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Chronique

Le jour où Carey Price a perdu la confiance du CH

Il repousse une rondelle avec son bâton.

Carey Price

Photo : Eric Bolte-USA TODAY Sports

On croyait que Marc Bergevin avait utilisé sa dernière cartouche la semaine dernière en congédiant Claude Julien et Kirk Muller. Mais tel un cowboy au pied du mur dans un vieux western, le directeur général du Canadien avait encore une ultime balle dans son barillet. Il l’a utilisée mardi soir pour évincer son plus vieux complice : l’entraîneur des gardiens Stéphane Waite.

Avec ce congédiement surprise – que Waite lui-même n’a jamais vu venir – c’est toute une façade du CH qui s’écroule.

Depuis plusieurs années, quand Carey Price traversait une période difficile, il était courant pour les membres de l’organisation de plaider que le rendement du gardien étoile s’avérait le dernier de leurs soucis.

Je ne suis pas inquiet pour Carey Price , avait d’ailleurs répété plusieurs fois le nouvel entraîneur-chef, Dominique Ducharme, au cours des derniers jours.

Eh bien, Ducharme a appris mardi que son patron ne partageait pas son avis. Bergevin lui a annoncé que Waite, l’un des entraîneurs de gardiens les mieux cotés de la LNH, allait être viré dans l’espoir qu’un changement de voix permette à Price de retrouver son efficacité d’antan.

Je voyais un modèle d’inconstance se répéter et mon travail consiste à fournir à nos joueurs les meilleurs outils disponibles pour livrer des performances à la hauteur de leur potentiel, a expliqué le DG du Tricolore.

Il a aussi souligné qu’il était convaincu à 100 % qu’une telle décision s’imposait.

Qu’on se le tienne donc pour dit : alors que les attentes envers l’équipe n’ont pas été aussi élevées depuis de nombreuses années, la haute direction n’a aucune idée de la tangente que prendra la saison de son joueur-clé, qui se trouve aussi à être son plus haut salarié.

En conséquence, le rendement de Carey Price est désormais un souci majeur pour l’organisation. Au point de congédier l’entraîneur des gardiens au beau milieu de la saison, chose qui ne survient à peu près jamais.

***

Price avait maintenu un taux d’efficacité de ,897 en janvier, alors que l’attaque montréalaise se situait parmi les deux ou trois plus productives de la LNH. Personne n’en faisait de cas. Toutefois, quand le rendement offensif s’est asséché en février, son efficacité s’est affaissée davantage. Son taux de ,880 le situait au 37e rang parmi les gardiens ayant obtenu au moins cinq départs.

L’ex-gardien étoile Sean Burke, qui agissait comme recruteur du CH dans l’ouest du continent depuis plusieurs années, s’amène donc à Montréal avec la mission de redresser le niveau de jeu de Price. Entre 2008 et 2016, il a notamment agi à titre d’entraîneur des gardiens des Coyotes de l’Arizona.

Il s'adresse aux médias, debout derrière un lutrin.

Sean Burke était directeur général de l'équipe masculine olympique aux Jeux de Pyeongchang.

Photo : La Presse canadienne / Jeff McIntosh

Son défi ne s’annonce pas facile. Burke doit s’astreindre à une quarantaine de deux semaines avant de rejoindre l’équipe. Quand il côtoiera Price pour la première fois le 19 mars, le cap de la mi-saison aura été franchi. La course aux séries sera sur le point de s’enclencher et le Tricolore disputera encore un match tous les deux soirs, ce qui limitera le nombre d’entraînements de qualité.

Marc Bergevin a passé sa vie dans le monde du hockey. On lui a demandé s’il avait déjà été témoin de changements d’entraîneurs de gardiens survenus en milieu de saison et ayant réussi à redresser le rendement d’un gardien numéro un.

Je ne suis pas capable de donner un exemple précis [...] J’estime important pour un dirigeant d’entreprise de se fier à son instinct, et je crois que Carey Price a besoin d’entendre une nouvelle voix, a-t-il répondu.

L’un des rares congédiements semblables à être survenus au cours des dernières années avait été fait en novembre 2014 par les Oilers d’Edmonton. À ce moment, l’organisation albertaine avait remercié l’entraîneur québécois Frédéric Chabot parce qu’elle était insatisfaite du rendement de Ben Scrivens et de Viktor Fasth. Ces derniers présentaient des taux d’efficacité de ,887 et de ,890.

Les Oilers avaient alors confié leurs gardiens à Dustin Schwartz, et ce dernier n’avait rien changé à la situation. À partir de là, Scrivens avait maintenu un taux ,891 et Fasth n’avait pu faire mieux que ,888.

Cela dit, tout le monde conviendra que le potentiel de redressement de Price est beaucoup plus élevé que ceux de Scrivens et Fasth. Aucun entraîneur de gardiens ne peut tirer de l’eau d’une roche. N’empêche, la décision de Bergevin a toutes les allures d’une impulsion de dernier recours.

Le directeur général jure que Carey Price est imputable de ses performances au même titre que les autres joueurs. Les faits contredisent toutefois cet énoncé. Lorsqu'il traverse une période difficile, à tort ou à raison, la patience de l’équipe est toujours multipliée par 10. Ou encore, quelqu’un finit par en payer le prix.

***

Les organisations qui misent sur un bon entraîneur des gardiens ne s’en départissent pas facilement. Bob Essensa travaille pour les Bruins de Boston depuis 2003. Et Benoît Allaire roule sa bosse avec les Rangers de New York depuis 2004. Barry Trotz considère l’expertise de Mitch Korn tellement cruciale que, depuis 1998, il a trimballé son entraîneur des gardiens de Nashville à Long Island, en passant par Washington.

Du côté du Canadien, Sean Burke sera le quatrième entraîneur des gardiens à être chargé de polir le jeu de Carey Price. Depuis 2007, ce dernier a tour à tour été l’élève de Roland Melanson, de Pierre Groulx et de Stéphane Waite. Les trois ont vu la trappe s’ouvrir sous leurs pieds après des performances décevantes du gardien numéro un.

De ce groupe, Waite est toutefois celui qui a eu le plus d’impact sur le rendement de Price. Entre 2013 et 2017, le gardien du CH a connu les meilleurs moments de sa carrière. Il s’est avéré le gardien le plus dominant de la LNH en maintenant des taux d’efficacité de ,927, ,933, ,934 et ,923.

Cette spectaculaire ascension lui a valu un trophée Hart et un trophée Vézina. Depuis 2017, le rendement de Price avait pris des allures de montagnes russes, mais l’équipe qui jouait devant lui n’était plus la même. Malgré cela, année après année, les joueurs de la LNH ont cependant continué à lui décerner le titre de meilleur gardien de la ligue dans le sondage annuel mené par l’Association des joueurs. Ce n’est pas anodin.

***

Cette saison, tous les astres s'étaient alignés pour permettre à Price de mener le Tricolore vers une saison fructueuse et un long parcours éliminatoire. La brigade défensive et l’attaque avaient été améliorées. Un gardien auxiliaire efficace avait aussi été embauché à fort prix pour éviter de surcharger Price comme on l’avait fait au cours des dernières campagnes.

Son difficile début de saison crée donc beaucoup de turbulence.

Il faut que la pression soit incroyablement forte, ou le niveau de confiance envers le gardien passablement bas, pour que Marc Bergevin décide ainsi de larguer un collaborateur de longue date comme Stéphane Waite.

En 2013, ce dernier avait quitté les Blackhawks de Chicago, une organisation avec laquelle il avait remporté deux Coupes Stanley avec deux gardiens différents, pour rejoindre Bergevin à Montréal. Les deux hommes avaient auparavant travaillé ensemble pour les Blackhawks.

Pour secouer un groupe de joueurs qui l’a si souvent déçu au cours des dernières saisons, Marc Bergevin sacrifie depuis une semaine des collaborateurs de longue date, des hommes de hockey de grande réputation. Le Bleu-blanc-rouge est maintenant dirigé par des entraîneurs lancés en pleine tempête dont le lien d’emploi ne va pas au-delà de l’été prochain.

Tout le monde au sein de l’organisation est sur le qui-vive.

On verra bien rapidement si la théorie des nouvelles voix aura les effets escomptés ou si, finalement, le vestiaire était en partie habité par des sourds.

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