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Chronique

L'évolution des sports au féminin et les vieux préjugés

Jacqueline Gareau, de dos avec son dossard de course, les bras en l'air en courant.

La coureuse Jacqueline Gareau franchissant la ligne d'arrivée du marathon de Montréal en 1980.

Photo : Radio-Canada

Les femmes ont parcouru beaucoup de chemin depuis leur arrivée dans l’arène sportive, mais de vieux préjugés sont entretenus par des règlements et par les épreuves auxquelles elles peuvent participer.

Le patinage de vitesse en est un bel exemple. En longue piste, les distances les plus longues pour les hommes sont celles de 5000 et de 10 000 m. Les femmes sont limitées à 3000 et à 5000 m.

Pourquoi? Il n’y a pas vraiment de réponses.

En courte piste, un sport plus jeune, hommes et femmes s’attaquent aux mêmes distances, sauf le relais qui est de 3000 m pour les femmes et de 5000 m pour les hommes.

Pourquoi? Il n’y a pas vraiment de réponses.

Au tennis, dans les tournois du grand chelem, les matchs masculins sont des 3 de 5, tandis que du côté féminin, on se contente de jouer des 2 de 3.

La résistance physique des femmes ne fait pourtant plus aucun doute.

En 2019, on note qu’au moins quatre épreuves de très longues distances ont été gagnées par des femmes devant des hommes.

L’Écossaise Jasmin Paris est devenue cette année-là la première femme à finir au 1er rang de la Spine Race, une course de 431,3 km qui se tient annuellement d'Edale, en Angleterre, jusqu’à Kirk Yetholm, en Écosse.

Jasmin Paris a établi le record de l’épreuve en 83 h 12 minutes 23 s.

En cyclisme, l’Allemande Fiona Kolbinger a remporté la Course transcontinentale de 2019 devant plus de 250 participants, essentiellement des hommes. La jeune femme de 24 ans a franchi les 4000 km en 10 j 2 h 48 min.

Les sportives du siècle dernier n’en reviendraient pas de voir comment le sport a évolué.

Les femmes n’ont fait leur entrée en athlétisme, la discipline reine des Jeux olympiques, qu’en 1928.

L’épreuve la plus éprouvante était alors une course de 800 m, qui a été abandonnée, parce que plusieurs participantes n’avaient pu la terminer. Ce n’est qu’en 1960 qu'elle est revenue au programme.

Pour ce qui est du marathon, il faudra attendre jusqu’en 1984 pour voir les femmes le courir aux Jeux olympiques.

Le prestigieux marathon de Boston les accueille depuis 1972 et la Fédération internationale a sanctionné sa première épreuve féminine, le marathon de Tokyo, en 1979.

Encore aujourd’hui, des différences existent entre les programmes masculin et féminin en athlétisme.

Ainsi, on détermine l’athlète le plus complet avec un décathlon (10 épreuves) du côté des hommes, et un heptathlon (7 épreuves) du côté des femmes.

Des différences de taille

Certaines différences de règlements entre les hommes et les femmes peuvent s’expliquer par les différences physiques.

Dans la plupart des régions du monde, la femme est plus petite que l’homme de 13 à 15 cm.

C’est donc normal que les haies dans les courses en athlétisme se retrouvent à 84 cm de hauteur pour les femmes, et à 106 cm pour les hommes.

La distance entre les haies est calculée pour trois foulées, ce qui veut dire 9,14 m pour les hommes contre 8,5 m pour les femmes.

Pourquoi les hommes ont-ils une course de 110 m et les femmes, seulement 100 m?

Il n’y a pas vraiment de raisons.

Le volleyball s’est également ajusté aux différences de taille entre les femmes et les hommes, en plaçant le filet à 2,24 m chez les femmes et à 2,43 m chez les hommes. Et quand on joue avec des équipes mixtes, on l’installe à peu près entre ces deux mesures, à 2,35 m.

Curieusement, le basketball ne donne aucun accommodement aux femmes. Le panier se trouve à la même hauteur.

Ce qui a fait dire à un des entraîneurs de la Montréalaise Kiandra Browne à l'Université de l'Indiana que c’est tant mieux.

Ainsi, on va continuer de développer de vraies joueuses qui peuvent dribler, passer et lancer. On n’essaiera pas constamment de trouver des Shaquille O’Neal au féminin qui se contentent d’enfoncer le ballon dans le panier. 

Combattantes et femmes fortes

Depuis une vingtaine d’années, le mouvement olympique a fait des efforts pour ouvrir la porte aux femmes dans toutes les disciplines.

Depuis 2012, les femmes compétitionnent dans tous les sports figurant au programme des Jeux. Les nouveaux sports qui souhaitent être inscrits doivent comprendre des épreuves féminines.

Un premier sport de combat féminin, le judo, a fait son apparition en 1992, tandis que la lutte, qui fait partie du programme masculin depuis le début, n’a un volet féminin que depuis 2004. La boxe féminine est arrivée en 2012 et le karaté féminin fera ses débuts cet été à Tokyo.

En boxe olympique, les rounds sont de trois minutes chez les hommes comme chez les femmes. En boxe professionnelle, les femmes ne se battent qu'à coups de deux minutes.

Au hockey, on tient à protéger le visage des joueuses avec un protecteur facial complet, ce qui n’est pas obligatoire pour les hommes, et la mise en échec y est interdite.

Attention, pas de mise en échec ne veut pas dire pas de contact physique.

Règle 6.2 (b)

Lorsque le joueur à l’attaque patine vers le joueur en défense, le joueur en défense ne peut frapper le joueur à l’attaque en allant dans la direction opposée à ce joueur.

Le contact physique doit résulter du mouvement du joueur à l’attaque. Il ne doit y avoir aucune action où le joueur à l’attaque est poussé, bousculé ou mis en échec contre la bande.

Lorsque, de l’avis de l’arbitre, un contact accidentel se produit, aucune punition n’est imposée.

Est-ce que les joueuses souhaiteraient voir le règlement des mises en échec modifié pour permettre les plaquages contre la bande?

Pas vraiment. Même celles qui jouent à la position de défenseuse, comme Lauriane Rougeau de l’équipe canadienne, ne voient pas d’avantage à aller vers une adversaire pour la frapper.

Personnellement, je trouve que notre sport est beau, tel qu’il est, dit-elle. Si vous venez voir un match de hockey féminin, vous allez voir que c’est très physique. Il y a plus de passes, plus de patin. C’est bien comme c’est présentement.

L’attaquante Ann-Sophie Bettez amène aussi l’aspect des commotions cérébrales causées par les mises échec à la tête.

Moi, ce que j’aime du hockey féminin, c’est la finesse et la vitesse d’exécution, lance-t-elle.

L’ancienne entraîneuse de l’équipe du Canada Danièle Sauvageau approche la question avec la perspective inverse.

Comment pourrait-on améliorer le hockey en enlevant la mise en échec? Je pense qu’on développerait de meilleures habiletés au hockey masculin.

S'inspirer du sport féminin pour améliorer le sport masculin?

Pourquoi pas?

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