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Le Qatar et les milliers de morts sur le chantier de sa Coupe du monde

Des ouvriers s'affairent parmi des grues.

Le chantier du stade Al Bayt au Qatar

Photo : Getty Images / Lars Baron

Accidents de travail, suicides, coups de chaleur... Depuis 10 ans, des milliers de travailleurs ont perdu la vie sur les chantiers qataris de la Coupe du monde de soccer de 2022. C’est le très sérieux quotidien britannique The Guardian qui a publié cette dramatique nouvelle il y a quelques jours. Ce n’est pas la première fois que des abus sur les chantiers de ce Mondial sont décriés.

Radio-Canada Sports s’est entretenu avec le journaliste français et spécialiste du Moyen-Orient Christian Chesnot, auteur de deux livres d'enquête : Qatar, les secrets du coffre-fort et Qatar Papers.

Depuis une vingtaine d’années, le Qatar a lancé une vaste offensive diplomatique-sportive. Dès le début des années 2000, la stratégie qatarie s’accélère avec à sa tête le cheikh Hamad ben Khalifa Al-Thani. Le projet est de tenir au Qatar les plus grands événements sportifs internationaux. L’idée, utiliser le sport comme arme politique pour se donner une légitimité internationale, explique-t-il.

Il y a eu le Tour cycliste du Qatar, le Grand Prix de moto, l’organisation des Jeux asiatiques, des tournois de tennis de l’ATP, des matchs de football avec les plus grands clubs européens, sans oublier les Championnats du monde d’athlétisme et, bientôt, la Coupe du monde de football, ajoute-t-il.

Des centaines de milliards de dollars vont être investis pour que le pays devienne une plaque tournante du sport mondial. En plus de s'offrir le prestigieux club français Paris Saint-Germain, le Qatar a payé des millions pour avoir Zinédine Zidane comme porte-parole de sa candidature à l'organisation du Mondial de 2022. Sans oublier la venue fréquente à Doha de joueurs de tennis comme Rafael Nadal, Roger Federer ou Novak Djokovic pour des matchs exhibition.

Même si ce petit du Golfe dépense sans compter, tout cela a un prix.

Des conditions de travail toujours inquiétantes

Quand on se rend sur les chantiers, on assiste à une véritable fourmilière. Le Qatar, qui compte 300 000 habitants, accueille près de deux millions de travailleurs étrangers venus du Pakistan, d’Inde, du Bangladesh, du Sri Lanka et du Népal. Les conditions sont encore déplorables même si certains progrès ont pu être observés après la pression de grands organismes internationaux. On ne confisque plus les passeports, on ne paye plus en liquide et les conditions de vie se sont relativement améliorées, affirme le spécialiste qui a pu visiter certains chantiers.

Malgré ces progrès relatifs, les conditions de travail sont encore épouvantables dans les chantiers que j’ai pu visiter.

Une citation de :Christian Chesnot, journaliste et auteur

On travaille 24 heures sur 24. Et, normalement, si la température devait dépasser les 50 degrés Celsius, les chantiers devraient être arrêtés, mais cela ne s’arrête pas. D’où les drames! Cette impunité des autorités qataries vient du fait que tout peut s’acheter. C’est un petit pays très riche qui pèse donc stratégiquement sur la scène internationale.

Pour Christian Chesnot, le Qatar, même avec son incroyable fortune, ne peut pas tout se permettre et surtout n’aime pas la mauvaise publicité.

Gianni Infantino remet une médaille à quatre arbitres qui font la queue.

La cérémonie de fermeture de la Coupe du monde des clubs, à Doha, a soulevé un tollé sur le web en raison du traitement réservé aux arbitres féminines.

Photo : Reuters / MOHAMMED DABBOUS

Il y a eu tout d’abord les soupçons de corruption autour de l’attribution de la Coupe du monde de football. Il y a eu récemment cet incident entre le représentant de la famille royale et les femmes arbitres de la Coupe du monde des clubs. Il avait refusé de leur serrer la main de peur d’être souillé, alors qu’il a félicité personnellement chacun des arbitres masculins. Il y a quelques jours est intervenue cette interdiction [levée depuis, NDLR] pour les volleyeuses de plage de jouer avec leur traditionnel bikini. Tout cela vient assombrir l’image d’ouverture que le Qatar veut montrer.

À la croisée des chemins

Pour l’auteur de deux enquêtes sur ce pays, le Qatar doit faire un choix. S’il veut montrer sa modernité, il va falloir aussi qu’il fasse preuve d’ouverture.

La Coupe du monde sera un véritable test pour ce pays qui veut également accueillir les Jeux olympiques. Le CIO n’a pas toujours été regardant sur les pays qui accueillent les Jeux, mais tout riche qu’il est, le Qatar ne peut pas rivaliser avec de grandes puissances comme la Chine ou la Russie qui bafouent les droits humains, mais qui continuent à accueillir les grands événements sportifs.

Il faut comparer ce qui est comparable, le Qatar qui accueille la Coupe du monde de football, c’est comme si Monaco faisait la même chose, donc il ne peut pas mettre de la pression sur les grandes fédérations ou organisations sportives comme le font les vraies grandes puissances mondiales. Dans ce contexte, on peut croire que le Qatar a atteint son plafond, même si en matière de marchés économiques, il est très intelligent.

Interrogée sur les révélations du quotidien britannique, la toute puissante FIFA a tenu à minimiser la situation. Elle a expliqué dans un communiqué qu’elle était pleinement engagée à protéger les droits des travailleurs sur les projets de la FIFA. La fréquence des accidents sur les chantiers de la Coupe du monde a été faible par rapport à d’autres grands projets de construction dans le monde, a-t-elle ajouté.

The Guardian parle d’une moyenne de 12 morts par semaine depuis décembre 2010.

Gros plan d'un trophée en or

Le trophée de la Coupe du monde

Photo : Getty Images / Stu Forster

Un premier club professionnel s'oppose à la tenue du tournoi

Le Tromso IL, en division nationale norvégienne, a appelé par communiqué au boycottage de la prochaine Coupe du monde au Qatar. Le club dénonce la corruption et l'esclavage moderne. Nous ne pouvons plus nous asseoir et regarder des gens mourir au nom du football. Il est temps d'arrêter et de passer à autre chose, dit-il.

Le Tromso IL demande à sa fédération nationale de soutenir un boycottage de cette Coupe du monde. Nous pensons que si la Norvège se qualifie lors des prochaines éliminatoires, nous devrions dire non au Qatar, conclut-il.

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