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Chronique

La LHPS nomme un président fort inspirant : Joé Juneau

Il sourit à la caméra.

Joé Juneau

Photo : Radio-Canada / Luc Robida

On ne pourra jamais reprocher aux écoles membres de la Ligue de hockey préparatoire scolaire (LHPS) de ne pas recruter des dirigeants inspirants. Cette ligue de hockey scolaire, qui a révolutionné le hockey québécois au cours de la dernière décennie, a annoncé jeudi après-midi que Joé Juneau a accepté d’y occuper les fonctions de président.

Joé Juneau est âgé de 53 ans. Diplômé en ingénierie aéronautique du prestigieux Institut polytechnique Rensselaer (RPI), il a connu une brillante carrière de 13 saisons dans la LNH, principalement avec les Bruins de Boston, les Capitals de Washington et le Canadien de Montréal.

Le nouveau président de la LHPS succède ainsi à Mathieu Darche. Ce diplômé de McGill avait accepté le poste en 2016 après avoir mis fin à sa carrière de hockeyeur dans l’uniforme du CH. Il menait une fructueuse seconde carrière dans le monde des affaires quand le Lightning de Tampa Bay l’a embauché à titre de directeur des opérations hockey en mai 2019.

Établi en Floride depuis ce temps, Mathieu Darche pouvait difficilement continuer à assumer à distance de leadership de la LHPS. Le directeur général de la ligue et directeur des sports du Collège de Lévis, Louis Simard, avait les deux mains sur le gouvernail depuis ce temps.

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Les expériences passées et récentes de Joé Juneau en font un candidat exceptionnel pour continuer à faire progresser la cause du hockey scolaire au Québec.

Au milieu des années 1980, alors qu’il était un espoir de premier plan au Québec, il avait choisi de poursuivre son développement dans la défunte Ligue collégiale AAA mise sur pied par Serge Savard. À cette époque, tourner le dos au hockey junior majeur au profit du hockey scolaire était presque considéré comme une hérésie. La suite des choses avait toutefois donné raison à Juneau.

Par ailleurs, après sa carrière de hockeyeur, il a innové et fait preuve d’un leadership exceptionnel. Il s’est attaqué à de sérieux problèmes sociaux en créant et en développant pendant une décennie des programmes de hockey scolaire dans la région du Nunavik.

Puis, en 2015, il a décidé de redonner plus spécifiquement à sa région natale de Portneuf et à la municipalité de Pont-Rouge, où il a grandi. Il a ainsi créé deux groupes de hockey destinés à 52 élèves de 2e et 3e années de l’école Perce-Neige. La moitié des élèves inscrits à son programme n’avaient jamais pratiqué le hockey auparavant, notamment en raison des coûts élevés.

Après avoir convaincu la directrice de l’école et obtenu une petite subvention du ministre de l’Éducation de l’époque, François Blais, Juneau avait notamment été soutenu par l’Association des joueurs de la LNH qui avait fourni de l’équipement gratuit. Et Hockey Canada avait offert des chandails.

Six ans plus tard, le modeste projet de Joé Juneau a pris des proportions extraordinaires. À compter de la maternelle jusqu’à la 6e année, près de 350 hockeyeurs et hockeyeuses de trois écoles primaires de Pont-Rouge, Saint-Raymond et Donnacona cheminent maintenant dans des programmes développés et supervisés par Joé Juneau.

Et depuis quelques années, ces programmes débouchent logiquement sur les quatre programmes de hockey de l’école secondaire Saint-Marc-des-Carrières, qui ont aussi été mis sur pied par Juneau et qui regroupent quelque 70 autres joueurs. Ces quatre dernières équipes sont membres de la LHPS.

Nous pouvons être très fiers de ce que nous avons accompli dans Portneuf au cours des six dernières années. Et je le suis. À Pont-Rouge, du lundi au vendredi durant la journée, toutes les heures de glace sont occupées par nos groupes du primaire, souligne Joé Juneau.

En ce qui concerne nos équipes du niveau secondaire, nous les avons inscrites au sein de la LHPS parce que cette ligue cadrait avec les valeurs de notre programme, ajoute-t-il.


Dans quel bateau Joé Juneau vient-il de s’embarquer en acceptant la présidence de la LHPS? Pour bien comprendre les enjeux, il faut connaître la fabuleuse et très mouvementée histoire de cette ligue.

Vers la fin des années 2000 et le début des années 2010, Hockey Québec considérait que le hockey organisé par les écoles (au sein du RSEQ) ne devait être pratiqué qu’à des fins récréatives. Ainsi, les hockeyeurs les plus talentueux n’avaient pas le droit de choisir leur école et devaient la plupart du temps étudier dans une école déterminée par la fédération et accueillant un programme civil.

Les programmes scolaires indépendants qui visaient l’excellence, comme le programme Ulysse de Terrebonne, ou celui du Séminaire Saint-Joseph de Trois-Rivières, se faisaient constamment mettre des bâtons dans les roues. Je me souviens notamment avoir mis la main sur une lettre dans laquelle le précédent directeur général de HQ, Sylvain Lalonde, demandait à la Ville de Trois-Rivières de ne pas louer d’heures de glace au programme scolaire du SSJ.

Par ailleurs, les hockeyeurs qui souhaitaient quitter les programmes civils d’élite pour porter les couleurs de l’équipe de l’école de leur choix se faisaient refuser leur libération par Hockey Québec.

Les colonnes du temple et le monopole de HQ ont été fortement ébranlés en 2010 quand des hommes de hockey comme Stefan Lebeau (ex-joueur du CH), Dominic Ricard (alors DG des Voltigeurs de Drummondville), François Marcoux (fondateur du programme Ulysse) et Jean-François Brunelle (ex-gagnant de la Coupe Memorial, fondateur du programme du SSJ) ont formé la Ligue de hockey préparatoire scolaire à l’extérieur des cadres de la fédération.

Les fondateurs de la LHPS se sont inspirés des valeurs des prep schools américains en mettant résolument l'accent sur la réussite scolaire de leurs athlètes et sur la qualité de l’encadrement sportif offert.

À l’origine, ce nouveau circuit ne réunissait qu’une demi-douzaine d'écoles et une dizaine d'équipes. Son succès a toutefois été fulgurant. La LHPS compte aujourd’hui quelque 112 équipes réparties dans 24 écoles sur l’ensemble du territoire québécois.

Le succès de la LHPS a été tellement fort, en fait, que HQ a été contrainte de reconnaître que les élèves-hockeyeurs et leurs parents avaient le droit de choisir l’école qui leur convient, conformément à la loi. Grâce au coup de force de la LHPS, les programmes de hockey des écoles membres du RSEQ et d’autres ligues scolaires ont aussi pu prendre un virage vers l’excellence.

Cette soudaine liberté de choix a forcé tous les intervenants du hockey mineur québécois à rehausser la qualité de leur encadrement. Et en raison de cette diversité de l’offre, jamais un aussi grand nombre de hockeyeurs québécois n’ont bénéficié d’une aussi grande quantité d’heures d’entraînement de qualité.


Au fil des ans, les dirigeants de Hockey Québec ont constaté que l’émergence du hockey scolaire était irréversible et une entente a été conclue afin que les écoles membres de la LHPS deviennent membres de la fédération. Mathieu Darche avait piloté ce dossier. Mais à divers niveaux, la LHPS dérange encore.

Dans la structure civile, plusieurs régions considèrent encore les programmes scolaires comme des compétiteurs ou des ennemis. C’est notamment le cas dans la région de Laurentides-Lanaudière.

Et aussi, avec la collaboration des fonctionnaires de la direction des sports au ministère de l’Éducation, le RSEQ tente depuis plusieurs années de reprendre le contrôle total du sport scolaire. Question de pouvoir, et question de caser une fois pour toutes cet électron libre qui a bousculé l’ordre établi.

Au cours des derniers mois, le RSEQ a d’ailleurs commandé un rapport concluant, sans surprise, que la LHPS devrait se joindre au RSEQ. Une certaine pression du ministère est aussi exercée sur la LHPS pour qu’elle finisse par rentrer dans le rang.

Or, dans un document de 71 pages remis à la ministre responsable des Sports et des Loisirs, Isabelle Charest, la LHPS refuse poliment cette invitation. La LHPS se dit prête à collaborer et à organiser des activités communes avec le RSEQ. Mais la Ligue de hockey préparatoire scolaire tient à conserver son autonomie. Elle refuse d’être dissoute dans une mégastructure.

Selon la ligue, les élèves-athlètes de la LHPS affichent un taux de diplomation en cinq ans de 97,2 % au secondaire, comparativement à 70 % (écoles publiques et privées combinées) pour l’ensemble du Québec. Les élèves-hockeyeurs dont les notes chutent sont automatiquement pris en charge.

La LHPS aménage son calendrier pour minimiser les heures d’absence en classe. Aussi, parce que ses écoles membres adhèrent à des valeurs communes, les catégories dans lesquelles jouent les équipes de chaque école sont révisées d’année en année de façon à maintenir un équilibre des forces et pour faire vivre aux élèves une expérience sportive positive.

Considérant tout ce qui précède, pourquoi modifierait-on une formule qui fonctionne et qui nous convient? demandent les écoles membres de la LHPS.

Il est vrai que le hockey scolaire, au niveau secondaire, s’est beaucoup développé à cause de la LHPS depuis 10 ans. Et je pense que ça risquerait de nuire à la suite des choses si la LHPS était soudainement contrôlée par un gros bateau. Tout n’est pas encore parfait. Mais si on tient compte de tout ce qui a déjà été accompli, je ne vois pas pourquoi il faudrait que le modèle de la LHPS change, estime Joé Juneau.

Gros plan de profil d'un homme portant une casquette rouge.

Joé Juneau

Photo : Radio-Canada / Luc Robida


Le nouveau président de la LHPS fait aussi face à un autre dossier conflictuel avec la fédération : celui des écoles passerelles au primaire.

Depuis plusieurs années, des écoles secondaires de la LHPS ont chapeauté des programmes de hockey scolaire au primaire (M-12) ou se sont alliées à de tels programmes. À leurs yeux, il s’agit à la fois d’un prolongement logique de la mission qu’ils accomplissent au secondaire et d’une façon de préparer leurs futures cohortes d’élèves-athlètes du secondaire.

Le bât blesse parce que certaines équipes M-12 de la LHPS regroupent des élèves qui proviennent en fait de plusieurs écoles. Ce qu’on appelle des écoles passerelles. Hockey Québec considère que cette pratique entre directement en conflit avec sa structure civile.

Ça, c’est un dossier vraiment déplorable, estime Joé Juneau.

Dans Portneuf, notre équipe M-12 constitue vraiment un lien naturel entre nos programmes implantés au primaire et au secondaire. On choisit les élèves de 6e année qui ont le plus de talent possible pour les insérer dans notre équipe M-13 au secondaire. Ça nous donne une opportunité de bien les développer avant qu’ils fassent le saut au secondaire. À cet âge, les enfants sont de véritables éponges. Ils sont maniaques du hockey! Je connais la valeur de mon programme M-12 et je sais que je ne suis pas le seul à en avoir un de qualité, explique-t-il.

Il y a peut-être quelques endroits au Québec où on peut rediriger tous les jeunes d’une équipe M-12 dans la même école. Mais dans Portneuf par exemple, c’est impossible. Et là, on nous dit qu’on préférerait punir les jeunes du Québec qui ont droit à cet encadrement de qualité, alors que la structure civile de Hockey Québec, avec ses équipes AAA relève, prépare pourtant les enfants de cet âge à accéder à ses programmes sports-études au secondaire.

Au final, la question fondamentale reste la même : le M-12 scolaire doit continuer à exister parce que ce sont les familles qui doivent décider quel environnement convient le mieux à leur enfant, conclut Joé Juneau.

Ses intentions sont nobles et sa feuille de route parle d’elle-même. C’est donc un mandat fort prometteur qu’entreprend Joé Juneau à la tête de la Ligue de hockey préparatoire scolaire.

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