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Les deux passions de Maïté Bouchard

Elle lève un bras avant sa course.

La Sherbrookoise Maïté Bouchard lors des qualifications du 800 m des Championnats canadiens d'athlétisme

Photo : Radio-Canada

Michel Chabot

Plutôt que de se laisser abattre, Maïté Bouchard a doublement profité de la pandémie de COVID-19. La jeune spécialiste du 800 m a d'abord pu terminer son doctorat en médecine, puis elle a trouvé le moyen de s’améliorer physiquement dans le but de réaliser un autre rêve, celui de se qualifier pour les Jeux olympiques de Tokyo.

La Sherbrookoise n’a pas ménagé ses efforts au cours des derniers mois pour vivre ses deux grandes passions.

Ça faisait quand même plusieurs mois que j'étais en stage, précise-t-elle. Avec la faculté, j'alternais entre les périodes d'interruption d'études et celles où j'étais en stage, pour me permettre de faire mes saisons et de partir en compétition. J'étais censée être en arrêt d'avril à septembre 2020 pour me permettre de faire les sélections olympiques et les Jeux. Et après ça, je revenais et je terminais mon doctorat jusqu'en avril. Mais il y a eu la COVID-19 et on a reparti le plan à zéro. J'ai donc recommencé les stages sans trop savoir si j'allais avoir une saison décalée. Depuis mai, j’ai repris les stages et je n’ai pas vraiment arrêté.

Entraînement atypique

C’est ainsi qu’elle a obtenu son diplôme tout en poursuivant son entraînement, dans les tunnels de l’Université de Sherbrooke, sur un terrain de soccer, dehors quand le temps le permettait ou sur un tapis roulant.

Ç’a été positif de travailler un peu différemment, explique-t-elle. En course, nous sommes tout de même chanceux. J’ai pu continuer de travailler sur mon endurance, ma puissance et ma vitesse. Dans les tunnels, il fait chaud, il y a des pentes. On pouvait quand même faire de la vitesse et de la puissance. Pour faire plus long, c’était sur le tapis ou dehors.

Et ses efforts semblent déjà avoir porté leurs fruits à son retour sur la piste la semaine dernière, après quatre mois sans y avoir posé le pied.

C’était drôle, j’avais perdu l’habitude de l’adhérence après quatre mois, dit-elle en rigolant. C’était bon de remettre les crampons et de tourner en rond. Les sensations étaient super bonnes. Je n’avais pas de repères, ça faisait longtemps que je n’avais pas couru. J’ai décidé de prendre mes temps, mais je ne regardais pas ma montre pour me concentrer sur les sensations. Et j’ai vraiment été surprise par les temps. Wow! Je suis clairement plus vite que l’année passée même si j’avais fait un très bon temps à l’intérieur. Et ça s’annonçait comme une saison de rêve.

J’ai 25 ans, je suis dans le bon âge pour ma discipline. Un an de plus pour m’entraîner me permet de travailler sur mes faiblesses et de devenir une meilleure athlète. J’ai amélioré plein de choses et j’ai hâte de voir à quel point ça va montrer que tout cet entraînement a valu la peine.

Une citation de :Maïté Bouchard

Une saison plutôt que deux

Une décision prise avec son entraîneur Simon Croteau lui a permis de garder une attitude positive en ces temps de pandémie, alors que règne l’incertitude.

Habituellement, on a une saison intérieure et une saison extérieure. Là, avec la COVID, on voyait ça aller plus en décembre. Je croyais qu’il était impossible qu’on ait une saison intérieure et que j’aille à des compétitions aux États-Unis. Rapidement, ce qu’on a décidé avec mon entraîneur, comme plusieurs athlètes internationaux font en temps normal, ç’a été de s’entraîner uniquement pour la saison d’été. Comme ça, j’enlevais le côté d’être déçue de ne pas pouvoir aller à des compétitions. Il y avait trop de trucs qu’on ne contrôlait pas.

Pour une personne structurée comme elle, cette période aurait pu semer le désespoir. Or, sa manière de l’envisager lui aura été bénéfique.

J’ai pris le contrôle de cette saison-là en me disant que je ne voulais pas avoir à gérer l’inconnu, lance-t-elle. Ça m’a aidée à prendre un peu de confiance.

Difficile de prévoir quand les compétitions reprendront. Maïté Bouchard se prépare toutefois comme si elle allait renouer avec les courses le mois prochain, hors des frontières canadiennes.

C’est clair que je dois aller faire des compétitions à l’étranger, on n’en a pas beaucoup au Canada du niveau nécessaire pour se classer pour les Jeux, mentionne-t-elle. Je n’aurai pas le choix de sortir du pays au printemps. C’est dur à organiser parce qu’on ne sait pas de quoi ça aura l’air dans deux mois. Je suis prête à toutes les éventualités et à saisir les occasions quand il y en aura. Je sais que je suis en forme. Les entraînements vont vraiment bien malgré tout. Je suis en avance sur l’année passée alors c’est encourageant. J’ai juste hâte aux compétitions.

Les JO en ligne de mire

Tokyo demeure un objectif réaliste, mais une seule athlète pourra y représenter le pays au 800 m. Et il y a de fortes chances pour que ce soit elle ou Melissa Bishop.

Melissa Bishop, depuis que j’ai commencé l’athlétisme, c’est l’athlète qui m’a vraiment impressionnée et que je voyais en haut. Mais il y a un an, le 29 février, je l’ai battue à Boston. Ça m’a donné un influx de confiance. J’avais fait un temps que je trouvais incroyable, mais deuxièmement, je venais de battre la fille que j’ai regardée courir à Rio en 2016. Je ne vais être qu’honorée si je réussis à la battre en compétition. C’est une motivation de plus. Mais autant j’ai envie de la battre, c’est quelqu’un que j’estime et que j’aime côtoyer.

Une citation de :Maïté Bouchard

Lindsey Butterworth et Mariah Kelly auront également leur mot à dire dans cette lutte et tout pourrait se décider aux Championnats canadiens, en juin, à Montréal. Mais là encore, rien n’est coulé dans le béton.

On a appris que les Championnats canadiens ne seront plus obligatoires pour être sélectionnés sur l’équipe, vu les circonstances. C’est sûr que si tu habites aux États-Unis, c’est compliqué, mais peut-être que rendu là, la quarantaine en revenant d’un pays étranger, ce sera différent. Ce sera à évaluer en temps et lieu si je cours aux Championnats canadiens ou pas. Est-ce que j’aurai le standard (1:59,50)? Est-ce que je devrai absolument y courir pour les Jeux? Il manque trop d’informations pour le savoir, mais c’est sûr que j’aimerais courir à Montréal.

Quoi qu’il en soit, c’est avec une nouvelle philosophie qu’elle approche maintenant son sport. De nature anxieuse, elle apprend à gérer son stress de mieux en mieux et apprécie comme jamais la chance qu’elle a de vivre la vie d’athlète de pointe.

La COVID nous a montré à quel point nous sommes chanceux de faire ça. Ça m’a rappelé toutes les raisons pour lesquelles je continue de courir et je retarde la fin de mes études, dit-elle. J’ai le goût d’aller au bout de tout ça. On dirait que toute cette énergie que j’ai emmagasinée dans la dernière année me donne hâte d’aller sur la piste. Mon objectif sera d’avoir du plaisir et de donner tout ce que j’ai pour ne pas avoir de regrets. Des années de courses, il ne m’en reste pas 20.

(Avec les informations d'Olivier Pellerin)

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