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Chronique

La Journée internationale des femmes : avancez en arrière

Des joueuses de hockey célèbrent près du filet

Le hockey féminin, en dehors des Jeux olympiques et des Championnats du monde, n'occupe pas une grande place dans le paysage médiatique.

Photo : The Associated Press / Chris O'Meara

Marie-José Turcotte

Je vous le dis tout de go : le 8 mars m’énerve! Je rêve du jour où la place des femmes sera acquise 365 jours par année. J’ai parfois l'impression que c’est comme lorsque j’étais jeune, quand il y avait trop de monde dans l’autobus et que le chauffeur criait : « Avancez en arrière! » On ne sait plus trop si l’on avance ou si l’on recule...

En cette semaine où l’on célèbre la Journée internationale des femmes (8 mars), Radio-Canada Sports donne la parole à des chroniqueuses qui partagent leurs réflexions sur la place des femmes dans le monde du sport.

Bon, si je compare avec mes débuts dans ce merveilleux monde des sports, oui, on avance. J’étais pas mal toute seule dans ma gang, surtout dans les vestiaires.

J'aurai toujours en mémoire Rendez-vous 87, une série de deux matchs de hockey entre le Canada et l’URSS au Colisée de Québec.

Après la deuxième rencontre, j'aperçois un défenseur de l'équipe canadienne. Cheveux mouillés, petite serviette sur une épaule dénudée, un attroupement de journalistes devant lui. Je m’approche, je tends mon micro. Eh boy! Sa jambe gauche est nonchalamment remontée sur le banc, sa droite bien appuyée sur le sol et, au milieu, ses organes génitaux qui prennent l’air. Oui! Tout nu devant les caméras de télévision! C’est comme ça que ça se passait. Pas au Moyen-Âge, il y a 34 ans.

Avouez que la présence des femmes dans les vestiaires a été un grand avancement pour l’humanité!

Est-ce que ça change? Connaissez-vous beaucoup de femmes professionnelles qui gagnent leur vie avec le sport? Vous en voyez beaucoup des ligues professionnelles féminines? Et dans les médias, combien d'heures, d’espaces sont consacrés aux sports au féminin? Pas besoin d’un long sondage pour répondre : non, non et très peu!

En même temps, ça change…

Prenons les Jeux. Le Comité international olympique (CIO) répète sur toutes les tribunes que ceux de Paris en 2024 seront les Jeux de l’équité. Pour la première fois, nous serons dans un rapport de 50-50. Autant de femmes que d’hommes vont participer à cette édition olympique. Bravo! Ça n'aura pris que 128 ans pour en arriver là. Bon, il faut y voir un signe que l’on avance.

Il ne faut pas se laisser leurrer par l’arbre qui cache la forêt. Prenons l’exemple du Canada. On s’entend, nous sommes un pays qui souvent est à l’avant-garde. Depuis les Jeux d’Atlanta en 1996, nos équipes sont presque toujours constituées en part égale d’hommes et de femmes, si l’on parle des athlètes.

Si l’on regarde la représentation en ce qui concerne les entraîneurs, on est à des années-lumière de l'égalité.

Nos équipes nationales avaient, à Londres en 2012, 20 % de femmes entraîneuses. En 2014, à Sotchi, 11 %, deux ans plus tard à Rio, 16,5 %, et à Pyeongchang en 2018, 11 %.

Je vous épargne les chiffres, mais je vous confirme aussi que les femmes sont nettement sous-représentées dans tous les rôles décisionnels sportifs. Avancez en arrière…

Pourtant, selon un rapport publié en mars 2018 par Morgan Stanley Capital International (MSCI), des études suggèrent que l’augmentation du nombre de femmes à la direction des entreprises améliorerait leur performance financière. Intéressant!

D’ailleurs, cette étude dit aussi que les entreprises qui ont plus de femmes dans leur conseil d’administration et des politiques ambitieuses en matière de capital humain ont une meilleure productivité. Ce n’est pas rien!

Voilà des faits qui nous disent que la mixité est la meilleure garantie de réussite.

J’ai toujours pensé que, pour que les femmes puissent devenir ce qu’elles souhaitent, il faut que toute la société, hommes et femmes confondus, croie à un avenir commun.

Quand je suis arrivée au service des Sports de Radio-Canada, ce n'était pas très mixte. Trente-cinq ans plus tard, quelques femmes ont investi les postes décisionnels : la première directrice sport et olympique Catherine Dupont, la rédactrice en chef des Jeux olympiques, Chantal Léveillé, la coordonnatrice des Jeux paralympiques, Caroline Brisson, sans compter mes nombreuses et excellentes collègues journalistes sur toutes nos plateformes. Oui, ça avance, par en avant cette fois, mais ce n'est pas encore l’équité.

Je dis bien l’équité, pas un renversement de pouvoir. S’entraider les uns les autres. Sans l’appui de plusieurs de mes collègues hommes, je n’aurais jamais pu faire une carrière aussi longue aux Sports.

Pour moi, c’est clair que c’est conjointement, par le respect, par le mélange des genres, par le choc des idées que l’on va arriver à construire une société où hommes et femmes pourront aspirer aux mêmes possibilités, aux mêmes occasions. La situation est d'autant plus précaire que de nombreuses d’études nous disent que les femmes ont été plus touchées, entre autres sur le plan économique, par la pandémie.

Est-ce que le 8 mars est là pour de bon? J’aimerais beaucoup répondre non. Mais j’ai beau être une éternelle optimiste, disons que sur l’ensemble de la planète, la lutte est loin d’être gagnée. On n’a qu’à penser à l’accès à l’éducation pour les filles. Selon un rapport d’Oxfam en janvier 2021, la pandémie va effacer les progrès qui ont été faits au cours des deux dernières décennies. On parle de millions de jeunes femmes qui ne retourneront pas sur les bancs d’école, qui resteront coincées dans la pauvreté.

Il est important d’agir, d’aller vers l’avant. Je vous laisse avec une phrase du dernier livre d’Amin Maalouf, Nos frères inattendus Seul le présent porte la vie, comme un grain de raisin porte le soleil et l’ivresse. 

Vive le raisin! Et avançons par en avant… Maintenant!

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