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Quel bilan peut-on faire du premier mandat de Thomas Bach à la tête du CIO?

Il donne une conférence de presse.

Le président du CIO, Thomas Bach

Photo : Associated Press / Patrick Semansky

C’est sans surprise et sans opposition que le timonier du bateau olympique, Thomas Bach, s’est fait réélire à la quasi-unanimité pour un deuxième mandat à la tête du CIO avec 93 voix pour, 1 contre et 4 abstentions.

C’était attendu depuis qu’il avait annoncé qu’il se présenterait seul au mois de novembre dernier. Il y avait bien sûr quelques jeunes candidats potentiels qui auraient pu faire un tour de chauffe en se présentant à cette élection, mais pour de multiples raisons, ils avaient en face d’eux un habile diplomate dans le monde olympique. Et, surtout, personne ne voulait reprendre la barre en pleine pandémie, explique Armand de Rendinger, spécialiste français du monde olympique.

Son premier bilan a paru plus que satisfaisant pour les membres qui votaient. En huit ans, Thomas Bach a tout d’abord consolidé les fondations financières du CIO. La signature d’un contrat pharaonique de près de 10 milliards de dollars avec le diffuseur américain NBC lui garantit une assurance jusqu’en 2032. Il a également contribué à freiner l’érosion des candidatures olympiques.

On peut dire que Thomas Bach a réalisé de véritables révolutions face aux abandons de plus en plus nombreux des villes candidates à l’obtention des Jeux, estime Armand de Rendinger. Il a d’abord fait la double élection en protégeant Paris et Los Angeles. La deuxième révolution, et elle est loin d’être neutre dans l’avenir, car il a considéré que la candidature des villes pour les Jeux olympiques devra maintenant s’intégrer complètement dans la politique municipale, territoriale et gouvernementale d’un pays qui est candidat à l’organisation des Jeux.

Et finalement, à l’avenir, ce ne sont plus les membres qui voteront pour les villes candidates, mais on envisage pour 2030 et 2032 un comité qui sera chargé d’élire la meilleure ville candidate. On veut donc maintenant permettre rapidement aux villes candidates de se préparer adéquatement à la préparation des Jeux en déclarant des candidates préférentielles, comme c’est le cas pour Brisbane, qui veut accueillir les Jeux en 2032.

Est-ce que tout cela permettra d’éviter la corruption? Je ne le crois pas, car la corruption s’arrêtera le jour où le vote ne sera plus secret.

Une citation de :Armand de Rendinger, spécialiste du monde olympique

L’ensemble des membres du CIO réunis virtuellement a salué la gestion du président face à la crise due à la pandémie de COVID-19. Dans ce concert d’éloges sur son bilan, il y a quand même quelques fausses notes, reconnaît volontiers le spécialiste olympique.

Les Jeux de Rio, par exemple, ont été une catastrophe monumentale au niveau social, politique et financier, lance-t-il. C’est un échec en soi, même si Thomas Bach n’était pas encore président quand la ville de Rio a obtenu les Jeux. Mais c’est un échec, car il était président au moment où la commission de coordination, qui regardait de près où en étaient les comptes et surtout l’évolution des travaux, avait alerté les autorités olympiques sur le désastre annoncé, mais on a préféré mettre tout cela sous le tapis.

Il a également mal évalué l’évolution de la pandémie en hésitant à de multiples reprises de suspendre, reporter ou annuler les Jeux de Tokyo. Il a tellement tergiversé avant d’annoncer le report. Fallait-il les annuler à ce moment-là? L’avenir nous le dira.

Et enfin, il a également tergiversé à de nombreuses reprises après le scandale du dopage russe. Pourront-ils participer? Ne pourront-ils pas? Si oui, comment? Thomas Bach ne voulait surtout pas se fâcher avec son ami russe.

Il brandit le drapeau olympique pendant une cérémonie.

Le président du Comité international olympique, Thomas Bach

Photo : Radio-Canada

Avec cette réélection, le CIO est à la croisée des chemins. S’il veut survivre, il devra se moderniser et, surtout, s’adapter au monde d’aujourd’hui, ajoute Armand de Rendinger.

Ce n’est pas en se mettant au-dessus de la mêlée lors de la pandémie comme il l’a fait qu’il redore vraiment son image, dit-il. Pas plus en continuant d’affirmer sa neutralité politique quand on lui demande de revoir l’attribution des Jeux de 2022 à la Chine dans un contexte où les libertés sont bafouées.

Le CIO est l’institution faîtière de l’esprit olympique. Il était le garant de la réussite sportive, financière et humaine des Jeux olympiques. Aujourd’hui, il se présente simplement comme un catalyseur qui dit que les athlètes sont de la responsabilité des fédérations et que les villes qui ont organisé les Jeux soient les seules responsables. Alors, quand il y a de très grosses difficultés, c’est une patate chaude qu’on peut renvoyer. Et quand cela se passe bien, c’est une belle pomme de terre que le monde peut croustiller tranquillement, déclare en souriant le spécialiste.

L’avenir des Jeux olympiques

Pour ce spécialiste, le CIO doit absolument sortir de sa tour d’ivoire s’il veut survivre et garder une certaine crédibilité mondiale.

Thomas Bach, le diplomate pragmatique, va devoir se changer en diplomate pratique.

Une citation de :Armand de Rendinger

Il ne peut plus ignorer ce qui se passe avec les Ouïgours quand certains pays et organisations dénoncent l’organisation des Jeux de 2022 à Pékin dans un pays qui bafoue les droits de l’homme. Jusqu’à maintenant, le CIO n’avait posé que des gestes symboliques comme l’alliance des deux Corées aux Jeux de Pyeongchang ou la présence des réfugiés avec d’autres bannières aux Jeux olympiques. Tout cela pour masquer et pour ne pas trancher le problème des libertés dans le cadre des Jeux olympiques.

La clé, c’est que les athlètes s’expriment de plus en plus et parlent maintenant ouvertement. On ne peut plus les obliger à participer dans le silence. Ce sont eux qui vont mettre de la pression sur la maison olympique, insiste Armand de Rendinger.

En guise de conclusion, le spécialiste olympique explique que l'avenir des Jeux est peut-être entre les mains de Thomas Bach.

C’est le dernier mandat de Thomas Bach et il ne pourra plus continuer longtemps sa politique de compromis, il devra trancher de manière très importante. Et je vais plus loin, si on n’arrive pas à faire évoluer le modèle économique et social du CIO de manière drastique dans les années qui viennent, eh bien, il est clair que les Jeux olympiques en soi n’auront plus de raison d’être.

Le monde sportif ne voudra plus que son idéal olympique soit bafoué de la sorte par une institution qui ne prend pas en compte les libertés humaines, les droits politiques et les responsabilités économiques.

Une citation de :Armand de Rendinger

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