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Chronique

Voici en quoi le message de Dominique Ducharme sera différent

Il tient un sifflet entre ses lèvres.

Dominique Ducharme

Photo : La Presse canadienne / Mark Blinch

Marc Bergevin a constaté que le message de Claude Julien ne passait plus et que son équipe était désorientée depuis quelques semaines. Il a donc décidé de miser sur Dominique Ducharme, un entraîneur de la nouvelle génération qui, espère le DG du Canadien, saura communiquer différemment avec ses joueurs.

La communication est un concept flou, malléable à souhait, qu’on peut facilement lancer dans une conférence de presse sans que quiconque puisse réellement comprendre l’objectif d'une organisation.

En écoutant Bergevin expliquer son raisonnement mercredi après-midi, je n’ai toutefois pu m’empêcher de repenser à cette entrevue que j’avais réalisée avec Dominique Ducharme en janvier 2018, au lendemain de la conquête de la médaille d’or d’Équipe Canada au Championnat du monde junior.

Quelques minutes après avoir remporté le titre, les joueurs étaient rentrés au vestiaire. Au lieu de sabrer le champagne, de mettre la musique à fond et de festoyer comme le voulait la tradition, ils s’étaient assis à leur casier et s’étaient emparés de leurs téléphones portables pour échanger des textos avec leurs proches.

Des joueurs regardent l'écran de leur téléphone.

Équipe Canada junior dans le vestiaire après leur victoire en finale du Championnat du monde en 2018.

Photo : Sportsnet

Cette photo avait été reprise partout sur les réseaux sociaux et avait soulevé un intéressant débat sur les valeurs de la génération Z (personnes nées entre 1995 et 2005). Et Ducharme, avec énormément d’intelligence, m’avait expliqué comment il avait géré l’utilisation des téléphones cellulaires durant le tournoi.

Et surtout, il s’était attardé sur le fait que son expérience des rangs juniors lui avait appris à communiquer différemment avec les athlètes de cet âge.

Lors du point de presse suivant sa nomination mercredi, le nouvel entraîneur du CH a souligné qu’il avait préparé un plan clair qu’il allait partager avec ses joueurs et qui allait être assorti d’objectifs qu’il compte atteindre de façon graduelle au fil de la saison.

En janvier 2018, il tenait des propos tout à fait semblables.

Les joueurs de la génération montante risquent d’être perdus si l’on ne leur soumet pas un plan. Ils ressentent clairement le besoin de se le faire expliquer, disait-il.

Il avait par ailleurs raconté qu’avec ses athlètes, le premier point à l’ordre du jour était toujours une réunion au cours de laquelle on expliquait quelle allait être la façon de penser, de travailler et de s’engager envers l’équipe.

Et ce n’est pas optionnel. Il est important que ce soit clair et qu’ils comprennent pourquoi. Par la suite, on commence à rencontrer chaque joueur individuellement pour apprendre à les connaître sur une base personnelle. Parce que si on veut amener un athlète à un niveau supérieur, il faut être capable d’identifier la meilleure manière de communiquer avec lui, soulignait-il.

Ducharme a toutefois une longueur d’avance à ce niveau puisqu’il côtoie les joueurs depuis trois ans.

L’autre pierre d’assise de sa philosophie reposait sur le fait que les jeunes de la génération Z accordent une grande importance à leur contribution individuelle aux résultats de l’équipe. Équipe Canada étant composée de joueurs étoiles habitués d’occuper un rôle prépondérant dans leur équipe junior respective, l’entraîneur avait alors établi un système faisant en sorte que chaque membre avait une responsabilité à acquitter au sein d’une unité spéciale.

Ducharme ne pourra probablement pas distribuer le temps de jeu de cette manière dans la LNH, mais on peut sans doute prédire qu’il déploiera des efforts pour que chaque membre de la formation sente qu’il apporte sa contribution et exerce un impact réel sur les succès de l’équipe.

Il sera donc très intéressant de voir comment il s’y prendra pour changer les canaux de communication.

***

Par ailleurs, Marc Bergevin a rappelé avec justesse qu’il a plusieurs fois montré qu’il n’a pas froid aux yeux et qu’il ne craint pas de poser sa tête sur le billot. Ces paroles, quand on y pense, nous font réaliser que le titre d’entraîneur intérimaire de Dominique Ducharme a bien peu de rapport avec le niveau de confiance que lui témoigne son patron.

En apprenant que Ducharme allait être affublé d’un titre d’entraîneur par intérim pour succéder à Claude Julien, beaucoup de gens ont perçu dans cette décision un manque de confiance à l’endroit d’un entraîneur recrue. Les circonstances indiquaient pourtant tout le contraire.

Pour utiliser une expression bien connue des joueurs de poker, Marc Bergevin vient d’y aller pour la totale. Il vient de jouer son va-tout.

Voilà un directeur général qui écoule son avant-dernière année de contrat, qui a présidé au pire quinquennat de l’histoire du Tricolore et qui s’est miraculeusement racheté à la fin de l’été en connaissant le meilleur entre-saison de sa carrière.

Les nombreuses acquisitions qu’il a faites avaient procuré à Claude Julien l’une des formations les plus équilibrées de la LNH.

Constatant que le bateau recommençait à sérieusement prendre l’eau et que la nomination d’un nouvel entraîneur pouvait être sa dernière décision majeure à titre de DG, peut-on réellement croire que Bergevin aurait misé sur un entraîneur en qui il n’avait pas confiance?

Par contre, il se peut fort bien que Geoff Molson ait demandé à son homme de confiance de faire preuve de prudence financière avec cette nomination. Le contraire serait même étonnant.

Les finances de l’organisation sont mises à mal depuis le début de la pandémie et Claude Julien touchera encore son salaire de 5 millions la saison prochaine. Il n’était donc pas nécessaire d'ajouter des années de contrat à Ducharme avant qu’il fasse ses preuves.

Le nouvel entraîneur sera récompensé en temps et lieu. C’est là que se mesure l’avantage de développer ses propres entraîneurs à l’interne.

Quand Bergevin avait congédié Michel Therrien en 2017, aucun entraîneur n’avait été formé dans l’organisation pour prendre la relève. Cette faiblesse organisationnelle avait coûté le contrat de 5 ans d'une valeur de 25 millions consenti à Claude Julien.

***

Il est debout derrière le banc des joueurs.

Dominique Ducharme

Photo : The Canadian Press / Graham Hughes

Dans le monde du hockey, on dit souvent que la personnalité d’une équipe est le reflet de celle de son entraîneur. Au cours des prochaines semaines, si cet adage est juste, on devrait graduellement voir le Canadien devenir plus méthodique et se soucier davantage des fameux petits détails qui font la différence dans les matchs.

À quel point Ducharme est-il réfléchi et méthodique? Outre sa façon de communiquer, ses choix de carrière en disent aussi très long sur sa personnalité.

Il y a presque trois ans, quand on lui avait offert de se joindre à l’organisation montréalaise, Ducharme avait le choix entre devenir entraîneur en chef du club-école à Laval ou l’un des adjoints de Claude Julien. Ducharme avait alors opté pour le poste lui offrant les meilleures chances de progresser en tant qu’entraîneur et non pour le poste lui offrant le plus haut niveau de contrôle sur la gestion d’une équipe.

Un rôle d’adjoint avec le Canadien lui permettait de découvrir la LNH de l’intérieur et de se préparer adéquatement pour la prochaine étape. Ce choix allait du même coup éliminer une faiblesse de son curriculum vitae puisqu’il n’avait jamais joué dans cette ligue. Enfin, le fait de côtoyer quotidiennement un entraîneur d’expérience comme Claude Julien lui donnait sur un plateau d’argent un mentor capable de lui faire découvrir d’importants rudiments du métier.

C’était une décision gagnante sur toute la ligne.

Ducharme a exprimé sa gratitude mercredi en rappelant que Julien lui avait procuré cette importante première chance. Il a bien fait de le souligner. Parce qu’en 2018, Julien savait pertinemment qu’il allait contribuer à la formation d’un jeune entraîneur prometteur qui avait de fortes chances de lui succéder. Et c’est tout à son honneur de l’avoir fait.

Le nouvel entraîneur du CH ne badinait donc pas quand il a expliqué qu’il ne ressentait pas de nervosité à l’idée de prendre les commandes de l’équipe.

Quand on a fait ses devoirs, on est prêt à répondre à n’importe quelle question lorsqu’on se présente à l’examen. Par contre, on ressent de la nervosité quand on ne s’est pas préparé adéquatement, a-t-il dit de façon imagée.

L’examen commence jeudi soir à Winnipeg. On lui souhaite bonne chance.

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