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Sylvie Fréchette regrette son silence

Elle participe à une entrevue en téléconférence.

Sylvie Fréchette

Photo : Radio-Canada

Jacinthe Taillon

La championne olympique Sylvie Fréchette a été la première à prendre la parole lors d’un point de presse mardi matin. Elle tenait à offrir son appui à cinq anciennes nageuses artistiques qui ont déposé en cour supérieure une demande d’autorisation en action collective contre Natation Artistique Canada (NAC). Elles disent avoir été victimes d’abus psychologique, de négligence et de harcèlement sexuel et racial par les entraîneurs et le personnel de la fédération.

Je me suis excusée aux nageuses parce que toutes les fois où j'ai été sur le bord d'une piscine pour aller les motiver et répondre à leurs questions, j'aurais dû le voir, mais je ne l'ai pas vu. Quand on est tellement biaisé et blessé de l'intérieur, on ne voit pas bien.

Dans une entrevue remplie d’émotions à Radio-Canada Sports, Sylvie Fréchette admet avoir elle-même été victime d’abus sous la gouverne de Julie Sauvé, son ancienne entraîneuse, avec qui elle a remporté l’or olympique en 1992. Ce n’est que récemment qu’elle a commencé à le réaliser.

L’ancienne nageuse s’était promis de s’asseoir avec Julie Sauvé qui, dit-elle, a été comme une deuxième mère pour elle, mais cette dernière est décédée en avril 2020, peu de temps après avoir écrit un dernier message à son ancienne protégée.

Un grand regret pour Sylvie Fréchette

Je voulais avoir une discussion de femme à femme avec [Julie], confie-t-elle la voix étranglée par l’émotion. Je ne voulais tellement pas la blâmer, mais j’avais besoin de lui expliquer... J’avais pris la décision de le faire et là, elle n’est plus là. C’est un grand regret que j’ai dans ma vie.

Sylvie Fréchette aurait aimé expliquer à Julie Sauvé qu’il existe d’autres méthodes d’entraînement que celles qu’elles utilisaient, surtout en ce qui a trait à ses exigences liées à l’apparence physique et au poids.

Jamais assez pour Julie Sauvé

J'aimerais juste qu'elle puisse me dire que je suis assez pour une fois dans sa vie… Je le sais qu'elle était fière de moi, mais il y avait toujours le mais, se souvient Sylvie Fréchette. [C’était] d’être ridiculisée, d’être sortie de l’entraînement, de me faire dire que je ne peux porter telle [chose] ou : "Va en arrière, tu es trop grosse, tu es trop laide, tu n’es pas assez belle…" Ce n’était pas nécessaire parce que malgré tout ça, on y est arrivé [à la victoire, NDLR]. Mais j’aimerais aujourd’hui ne pas porter tout ce poids-là.

L’ancienne nageuse est aujourd’hui entraîneuse-chef du club Neptune Natation Artistique. Elle souhaite un changement radical et définitif dans la culture d’un sport qu’elle jure aimer profondément. Les insultes, les commentaires dégradants et les menaces doivent cesser.

On grandit là-dedans... donc, on pense que c’est normal avec une perception de ce qui est normal qui devient tellement biaisée qu’on dirait que l’inacceptable devient acceptable.

C’est le système au complet qui doit être revu et repensé, selon Sylvie Fréchette.

Maintenant, le financement est basé sur les résultats. On donne le pouvoir total à des entraîneurs qui ne sont même pas supervisés... Je n'accepte pas, je n'excuse aucun geste, mais un coach qui se fait dire que si on ne se classe pas pour les Jeux olympiques on perd tout le financement, puis ce sera de ta faute... Me semble que ça ne se peut pas que l’on fasse encore ça, ajoute-t-elle.

C’est tout le système qui doit être revu

Consciente que la bataille est loin d’être gagnée, elle se dit tout de même fière que le changement passe par son sport. Elle offre tout son soutien aux cinq requérantes de la demande de recours collectif, qu’elle qualifie de très courageuses.

Je vais être la plus grosse carapace qu'elles n’auront jamais eue parce qu'il n'est pas question qu'on les attaque, lance Sylvie Fréchette. Il n’est pas question qu'on les atteigne. Il n'est pas question que ça continue une journée de plus. Je les remercie tellement parce que leur courage me permet à moi de grandir, de guérir et de devenir une meilleure personne, une meilleure maman et une meilleure entraîneuse, ultimement.

Des anciennes nageuses courageuses

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