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Retour du sport : Mikaël Kingsbury n’est pas le seul à s’inquiéter pour les jeunes

Il sourit.

Mikaël Kingsbury

Photo : Getty Images / Matt Roberts

Radio-Canada

Le champion de ski de bosses Mikaël Kingsbury réclame à son tour le retour du sport encadré au Québec. Dans une lettre ouverte au premier ministre François Legault publiée mercredi, il se dit « inquiet et très préoccupé par la situation des jeunes sportifs au Québec ». Et il n'est pas le seul.

Kingsbury donne par cette missive son appui à l’initiative d’Isaac Pépin, un élève de cinquième secondaire du Séminaire Saint-François, dans la région de Québec. L’adolescent, qui joue au football pour son école, organise le dimanche 7 mars un rassemblement devant l’Assemblée nationale pour demander que la pratique sportive reprenne son cours.

Le 7 mars, lors du rassemblement prévu devant le parlement, je serai en haut du parcours de bosses au Kazakhstan où se tiennent les Championnats du monde, écrit Kingsbury. Ma motivation à gagner, elle viendra d’Isaac Pépin et de tous ceux qui évoluent dans le milieu sportif et qui ne demandent qu’une chose : donner de l’air aux jeunes en leur permettant de renouer avec leur passion.

S’il est conscient de la chance qu’il a eue de pouvoir continuer le sport de haut niveau avec une saison réduite, Kingsbury dit avoir eu le vertige tout récemment lorsqu’il s’est demandé ce qu’il aurait fait, au cours des derniers mois, s’il avait été dans la situation d’un Isaac Pépin.

L’athlète de 28 ans est convaincu que les clubs, les organisations et les fédérations peuvent protéger les jeunes athlètes.

Des milliers de jeunes sont privés de leur passion, de l’activité qui les motive à sortir de la maison, qui leur donne envie de se dépasser et qui leur donne l’espace mental pour apprendre, écrit-il encore. Je m’inquiète qu’on "perde" ces jeunes, qu’ils délaissent le sport au profit des écrans.

Il y a toute une génération qui rêve de nous imiter. À petite ou grande échelle, cela importe peu. L’important, c’est que ces jeunes ont la volonté de se dépasser et de trouver un sens à leur quotidien.

Une citation de :Mikaël Kingsbury

Le rassemblement de dimanche doit s’amorcer à 13 h devant l’Assemblée nationale. Isaac Pépin n’en est pas à la première étape de sa démarche. Il a déjà rencontré la ministre Isabelle Charest et la vice-première ministre Geneviève Guilbault, l’automne dernier.

Donner « un peu d'espoir » aux jeunes

La coureuse Maïté Bouchard comprend que les jeunes réclament de reprendre leur pratique sportive et que Mikaël Kingsbury les appuie. Elle s’avoue cependant tiraillée : l’athlète vient tout juste de terminer ses études de doctorat en médecine, et avec sa connaissance des données scientifiques, elle penche pour la nuance.

Avec la possibilité de répercussions exponentielles – d’un joueur de hockey à toutes les familles de tous les groupes-classes de ses coéquipiers –, tant sur le plan de la contagion que de la mise en quarantaine préventive, Bouchard juge qu’attendre encore quelque temps pourrait valoir la peine. Mais selon elle, il faut offrir aux jeunes une bouée de sauvetage à laquelle s’accrocher.

Je pense que les jeunes veulent juste quelque chose, affirme-t-elle. Ils sont tannés d’être dans leur salon à ne pas faire grand-chose. Il faut juste que ce soit avec des mesures sécuritaires. Je pense qu’ils ne veulent pas non plus retomber en confinement, école à la maison sur l’ordinateur, etc. Ils sont conscients qu’ils veulent continuer d’aller à l’école, de voir leurs amis.

Il faut juste leur donner un peu d’espoir, une date, quelque chose qu’ils peuvent faire à l’extérieur avec leurs amis.

Une citation de :Maïté Bouchard

L’athlète, qui souhaite se tourner vers la médecine familiale lorsqu’elle aura terminé sa formation, est bien consciente des nombreux cris du cœur que formulent les jeunes sportifs. Mais elle a confiance en leur capacité à faire le nécessaire pour éviter un troisième grand confinement .

Avoir vu des gens intubés aux soins intensifs à cause de la COVID, le délestage dans le système de la santé, entendre le personnel parler d’épuisement… je vois un peu l’envers de la médaille, souligne Bouchard. Et je peux me dire que oui, on est peut-être vraiment tannés, ça fait un an qu’on est là-dedans, mais je pense que ça vaut peut-être la peine d’encore faire un effort.

« Plein de bon sens »

Pour l’ancien champion de bosses Jean-Luc Brassard, la lettre de Mikaël Kingsbury est pleine de bon sens. Il craint que les jeunes, sans les loisirs qui leur sont chers, se tournent vers d’autres divertissements moins recommandables.

On le voit chez les jeunes à quel point c’est important sur le plan de l’interaction sociale, affirme Brassard. L’adolescence, c’est le point tournant d’une vie. Tout le monde cherche une identité, une personnalité. C’est le temps de s’affirmer avec ses essais, ses erreurs. La maudite affaire qui est poche, c’est que le sport, les arts, la musique, le piano, les sciences, c’est un moyen pour les jeunes de se regrouper, de travailler ensemble, d’apprendre à faire des erreurs, de revenir en arrière.

Ce cri du cœur du jeune Isaac, je pense qu’il est important.

Une citation de :Jean-Luc Brassard

Brassard n’assistera pas au rassemblement, car il veut éviter les polémiques. C’est qu’il revient d’un voyage de ski en Colombie-Britannique qui lui a valu une volée de bois vert, selon ses termes, après la publication dans les médias d’une photo de ses compagnons et lui sans masque au restaurant. Il assure cependant avoir pris toutes les précautions nécessaires. Son groupe et lui ont évité les zones particulièrement chaudes de la Colombie-Britannique, et Brassard affirme que tous les tests de dépistage menés au retour étaient négatifs.

L’ancien skieur croit que l’enjeu du retour du sport encadré va plus loin que la simple autorisation des activités. Le milieu politique, selon lui, doit au contraire revoir l’intégralité de ses plans de développement urbain pour favoriser la pratique sportive.

Il faut arrêter de faire des développements sauvages dans les villes, soutient Brassard. Il faut faire des endroits où les gens peuvent pratiquer des activités physiques simples, des corridors de verdure […]. Il faut que les politiciens arrêtent d’avoir une mentalité des années 1950. L’avenir est à la nature, on voit à quel point les gens quittent la ville pour aller vivre en campagne, parce qu’ils se rendent compte que finalement, on est bien en campagne, on est bien dans le bois et on a besoin de la nature pour vivre, on a besoin du sport pour être en santé.

Difficultés doublées en cyclisme

De son côté, l’athlète de vélo de montagne Cindy Montambault est bien placée pour comprendre Mikaël Kingsbury lorsqu’il dit craindre de perdre certains jeunes. La jeune doyenne de l’équipe du Québec, qui fêtera ses 38 ans la semaine prochaine, remarque depuis plusieurs années – donc bien avant l’époque COVID – que bon nombre de cyclistes de la relève quittent le sport prématurément.

C’est pourquoi elle a créé un programme de mentorat, en janvier, pour les jeunes filles de 13 à 19 ans adeptes de cyclisme. Par vidéoconférence, elles abordent toutes sortes de sujets. Si l’objectif était au départ de leur donner des outils pour atteindre leur plein potentiel comme cycliste, un autre but s’y est ajouté : passer à travers la dernière ligne droite de la pandémie toutes ensembles.

Si je me mets dans la peau de 99 % des jeunes d’aujourd’hui, ceux qui veulent bouger et qui demandent que leur sport recommence, ça m’interpelle énormément, souligne Montambault, qui n’assistera toutefois pas au rassemblement à Québec. Pour moi, bouger, c’est un besoin. Je trouverais ça tellement dommage de les perdre. C’est la future génération, et s’ils ne peuvent pas profiter des bienfaits que le sport peut amener, de ce que tu peux développer comme être humain, je trouverais ça dommage.

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