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Chronique

Martin Madden, ou l’art d’avoir raison le plus souvent possible

Il est au podium pendant le repêchage de la LNH.

Martin Madden travaille dans l'organisation des Ducks depuis plus de 10 ans.

Photo : Gracieuseté : Ducks d'Anaheim

Même si très peu d’amateurs de hockey le connaissent, Martin Madden est l’un des plus grands talents québécois à œuvrer dans la LNH. Ce recruteur de carrière est en quelque sorte une supervedette dans son domaine. Il a d’ailleurs été promu à titre d’adjoint au directeur général Bob Murray, des Ducks d’Anaheim, au terme de la dernière saison.

Depuis que Madden a pris les commandes du département de recrutement amateur des Ducks en 2009, pas moins de 23 joueurs sélectionnés par cette organisation ont disputé au moins 100 matchs dans la LNH. C’est plus que n’importe quelle autre organisation.

Chaque année depuis 2009, les Ducks ont vu au moins un de leurs choix de repêchage (et souvent plus) percer leur formation dans la LNH, malgré le fait que leurs recruteurs aient eu très peu d’occasions de sélectionner des espoirs du top 10.

Par exemple, au repêchage de 2011, alors que leur premier choix ne venait qu’au 30e rang, les Ducks sont parvenus à choisir quatre espoirs qui font encore carrière dans la ligue : l’attaquant Rickard Rakell (30e), le gardien John Gibson (39e), l’attaquant William Karlsson (53e) et le défenseur Josh Manson (160e).

Ryan Geltzlaf et Corey Perry ont été rattrapés par le temps et l’organisation des Ducks est désormais en reconstruction. Son avenir semble toutefois intéressant. Le Québécois Maxime Comtois, sélectionné au 50e rang au repêchage de 2017, est le meilleur buteur de l’équipe (9-10-19 et +8).

La séance de sélection de 2019 a par ailleurs permis aux Ducks un rare accès aux talents du top 10. Avec le 9e choix, ils sont parvenus à mettre la main sur le joueur le plus utile du dernier Championnat mondial junior, le dynamique attaquant américain Trevor Zegras. Puis, à la séance de 2020, les Ducks ont utilisé la sixième sélection pour miser sur le talentueux défenseur Jamie Drysdale qui, malgré ses 18 ans, a été l’un des chefs de file d’Équipe Canada junior durant ce même tournoi.

Le défenseur canadien célèbre un but avec ses coéquipiers.

Jamie Drysdale a été un joueur important pour l'équipe canadienne au mondial de hockey junior.

Photo : The Canadian Press / JASON FRANSON

Pour toutes ces raisons, l’équipe de recrutement des Ducks figure constamment parmi les plus prolifiques de la LNH dans notre traditionnel classement annuel. Les recruteurs des Ducks occupaient notamment le 7e rang en 2020, le 1er en 2019 et le 2e en 2018.

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Martin Madden est un homme de hockey extrêmement discret. Par contre, l’impressionnante efficacité de son département de recrutement parle très fort. C’est d’ailleurs ce qui a mené à sa récente promotion à titre d’adjoint au directeur général des Ducks.

Le Kraken de Seattle est arrivé l’an passé et leur directeur général Ron Francis a demandé aux Ducks la permission de me rencontrer pour m’offrir un poste. Je connaissais Francis pour l’avoir côtoyé (au milieu des années 2000) au sein de l’organisation des Hurricanes de la Caroline.

Les discussions avec le Kraken ont duré une bonne semaine. Mais en même temps, Bob Murray et moi discutions pour voir comment mon rôle pouvait être redéfini au sein de l’organisation des Ducks. J’ai finalement décidé de rester à Anaheim dans un rôle d'adjoint au DG, raconte Martin Madden.

Depuis cette saison, ses responsabilités ont augmenté. Le recrutement professionnel s’est ajouté à son mandat d’établir les meilleurs espoirs amateurs de la planète. Aussi, sur une base presque quotidienne, il discute avec son DG des affaires courantes et de la gestion de l’équipe.

Ça me permet de voir comment les décisions quotidiennes sont prises et d’y participer. D’autant plus que la gestion de la formation nécessite beaucoup d’interventions en cette année de pandémie. Je découvre aussi une nouvelle facette du métier, notamment l’importance de gérer les émotions qui viennent avec la victoire et la défaite. Je n’avais pas beaucoup fait face à cela depuis le début de ma carrière. Quand tu travailles dans l’ombre, que tu termines tes rapports et que tu te préoccupes du développement des joueurs dans un horizon de cinq ans, tu ressens moins la pression de gagner chaque match, explique-t-il.

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Détenteur de baccalauréat en ingénierie de l'Université McGill et d’une maîtrise en administration des affaires (finance) de HEC Montréal, Madden confie que sa passion l’a emporté sur sa raison quand est venu le temps de faire son véritable choix de carrière.

Au début de la vingtaine, je me suis rendu compte qu’avoir des aptitudes dans un domaine et ressentir de la passion pour un domaine sont deux choses bien différentes. Il était clair dans ma tête que j’étais encore passionné par le hockey même si je ne jouais plus de façon compétitive, dit celui qui a notamment évolué dans la Ligue midget AAA durant son adolescence.

Un de mes anciens entraîneurs m’a permis de commencer à faire du recrutement avec les Mooseheads d’Halifax dans la LHJMQ. Et mon père, qui était alors recruteur chez les Rangers de New York, me donnait des petits mandats d’évaluation des jeunes joueurs qui n’étaient pas encore admissibles au repêchage. Ça m’a permis de voir comment fonctionnait une équipe de recruteurs professionnels de l’intérieur, même si je ne faisais pas partie du groupe, raconte-t-il.

Dans sa famille, Martin Madden porte le surnom de Junior. On le distingue ainsi de son illustre père, qui a connu une longue et fructueuse carrière de recruteur avec les Flyers, les Nordiques, les Rangers, le Canadien et les Ducks. À la fin des années 1980, Martin Madden père a par ailleurs été directeur général des Nordiques. Au début des années 2000, il a aussi prêté main-forte au CH à titre de directeur général adjoint.

Bref, Martin Madden fils est en quelque sorte tombé dans la potion magique quand il était petit.

J’ai vécu des expériences extraordinaires en grandissant proche des Nordiques à Québec, en passant beaucoup de temps au Colisée, en vivant la rivalité Québec-Montréal, en fréquentant le vestiaire et en côtoyant les joueurs. Par contre, quand j’étais enfant, j’aimais beaucoup plus jouer au hockey que regarder des matchs. Si j’avais le choix entre accompagner mon père à un match des Remparts ou jouer au hockey dans la rue avec mes amis, je préférais jouer dans la rue, se souvient-il.

En fin de compte, cette passion et cette exposition constante aux rouages du métier lui ont permis d’avoir une chance de se faire valoir dans cet univers à la fois fermé et extrêmement exigeant.

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Notre entrevue s’est faite alors que Martin Madden roulait en direction de la ville de Saguenay pour assister à un match de la LHJMQ. Quand je lui ai demandé de m’expliquer pourquoi il obtient autant de succès dans une science aussi imprécise que celle du recrutement, j’ai craint qu’il fasse une sortie de route tellement son éclat de rire a été fort et spontané.

Je ne suis pas à la recherche d’un secret commercial. Je veux connaître votre philosophie, l’ai-je rassuré.

J’essaie d’inclure le plus d’objectivité et de rigueur possible dans un processus qui est souvent très subjectif, répond-il.

Nous sommes plusieurs recruteurs autour d’une table et on voit tous le jeu différemment. Et on aime ce qu’on aime. Mais au bout du compte, il y a peut-être 65 joueurs par année qui vont faire carrière dans la LNH. Et ce n’est pas notre opinion qui va déterminer si un joueur va réussir ou non à faire sa place.

Je ne pense pas qu’il y existe une recette secrète pour réussir dans le recrutement. La nôtre, c’est que nous avons un personnel expérimenté, composé de gars qui proviennent de différents horizons et qui travaillent ensemble depuis longtemps. On se dit les vraies choses, on échange bien et on garde l’esprit ouvert pour tirer des leçons de nos meilleures pratiques et aussi de décisions que nous avons prises dans le passé.

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Sans entrer dans les détails, Martin Madden mentionne à maintes reprises l’importance de bien travailler en équipe pour obtenir du succès au repêchage. Car le temps, dit-il, lui a appris un fait indéniable : Ce n’est pas parce que c’est toi qui prends la décision finale que c’est forcément toi qui connais mieux le joueur dont on est en train de discuter.

Un recruteur, explique-t-il, ne voit qu’un échantillon de matchs au cours d’une saison de hockey.

Si tu es responsable d’une région en particulier, tu peux voir jouer tes joueurs une quinzaine de fois durant la saison. Tu les connais bien et tes opinions sont très fortes. Mais quand tu commences à grimper les échelons et à voyager davantage, tu compares des joueurs de ligues différentes, mais tu les vois jouer moins souvent. Tu perds un peu le sentiment de bien connaître tes joueurs et c’est une transition difficile pour un recruteur.

Il faut réaliser qu’on ne voit pas tout ce qu’un joueur peut offrir. Pour cette raison, il faut que les membres d’une équipe de recruteurs soient capables de se rejoindre et de comparer leurs forces et leurs faiblesses. Il faut finir par obtenir une contribution de tout le monde.

C’est pour ça, aussi, qu’il faut ajouter le plus d’objectivité possible au processus. Par exemple, quelles sont les caractéristiques des joueurs qui continuent de progresser par rapport à ceux qui plafonnent rapidement? Qui sont les joueurs capables d’évoluer dans n’importe quel système de jeu? Quel type de joueur a le plus de chances de réussir lorsqu’on est rendu aux dernières rondes du repêchage? C’est le genre de questions qu’il faut se poser quand on fait ce travail, explique-t-il.

Les Ducks d’Anaheim sont chanceux de pouvoir compter sur un homme de hockey de la qualité de Martin Madden. La qualité de son travail est constamment soulignée dans la LNH. Il sera intéressant de voir jusqu’où son parcours professionnel le mènera.

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