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COVID-19 et myocardite : le danger qui guette les athlètes

Une modélisation montre une personne dont le cœur est en activité.

COVID-19 et myocardite : le danger qui guette les athlètes

Photo : iStock

Christine Roger

Parmi les athlètes qui ont contracté la COVID-19, certains ont aussi développé une myocardite. Cette condition cardiaque, liée à un effort intense, pourrait leur être fatale. 

On sait maintenant que la myocardite, qui est bien souvent causée par une infection virale, est l'une des séquelles potentielles du coronavirus. Le lanceur des Red Sox de Boston Eduardo Rodriguez, le gardien de but des Oilers d’Edmonton Alex Stalock et le joueur des Bills de Buffalo Tommy Sweeney ont tous développé cette inflammation du muscle cardiaque après avoir reçu un résultat positif à la COVID-19.

Ce qui nous inquiète, c'est que la myocardite est une cause fréquente, parfois jusqu’à 10 %, des cas de mort subite chez les athlètes. Ce sont des athlètes qui n'ont aucun problème et tout à coup, ils meurent sur le terrain de jeu ou peu après avoir fait leur sport.

Une citation de :Dr François Simard, cardiologue à l'Institut de cardiologie de Montréal

Un diagnostic de myocardite fait avant qu'il ne soit trop tard entraînera un arrêt de la pratique du sport pour une période allant habituellement de trois à six mois. Dans certains cas, cette pathologie peut même mettre fin à une carrière.

L’automne dernier, la Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ) a poursuivi ses activités sans se produire dans une bulle sportive. Les résultats ont été désastreux. En quelques jours seulement, plus d’une trentaine de joueurs ont reçu un test positif. 

Le Dr Nicolas Sauvé, spécialiste en médecine sportive qui travaillait déjà avec plusieurs équipes dont l'Armada de Blainville-Boisbriand et le Canadien de Montréal, a alors été appelé en renfort. Il a rapidement dû mettre au point un protocole dans la LHJMQ afin d'encadrer le retour à la compétition des joueurs touchés.

On peut avoir une investigation normale et l'athlète peut quand même être porteur d'une anomalie cardiaque qui le met à risque plus élevé d'avoir une mort subite. Pour ne pas en échapper, pour essayer de contourner ce problème, la clé est d'effectuer un retour progressif, jusqu'à retrouver l'intensité maximale, souligne-t-il.

Grâce à un questionnaire rempli par les joueurs, l'équipe médicale amasse des données concernant la nature, la localisation et la durée des symptômes. Ces informations récoltées permettent ensuite de déterminer si l'athlète fait face à un risque léger, modéré ou sévère de développer des complications post-infectieuses.

Un patient qui était un cas asymptomatique ou léger devrait être évalué pour être certain qu’il ne présente pas de symptômes cardiaques et que son examen physique est normal, affirme le Dr Simard.

Quand les athlètes ont eu des symptômes plus importants comme de la température pendant plusieurs jours ou des problèmes d’essoufflement, il faut absolument dépister et peut-être même aller jusqu'à l'échographie cardiaque, ajoute le cardiologue.

En cas de doute, une résonnance magnétique cardiaque serait faite pour confirmer ou infirmer le diagnostic de myocardite. Mais encore là, il n'y a pas de garantie.

Si on veut être certain à 100 %, c'est la biopsie qu'il faut faire, mais c'est un geste très invasif qu'on ne peut pas se permettre de faire sur des centaines et des centaines de personnes, souligne le Dr Simard.

Il est assis sur un terrain de football.

Tommy Sweeney, des Bills de Buffalo, a obtenu un test positif au coronavirus pendant la saison 2020.

Photo : Getty Images / Streeter Lecka

La LNH, la MLB, la MLS, la NBA, la NFL et la WNBA ont aussi développé conjointement un programme de dépistage cardiaque pour les athlètes ayant été infectés. 

Une étude, qui a utilisé les données récoltées par les six ligues (Nouvelle fenêtre), a révélé que sur 789 athlètes touchés, seulement 0,6 % a démontré des signes d’inflammation cardiaque. 

Le cardiologue François Simard croit cependant qu’il est encore trop tôt pour tirer des conclusions, alors que d'autres études avancent des chiffres plus alarmants.

Dans le cas de patients qui ont eu des symptômes beaucoup plus sévères, qui ont eu besoin d’être hospitalisés ou qui sont allés aux soins intensifs, certaines études décrivent des anomalies dans près de 30 % des cas. Chez ces patients, des prises de sang prédisent que le cœur aurait eu une sorte de stress ou une atteinte qui pourrait être une myocardite.

Chez des personnes jeunes ou qui ont eu peu ou pas de symptômes, les examens montrent parfois jusqu’à 15 % des personnes qui ont des séquelles de myocardite. Ce ne sont pas nécessairement des myocardites sévères, mais il y a quelque chose qui est anormal à leur résonnance magnétique, ce qui laisse croire qu’il y a eu des dommages, avance le cardiologue.

La communauté scientifique qui travaille auprès d'athlètes navigue présentement dans une importante zone grise, où plusieurs éléments doivent être pris en considération tout au long du processus de diagnostic. Si des suspicions cliniques laissent croire à la nécessité de faire un électrocardiogramme, les résultats de cet examen doivent être bien analysés.

Un électrocardiogramme d’athlète doit être interprété en conséquence. Le même électrocardiogramme sera normal pour un athlète de pointe, mais sera inquiétant s'il est appliqué à quelqu'un de 50 ans qui ne fait pas vraiment de sport. Un cœur d'athlète, c'est différent, explique le Dr Simard.

La résonnance magnétique cardiaque n'est pas parfaite non plus. Il arrive que des anomalies qui n'ont aucun rapport avec la COVID-19 seront détectées, ce qui viendra freiner prématurément la carrière de l'athlète.

La clé est un retour au jeu progressif et une réévaluation médicale au moindre symptôme. Même si l'on considère que le risque est faible chez ceux qui ont eu peu ou pas de symptômes, il n'en demeure pas moins que ce risque peut être fatal.

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