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Chronique

Athlétisme : de nouvelles chaussures abaissent les records

Plan large d'un stade d'athlétisme vide

La piste du stade olympique de Tokyo pourrait être le théâtre de plusieurs records du monde.

Photo : afp via getty images / PHILIP FONG

Si les Jeux olympiques de Tokyo finissent par avoir lieu l’été prochain, les experts prédisent que plusieurs records du monde d’athlétisme y seront battus, ou sérieusement menacés, en raison d’une nouvelle chaussure à crampons conçue par Nike. Cette chaussure, dit-on, est la plus grande innovation technologique à survenir en athlétisme depuis plus de 50 ans.

Dans notre milieu, pour trouver une innovation qui a eu un impact comparable à cette chaussure sur les performances des athlètes, on remonte jusqu’aux années 1960. On était alors passé des pistes cendrées (recouvertes de poussière de roche) aux revêtements synthétiques, plus réactifs, qui permettaient de faire des chronos plus rapides, explique l’entraîneur en chef de la Fédération québécoise d’athlétisme, Félix-Antoine Lapointe.

Les chaussures révolutionnaires de Nike ont fait leur apparition au marathon des Jeux de Rio en 2016. Mais une version adaptée aux épreuves de piste, les Air Zoom Victory, a été produite à partir de 2019. Et ses résultats récents sont époustouflants.

À titre d’exemple, aux compétitions de 800 m masculin disputées en salle, malgré les inconvénients reliés à la pandémie mondiale, quatre des neuf meilleures performances de tous les temps ont été inscrites au cours des 35 derniers jours.

Le 17 février dernier, en Pologne, le Britannique Elliott Giles, un athlète qui ne s’était jamais qualifié pour une finale sur la scène internationale, a enregistré le deuxième chrono de tous les temps, un retentissant 1 min 43 s 63/100! Le quotidien britannique The Guardian soulignait qu’au passage, Giles avait pulvérisé le record que détenait Sebastian Coe, qui est un véritable héros national.

Du côté des femmes, le même genre de phénomène se produit. Toujours à titre d’exemple, le 9 février dernier à Liévin, en France, l’Éthiopienne Gudaf Tsegay a abaissé la marque mondiale du 1500 m en salle avec un chrono de 3:53,09. Au cours de la même épreuve, la Britannique Laura Muir a inscrit la cinquième performance de tous les temps.

L’impact des nouvelles chaussures avait aussi été noté durant le bref déconfinement de l’été et de l’automne 2020 quand les records du monde des 5000 et 10 000 m masculins et du 5000 m féminin avaient été fracassés.

Les puristes ne sont pas à l’aise avec cette situation. On compare les performances récentes à des classements nationaux ou aux meilleurs chronos de l’histoire alors que les règles du jeu ont un peu changé. Oui, les athlètes vont aller un peu plus vite avec les nouvelles chaussures à crampons, mais il faut peut-être accepter que les temps changent. Comme on avait accepté dans les années 1960 que les chronos progressent avec les nouveaux revêtements des pistes, ajoute Félix-Antoine Lapointe.


Les chaussures révolutionnaires de Nike ont frappé leur premier grand coup d’éclat aux Jeux de Rio en 2016. Les trois médaillés du marathon masculin portaient tous le même prototype du fabricant américain, rappelle le site académique international The Conversation.

La vedette mondiale Eliud Kipchoge portait aussi ces superchaussures en 2019 quand il a brisé la mythique barrière des deux heures dans un marathon non officiel. Le Kényan détient aussi le record officiel de cette discipline, qui est de 2:01:39.

Le secret des superchaussures se trouve dans la mousse Vapofly utilisée pour fabriquer les semelles. Cette mousse réduirait de 4 % la dépense énergétique nécessaire pour maintenir une cadence de niveau mondial dans une course de fond ou de demi-fond. Par ailleurs, une plaque de carbone en forme de cuillère est aussi insérée dans la semelle. Elle créerait un effet bondissant qui retourne une certaine quantité d’énergie au coureur lorsqu’il pose le pied au sol. Le talon de la semelle, plus épais, permet aussi d’allonger la foulée des coureurs.

Sur piste, cette technologie améliorerait les performances des chaussures à crampons de 2 % à 3 %, ce qui est énorme. En ce qui concerne les marathons, les résultats sont semblables. Les performances mondiales des 50 meilleurs hommes se sont améliorées de 2 % depuis 2016 et celles des femmes, d’environ 2,6 %, selon The Conversation.

Nike semble être en avance dans ce domaine, mais les manufacturiers New Balance et Adidas se sont aussi lancés dans cette course à l’innovation et ont réussi à développer d’excellents produits, souligne l’entraîneur en chef d’Athlétisme Québec. Par contre, les experts se sont rendu compte que certains athlètes répondent mieux que d’autres à ce type de chaussures.

Un Britannique, Marc Scott, a notamment amélioré sa meilleure performance personnelle par 46 secondes sur 10 000 m.

Il est encore tôt pour déterminer avec exactitude pourquoi des athlètes répondent mieux que d’autres à cette technologie. Pour l’instant, on pense que ça dépend du type de foulée. Ceux dont l’amplitude et la puissance de la foulée sont plus grandes semblent tirer le maximum de bénéfices des nouvelles chaussures, fait valoir Félix-Antoine Lapointe.


En fin de compte, beaucoup de gens dans le milieu craignent que les exploits des athlètes de pointe soient diminués en raison de l’efficacité de cette nouvelle technologie.

Il ne faut pas que les gens croient qu’il s’agit de chaussures magiques qui vont permettre d’inscrire des records mondiaux ou des meilleures performances personnelles en claquant des doigts. La réalité est que lorsqu’un athlète est au sommet de sa forme, cette innovation va lui permettre de s’améliorer de quelques points de pourcentage.

Si on prend l’exemple du Britannique Elliott Giles, il est certain que sa performance a frappé l’imagination des gens. Il est passé du statut de simple participant aux Jeux olympiques à détenteur de la deuxième meilleure performance de tous les temps au 800 m intérieur. La nuance que j’apporte là-dessus, c’est qu’il n’était pas le seul à porter ces chaussures. Il a travaillé et il s’est amélioré pour signer un tel chrono. Il ne faut pas lui enlever de mérite, conclut Félix-Antoine Lapointe.

Dans le milieu de l’athlétisme, la rumeur veut que les manufacturiers soient en train de préparer des prototypes de superchaussures spécialement adaptées aux épreuves de sprint. Si c’est bien le cas, et si les mêmes pourcentages d’amélioration restent possibles, le jour où un être humain franchira 100 m sous la barre des 9,5 secondes n’est peut-être pas loin.

Voilà donc une raison de plus pour laquelle les Jeux de Tokyo risquent d’être très particuliers.

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