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« On a poussé le bouchon le plus loin possible avec l'entraînement virtuel! »

Plan général des locaux de l'INS Québec

Les locaux de l'INS Québec en bordure des piscines du stade olympique de Montréal

Photo : INS Québec

Oui, avec la pandémie, tout a changé.

Le quotidien a été chamboulé, l’entraînement et la pratique de plusieurs sports ont été interdits ou compliqués. Les entraîneurs sont la première ressource vers qui les athlètes se tournent pour s’orienter dans la tourmente.

Ils ont dû être créatifs, se renouveler, s’adapter, trouver des occasions. Insérer l’expression qui vous convient, elles ont pas mal toutes été utilisées à outrance.

De nouvelles pratiques ont fait leur apparition ou ont été mieux utilisées au cours des derniers mois. Certaines sont là pour de bon, d'autres non.

François Pépin est entraîneur au Centre national d’entraînement Pierre-Harvey (CNEPH). La saison de ski de fond est pratiquement terminée et il admet qu’en tant que sport individuel qui se pratique à l’extérieur, les changements n’ont pas été aussi draconiens que pour d’autres disciplines.

Le calendrier de compétitions était moins garni cette année et a poussé encore plus loin une réflexion qui était déjà présente avant la pandémie : quel est le bon équilibre entre l’entraînement, le repos et les compétitions?

Deux skieuses se suivent en pas de patin.

Cendrine Browne

Photo : Getty Images / Lars Baron

Le groupe de Coupe du monde a eu la chance quand même d'être sur la route, souligne François Pépin. Nordiq Canada a coupé la période numéro 1 pour nos meilleurs athlètes, donc avant Noël, et avec les résultats que l'on a eus cette année, on voit que c’est quand même un avantage. Il y a beaucoup moins de fatigue et ils sont arrivés plus prêts en Europe.

Il n’est pas le seul à tenir ce discours Nicolas Gill, directeur général de Judo Canada, avait aussi constaté lors de la première compétition internationale de ses athlètes cette saison à quel point le repos avait été bénéfique.

L’idée qui germe de plus en plus est de limiter les déplacements pour éviter la fatigue.

C’est quelque chose que l'on discutait déjà beaucoup en ski de fond, affirme l’entraîneur au CNEPH. Dans les deux dernières années, on a fait moins de camps d'entraînement en Europe et moins de camps obligatoires en altitude. L'an prochain, on n'aura pas le choix de le faire parce que Pékin est en altitude et il va falloir se préparer, mais il faut réaliser à quel point c'est pertinent. Oui de regrouper les meilleurs athlètes nationaux ensemble, mais à quel prix et à quel point on va chercher des bénéfices à faire ça.

Aaron Dziver est entraîneur auprès de l’équipe canadienne de plongeon. Pour lui, la question du repos et du calendrier est prématurée. Il faut dire que les compétitions en plongeon n’ont pas vraiment repris et que l’équipe trépigne d’impatience.

La dernière Coupe du monde de la saison doit avoir lieu au Japon en avril. Ce sera l’occasion pour le Canada de faire sa sélection en vue des Jeux olympiques, mais le doute persiste à savoir si la compétition va vraiment avoir lieu.

Le plongeon est l'un des sports dans lesquels il a fallu user d’imagination au cours de la dernière année pour poursuivre l’entraînement. Difficile de recréer une piscine olympique dans son salon.

Au départ, de l’équipement de musculation a été distribué à certains athlètes pour qu’ils soient autonomes à la maison, et même lorsque l’équipe a pu revenir à l'Institut national du sport du Québec (INS) en juin, il fallait s’adapter aux protocoles.

Habituellement, on s'entraîne de 25 à 28 heures par semaine, résume l’entraîneur. C’est cinq à six jours par semaine et à peu près cinq heures et demie par jour. Au début, à cause du nombre restreint de personnes autorisées, il a fallu diviser le groupe en deux, et ils avaient le droit de s'entraîner seulement une fois par jour. Habituellement, on fait des séances de musculation deux fois par jour, mais la salle était fermée. Fallait utiliser d'autres équipements pour bâtir un peu la force et la puissance.

La distanciation physique est plus difficile à respecter dans un sport acrobatique comme le plongeon, où l’entraîneur va toucher l’athlète pour l’orienter dans sa figure.

On manipule les athlètes avec nos mains ou avec nos bras pour les aider à faire des périlleux et des vrilles, ça s'appelle des assistances manuelles, explique l’entraîneur. Je dois dire que c'est assez important, surtout chez les juniors qui sont en développement. On a recommandé de ne pas les toucher et si l’on voulait les manipuler, il fallait mettre des lunettes de protection, des gants, etc. Ce n’était pas vraiment pratique. On est encore dans une situation où on essaie d'avoir le moins de contact possible avec l'athlète et c'est une grosse modification à notre façon de faire.

Les bulles et le virtuel

Le concept de bulles sanitaires est une réaction directe à la pandémie. Et, selon François Pépin, il y aurait beaucoup d’avantages à en conserver quelques éléments lorsque la crise sanitaire sera derrière nous.

Les sports ont vu que les concepts de bulles sanitaires étaient très payants. Dominick Gauthier a fait quelques sorties là-dessus, à quel point ça peut avoir du bon? À quel point on accordait de l'importance à ça avant? Nous, on le faisait à l'entraînement, si un athlète a un rhume ou n'importe quoi, un mal de gorge, il doit venir nous le communiquer et on apporte des modifications. Est-ce que tous les sports font ça? Est-ce que tous les pays le font? On est en train d’en réaliser l’importance.

Pour ce qui est du virtuel, il y a eu une explosion de son utilisation lors des premiers mois de la pandémie.

Au début, on a fait beaucoup de virtuel, se rappelle Aaron Dziver. On pensait que ça allait être pour deux ou trois semaines, mais comme vous savez, ça n'a pas été le cas. On essayait de rester ensemble, on a fait des entraînements un peu similaires. On a fait beaucoup plus de simulation et d’imagerie mentale lors des séances virtuelles.

Certains athlètes ont bien aimé pouvoir se reposer, guérir une ou deux blessures récurrentes, être un peu plus avec leur famille, ainsi que d’avoir la flexibilité de s’entraîner à la maison. La joie de ces vacances imposées n’a toutefois pas duré longtemps et a cédé sa place au stress de ne pas être assez préparé en pleine année olympique ou préolympique, selon la discipline.

Le virtuel a donc ses limites et les entraîneurs le sentent.

Cette année, on a vraiment poussé le bouchon le plus loin possible avec le virtuel. Les athlètes le disent de plus en plus, ils sont solidement tannés, vraiment!, affirme dans un éclat de rire François Pépin.

L’entraîneur reconnaît que les outils numériques ont leur utilité.

Dans l’avenir, on n'en fera pas autant qu'on en faisait, mais peut-être que, sur la route, si le préparateur physique n'est pas là, il pourrait diriger la séance d'abdos, de Pilates ou de yoga (à distance), ce que l'on ne faisait pas nécessairement toujours avant.

Gérer l’inquiétude

Même hors pandémie, les entraîneurs usent beaucoup de psychologie avec leurs athlètes. Une question qui a particulièrement taraudé les sportifs au cours des derniers mois est : est-ce que je suis à armes égales avec mes compétiteurs?

À un certain moment, il y avait beaucoup de rumeurs que tel pays est toujours à l'entraînement, alors que l’autre est en lock-down, se rappelle Aaron Dziver. Quand ça circule, il y a un stress qui s'insère dans le circuit, auprès de la fédération et chez les entraîneurs. Est-ce que l’on est toujours compétitifs avec les autres pays? Est-ce que les autres pays rentrent dans leurs lieux d'entraînements avant nous? On y réfléchissait constamment, c'était très très stressant.

La situation en ski de fond est différente. François Pépin voit que le moral de ses athlètes de Coupe du monde tient bon.

Ils ont encore beaucoup de plaisir à l'entraînement, à être en groupe. Ils ont encore du fun à venir faire des courses. Certains ont décidé de prendre des cours à l'université pour faire une session complète et se libérer l’année prochaine. Ils sont encore très motivés pour la prochaine année.

Le fondeur Antoine Cyr pousse dans une montée devant un groupe d'autres skieurs

Antoine Cyr, lors d'une épreuve des championnats du monde U23, en Finlande, en 2019

Photo : Courtoisie / Doug Stephen

J’ai beaucoup plus peur pour la génération de 16 à 21 ans, ceux qui cognent à la porte et qui n'ont rien eu pratiquement ou qui ne sont pas sortis de leur région. Au Québec, lorsque l’on a coupé le circuit provincial, on a fait de gros efforts pour mettre l'accent dans les régions. On leur disait : "Organisez-vous à l'interne, on va vous aider financièrement." On a créé un circuit virtuel, mais c’est cette génération-là qui va payer le plus et c'est cette génération-là qui marchait dans les rues de Québec devant l'Assemblée nationale (pour demander la reprise des sports).

Les sportifs de haut niveau reconnaissent qu’ils ont une chance que les autres athlètes n’ont pas.

On est chanceux d'être capable de s'entraîner à l'INS, constate Aaron Dziver. Les athlètes, quand je leur en parle, c'est clair et net, ils voient ça comme un privilège d'être ici, à leur lieu d'entraînement pour faire leur discipline et je partage cette vision-là. C'est un privilège et c'est grâce au travail de beaucoup d'entraîneurs, d'athlètes, de Plongeon Canada que l'on est capable de faire ça. Oui, ça peut être un peu lourd des fois, mais on est chanceux d'être ici.

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