•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

« Mikaël a rendu ça facile » - Jean-Luc Brassard

Trois skieurs sont sur un podium.

Mikaël Kingsbury a décroché son troisième titre de champion du monde des bosses en simple à Almaty au Kazakhstan.

Photo : Twitter FISfreestyle

Mikaël Kingsbury est bien lancé aux Championnats du monde de ski acrobatique au Kazakhstan, avec le titre des bosses en simple. Jean-Luc Brassard a bien voulu répondre aux questions de Radio-Canada Sports.


Q - Mikaël revient d’une blessure, il a gagné à Deer Valley, mais c’était serré. Même si l’on sait qu'il est excellent, il a vraiment dominé lundi.

R. C'était une performance spéciale. J'essaie de mettre le tout en perspective parce que, malheureusement, la piste de ce centre de ski n'était peut-être pas à la hauteur d'un Championnat du monde, mais elle était la même pour tout le monde.

Alors c'est une victoire bien méritée qu'il a eue aujourd'hui. C'était une piste relativement courte, qui n'était peut-être pas sa favorite non plus, parce qu'elle est facile pour un skieur talentueux comme lui, et ça ouvrait la voie à de nombreux autres skieurs.

Le hasard a fait que les conditions météorologiques ont changé. Les bosses étaient très larges sur la première section haute du parcours, très éloignée. C’était glacé entre les bosses et, par la suite, elles devenaient plus serrées.

On a vu une grande différence entre les compétiteurs. Les meilleurs comme Mikaël ou le Français Benjamin Cavet ont négocié la piste avec beaucoup de facilité. C'était un parcours qui a révélé de belles surprises parce qu'un autre favori, Ikuma Horishima, le Japonais et grand adversaire de Mikaël, ne s'est pas qualifié pour les finales.

La manière dont Mikaël a négocié ce parcours, c'était vraiment du grand art parce que les autres, on les a vus négocier des difficultés, être souvent déséquilibrés, avoir des ruptures de style en descendant, visiblement avoir quelques problèmes en descendant, mais Mikaël a rendu ça facile.

C'est vraiment un attribut des grands athlètes. C'est de faire paraître quelque chose d'excessivement difficile comme étant facile.


Q - Mikaël Kingsbury avait l’air particulièrement détendu. Il a affirmé avoir eu beaucoup de plaisir. C’est la maturité qui l’amène à faire fi de la pression?

R. L'attitude de Mikaël en ce moment, c'est celle d'un vétéran. Le hasard fait drôlement les choses. Normalement, un athlète peut s'essouffler après plusieurs années sur le circuit, particulièrement quand il gagne à répétition.

Prenons par exemple Alexandre Bilodeau ou Jennifer Heil, qui ont été médaillés d'or aux Jeux. Ils ont pris des années sabbatiques après leurs succès olympiques, de manière à se concentrer sur autre chose. Ils n'ont pas complètement arrêté l'entraînement, mais ils ont pris une année sabbatique de manière à se reposer la tête, pour pouvoir honorer leurs engagements de champions et après revenir frais comme des roses pour continuer une autre partie de leur carrière.

Mikaël aime tellement la course que lui n'a jamais arrêté. Le hasard cette année a fait qu'il s'est blessé à certaines vertèbres dans son dos.

Le traitement a très bien fonctionné. Les vertèbres ont ressoudé d'elles-mêmes. L'entraînement a pu reprendre assez rapidement. Et cette pause d'année COVID également, avec un circuit de compétitions qui est vraiment réduit au minimum, le hasard faisant bien les choses, ça lui a permis de faire une petite sabbatique sans nécessairement prendre une année complète pour se demander s'il a pris la bonne décision ou non. Ça vient toujours tourmenter un peu les athlètes à un certain moment. Et là, durant cette période, on a senti qu'il a acquis beaucoup de maturité.

Il a plusieurs titres à son actif et à son retour à la compétition il y a quelques semaines à Deer Valley, qui était le site olympique de 2002, cette victoire lui a insufflé beaucoup de confiance sur sa capacité à retrouver ses repères et à dominer le circuit de nouveau.

J'ai toujours un doute quand je regarde les athlètes au départ. À voir Mikaël, je me disais : Tiens, on dirait que ça va être encore quelque chose.

Je n'ose pas dire que c'est acquis, parce qu'il y a toujours de la surprise, c'est la loi du sport. Avec lui, on dirait qu'il y a de moins en moins de surprises, il est vraiment souverain dans son sport, malgré 9, 10 saisons sur le circuit de la Coupe du monde.

Q - Il est peut-être moins surprenant, mais il est toujours aussi impressionnant à regarder.

R. Mikaël, son jeu de sauts est le plus difficile du circuit. Il le fait avec une aisance et une maîtrise spectaculaires. On l’a vu à l'entraînement lancer des doubles sauts périlleux sur les pistes de Val Saint-Côme, hors compétition, parce que les doubles sauts périlleux ne sont pas permis en Coupe du monde, sous peine de disqualification.

Il est capable de les exécuter. Et son grand plaisir, c'est de repousser les limites, même au-delà de ce qui est permis de faire. Si on lui donnait carte blanche, à se demander si les pistes seraient encore de calibre pour lui tellement il est à l'avant-garde.

Mais aussi, dans ce sport, on ne peut pas simplement être un joueur qui est à l'avant-garde. Il y a aussi un aspect sécurité. Et même si on permettait à Mikaël de faire des doubles sauts périlleux, il ne faudrait pas que la ribambelle de gens qui suivent derrière, même les actuels compétiteurs en Coupe du monde, se retrouve à prendre beaucoup trop de risques pour les blessures.

Il a encore soif, il veut encore innover. Je ne sais pas où il va s'arrêter. Tant et aussi longtemps que la passion y sera, il va pouvoir continuer à amener ce sport ailleurs.


Q - À quoi doit-on s'attendre pour mardi, à l'épreuve en parallèle?

R. On peut s'attendre à un doublé, certainement. Mikaël possède cette descente en lui maintenant, il y a un gros regain de confiance. Par contre, deux adversaires redoutables, le Japonais qui n'a pas fait les finales lundi, il va avoir faim, il va vouloir sauver ses Championnats du monde.

Matt Graham, qui n'est pas un adversaire régulier à battre pour Mikaël, mais qui est souvent dans le siège du deuxième derrière lui, lui non plus n'a pas fait les finales lundi. Il voudrait bien, pour son chant du cygne en Championnats du monde, trouver une belle position.

Et le Français Benjamin Cavet, contre Mikaël à Deer Valley, c'était assez chaud. Certainement, il voudra mettre cette médaille d'or à son cou. Ça devrait être une belle compétition relevée dans un parcours qui, souhaitons-le, va pouvoir s'amollir un peu, plutôt que d'être glacé.

Ce sera meilleur pour le spectacle. Ce sera un bon spectacle, décidément, mais tout est possible. Mikaël, ce n'est pas un élément surprise dans son cas. Alors, voyons si ça va fonctionner, mais je ne parierai pas contre lui.


Q - On ne parie pas contre Tom Brady comme on ne parie pas contre Mikaël Kingsbury?

R. Je pense exactement la même chose!

Radio-Canada Sports présente en webdiffusion les Championnats du monde de ski acrobatique de la FIS. Cliquez ici pour le détail de notre calendrier de diffusions.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !