il nous l’a prêté. Et aux JO, c’est le bateau de mes amis américains que nous allons emprunter. Sans leur aide, nous n’aurions pas pu nous qualifier.

Au cours des prochains jours, les deux membres de cet heureux duo devront décider s’il se rendront, à leurs frais, au Portugal pour prendre part aux Championnats d’Europe à la fin avril, dans le but d’aiguiser leurs réflexes, après plus d’un an sans compétitions, pandémie oblige.

La voile, c’est une lutte contre le vent et tes rivaux, dit-il. Si le vent souffle tout à coup plus fort ou vient d’un autre angle, quelqu’un peut passer de l’arrière à l’avant. C’est un jeu d’échecs qui est physique aussi.

Un message d'espoir

Bien dans son corps et aussi dans sa tête, Oliver Bone a chassé ses idées noires. Et il espère que son histoire pourra inspirer d’autres personnes aux prises avec des troubles mentaux.

Je suis à l’aise d’en parler, si mon histoire donne de l’espoir à quelqu’un qui souffre. C’est un sujet pour lequel je suis passionné. Il y a toujours un peu de honte autour de la santé mentale. C’est difficile pour les gens d’aller chercher de l’aide.

Il y a de l’espoir. Je ne veux pas dire que les gens ne souffriront pas. Je pense qu’une personne sur quatre va souffrir d’une maladie mentale une fois dans sa vie. Si je peux être une référence, oui, ça va aller mieux à un moment donné. C’est un trajet assez long pour se rétablir parfois, mais c’est possible.

Une citation de :Oliver Bone

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