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Artemi Panarin : « un récit trop grossier pour être une commande politique »­

Panarin célèbre en levant les bras dans les airs dans l'uniforme russe.

Panarin lors du Championnat du monde en 2017.

Photo : Reuters / Wolfgang Rattay

Plus les jours passent, moins les accusations portées envers Artemi Panarin, lundi, paraissent crédibles.

L’attaquant des Rangers de New York a annoncé cette semaine prendre une pause de ses activités, après que des allégations d’agression eurent été portées à son endroit. L’histoire, rapportée par son ancien entraîneur Andreï Nazarov, remonte à 2011. Ce dernier stipule que Panarin aurait battu une femme de 18 ans avant de la payer afin d’acheter son silence.

Nazarov a déclaré avoir décidé de se prononcer, car il a été choqué par les prises de position politiques de son ancien joueur. Panarin a par le passé vivement critiqué le régime de Vladimir Poutine, en plus d’afficher son soutien à son principal adversaire, Alexeï Navalny, en janvier dernier.

Gabrielle Tétrault-Farber, journaliste pour l’agence Reuters en Russie, témoigne de la stupéfaction provoquée par cette nouvelle dans la population. Ici, il y a beaucoup d’incompréhension. Le conflit est présenté comme une bataille entre Nazarov et Panarin, entre un athlète et quelqu’un qui a contribué au succès d’un joueur et qui a le potentiel de le détruire.

Les gens ne comprennent pas vraiment ce qui se passe. Je ne pense pas que beaucoup de gens croient en cette histoire.

Une citation de :Gabrielle Tétreault-Farber, journaliste

Des failles jaillissent dans la version de Nazarov depuis sa sortie, publiée dans le tabloïd Komsomolskaya Pravda. Ni la police ni le procureur n’ont voulu confirmer les allégations. De son côté, la Ligue continentale (KHL), où jouait Panarin au moment des événements allégués, a fait savoir qu’elle n’avait reçu aucune plainte relativement à cette affaire.

Panarin serre la main de partisans russes après une compétition internationale.

Panarin avait 20 ans, lors des faits allégués par Nazarov.

Photo : Reuters / Sergei Karpukhin

Certains anciens coéquipiers de Panarin, qui jouaient à ses côtés en 2011, ont voulu corriger certains faits rapportés par l'instructeur. C’est le cas de Mikhail Anisin, présent lors de la soirée durant laquelle servait survenue l'agression. Il a plutôt fait référence à une légère bousculade.

Il y a des personnes ici qui se questionnent sérieusement sur ces accusations, qui se demandent si elles ne cachent pas quelque chose, raconte Gabrielle Tétrault-Farber, qui est basée à Moscou depuis 2013 pour son travail. Surtout considérant le passé de Nazarov.

Une réputation peu enviable

Le professeur de l’Université du Québec à Montréal Jean Lévesque, spécialisé en histoire de la Russie et du sport international, explique que Nazarov n'a pas une très bonne réputation, même en Russie.

Ce n’est pas l’entraîneur le plus recommandable. Il a un historique qui l’accompagne. Il a déjà voulu s’en prendre à des partisans dans les estrades. En 2011, Nazarov avait en effet tenté d’attaquer des amateurs à l’aide d’un bâton. On parle d'un homme au tempérament bouillant. Il a aussi déjà menacé des joueurs étrangers qui ont osé critiquer la qualité de vie en Russie.

Gabrielle Tétrault-Faber ajoute un autre exemple : En 2015, il aurait frappé au visage le médecin de sa propre équipe, quand il était dans l’organisation de Saint-Pétersbourg.

Nazarov, dans l'uniforme des Flames, plaque Bergevin le long de la bande

Nazarov a joué pour sept clubs différents dans la LNH au cours de sa carrière. On le voit ici mettre en échec Marc Bergevin, des Blues.

Photo : La Presse canadienne / MIKE RIDEWOOD

Nazarov a joué 571 matchs dans la LNH, accumulant 1409 minutes de pénalité, avant de retourner en Russie. Il est sans emploi dans la KHL depuis 2019.

Une forme de représailles?

En janvier dernier, Radio-Canada Sports s’était intéressé à la publication pro-Navalny de Panarin, sur Instagram. Le professeur Lévesque avait alors interrogé quant à de possibles représailles auxquelles s’exposait le hockeyeur.

Il n’est toutefois pas convaincu que cette histoire relève de la commande politique.

C’est trop grossier pour provenir du régime, selon moi. L’histoire est toute croche. Nazarov ne reçoit pratiquement aucun appui. Je ne pense pas que ce soit une commande. Je pense plutôt, à l’inverse, que c’est Nazarov qui cherche à s’attirer la faveur des fédérations sportives.

Peut-être Nazarov s’attend-il à une promotion pour service attendu. Ça me paraît plus plausible qu’une histoire comme celle-là, qui sort dans un journal à potins.

Une citation de :Jean Lévesque, professeur à l'UQAM

Jean Lévesque est loin de croire que la presse serait complice d’une demande politique. Au contraire, il trouve que celle-ci a admirablement bien géré la situation : Nazarov a d’abord envoyé sa version des faits à sports.ru qui a décidé de ne pas la publier, car il trouvait l'histoire trop incohérente , dit-il.

Je suis agréablement surpris. La presse sportive russe n’a pas dans sa tradition de faire beaucoup dans la politique en général, en dépit des pressions du régime.

Ici, je trouve qu’elle a été très nuancée. Elle ne l’est pas toujours, mais dans ce cas-ci, le site sports.ru a présenté différents points de vue. Ils ont travaillé de façon assez professionnelle, je dirais.

Gabrielle Tétrault-Farber, elle, ne croit pas que la réputation de Panarin devra être réhabilitée en Russie. C’est vrai qu’il est rare de voir des athlètes russes s’opposer au gouvernement. Ceux-ci se sentent peut-être plus redevables envers l’État, qui finance en très grande partie leur développement. Plus qu’au Canada, disons, où les athlètes peuvent aussi se tourner vers des commanditaires comme Home Depot ou Canadian Tire. En Russie, ils dépendent vraiment de la bourse gouvernementale.

Il peut donc être mal vu, en Russie, de voir un athlète mordre la main qui le nourrit.

Mais je ne pense pas que les amateurs de hockey vont cesser de l’encourager. C’est encore quelqu’un qui est admiré ici.

Une citation de :Gabrielle Tétreault-Farber

Après ses commentaires contre Poutine, en 2019, Artemi Panarin était revenu dans sa terre natale faire une tournée entre Saint-Pétersbourg et l’Oural, relate Gabriele Tétrault-Farber. Les gens ne le voyaient pas comme un opposant à Poutine, mais comme un grand athlète russe.

Un vol vers la Russie ne semble toutefois pas dans les plans de Panarin à court terme, selon les dernières informations publiées par ESPN. Et son avenir avec l’équipe nationale russe est pour le moins incertain : J’ai vraiment de la misère à l’imaginer défendre les couleurs de la fédération russe aux prochains Jeux olympiques, admet Jean Lévesque.

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