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L’arbre (le but) qui cache la forêt

Il tombe à la renverse sur le gardien après avoir été poussé par un adversaire.

Brendan Gallagher

Photo : Sean Kilpatrick

Le Canadien est blessé, à vif. Et ce but refusé à deux secondes de la fin du match mardi soir, à Ottawa, est venu tourner le couteau dans une plaie de plus en plus béante.

Une autre tuile est tombée de ce ciel bien plus noir que tricolore ces temps-ci et a coupé le souffle au CH, pour reprendre les mots de Claude Julien. L'équipe s’est débattue tant bien que mal lors de la prolongation avec ce qui lui restait de petite confiance pour affronter le mauvais sort... et les Sénateurs.

Incapable de le conjurer, le mauvais sort, le Canadien (9-5-4) s’est incliné 5-4 en tirs de barrage devant Ottawa (6-14-1). Voilà une première séquence de trois revers d’affilée cette saison. Pire encore, voilà une troisième défaite en quatre matchs contre la pire équipe de la Ligue nationale.

Récapitulons les faits brièvement. Montréal comble deux retards de deux buts et se donne même l’avance 4-3 à mi-chemin du troisième engagement. Malheur, Carey Price oublie les rudiments de son métier pendant une fraction de seconde qui suffit à Brady Tkachuk pour ramener tout le monde à la case départ.

Avec deux secondes à jouer, Brendan Gallagher fait dévier un tir de Ben Chiarot, accordé par les arbitres sur la séquence. Dans le camp des Montréalais, on croit la victoire dans la poche. La centrale de Toronto exige de revoir la séquence pour crainte d’obstruction sur le gardien? Ça ne tempère en rien l’enthousiasme de Gallagher et de Shea Weber qui plaisantent au banc des leurs, sourire fendu jusqu’aux oreilles, convaincus de leur juste droit.

Les arbitres infirment toutefois leur décision, arguant que Gallagher a nui au gardien qui n’a pas eu le temps de se remettre en position pour affronter le tir de Chiarot.

Zone grise, a répondu Price, exaspéré.

Balivernes, a renchéri Gallagher qui s’est aussitôt lancé dans une critique virulente du travail des hommes rayés.

Je cherche une explication qui a du sens. Au début de chaque saison, on s’assoit et on regarde des vidéos préparées par la LNH. Les arbitres voient les mêmes. On a vu une séquence de l’année dernière où un joueur des Islanders entrent en collision avec [Frederik] Andersen des Maple Leafs. Andersen a le temps de se replacer, la rondelle entre, le but est bon. J’étais sur le derrière, j’ai eu le temps de me replacer et pas le gardien? Pour une raison qui m’échappe, mon cas est différent. Ce sont des décisions comme ça qui ruinent le produit, a laissé tomber le petit attaquant.

Brendan est dans la peinture bleue. Il essaie d’en sortir, le joueur des Sénateurs l’en empêche. Finalement, il sort. Il a le temps de se replacer et de dévier une rondelle... Je ne suis vraiment pas en accord avec cette décision

Une citation de :Claude Julien à propos du but refusé à Brendan Gallagher

L’entraîneur a ensuite ajouté qu’une victoire comme celle-là, arrachée in extremis, aurait été de nature à renverser la vapeur pour son équipe. Qu’à l’inverse, ses joueurs doivent maintenant s’accrocher aux quelques bons points qui sont ressortis au cours du match. Car, il y en a eu.

Au lieu de se demander si ce but aurait dû, ou non, être accordé, peut-être vaut-il mieux essayer de comprendre comment l’équipe en est arrivée là.

Deux joueurs de hockey heureux

Brady Tkachuk et Tim Stützle célèbrent un but.

Photo : The Canadian Press / Sean Kilpatrick

Mener par l’exemple

En pleine crise existentielle, difficile de demander à Nick Suzuki, Jesperi Kotkaniemi, Jake Evans ou Alexander Romanov de porter le poids de la relance sur leurs épaules. Elle doit passer par les vétérans.

Et ceux-ci ont récemment mal paru, particulièrement les défenseurs.

L’ambiance autour de l’équipe est lourde, avait dit Weber lundi. La bande à Claude Julien joue pour ne pas perdre, avaient estimé Jonathan Drouin et Suzuki.

Tout cela a paru en première période où l’on a vu une équipe ébranlée, nerveuse, foi de Julien, dominée par les Sénateurs qui en ont profité pour prendre une avance de 2-0.

Et les meneurs de cette formation se débattaient pour offrir une source d’inspiration à leurs coéquipiers. Price, par exemple, vole un but à deux reprises à Tim Stützle en avantage numérique, mais cède quelques instants plus tard sur un tir plus banal de Brady Tkachuk.

Ben Chiarot laisse tomber les gants avec le même Tkachuk, se fait couper au visage et retraite au vestiaire pour le reste de l’engagement.

Weber réduit l’écart en fin de première, mais écope d’une punition de quatre minutes au début de la deuxième pour avoir envoyé son bâton au visage de… de qui… de Tkachuk. Les Sens en profitent et reprennent une avance de deux buts. Elle sera finalement effacée par l’entremise de Drouin et de Weber, encore, qui double la mise avec un plomb de la pointe comme on en voit peu depuis longtemps.

Price a autant privé les Sénateurs de quelques buts avec des arrêts miraculeux, qu’il leur en a fait cadeau de deux, peut-être de trois.

Les pierres angulaires de l’équipe font naître un peu d’espoir, mais l’éteignent souvent elles-mêmes.

Gallagher a juré ses grands dieux que son équipe a compétitionné, elle s’est battue.

Si on joue comme ça chaque soir, on va sortir de cette léthargie. Ils ont pris l’avance 2-0, on a répondu. Ils ont fait 3-1, on a répondu. C’est positif. On fait des erreurs présentement, mais c’est tout à fait corrigible. Si on s’implique émotionnellement comme on l’était aujourd’hui, on va être correct, a-t-il assuré.

Difficile de le contredire. L’apparent désengagement des troupes a défrayé la chronique dans les derniers jours au point où le mécontentement à l’endroit des entraîneurs s’est mis à gronder. Ce n’était pas le cas mardi soir. Une fois ses hésitations, ses frayeurs de début de match chassées, le Canadien s’est véritablement battu bec et ongles pour se sortir la tête de l’eau.

Il voulait s’en sortir, mais il n’y est pas parvenu.

Et lorsqu’il gagnera son prochain match, peut-être dans la douleur et l’effort, à grands coups de courage à Winnipeg, disons, sera-ce alors le début d’une renaissance ou une simple accalmie dans la tempête?

Car cette victoire inespérée, elle est déjà arrivée d’une certaine façon contre les Maple Leafs à Toronto juste avant sa semaine sans match. Le Tricolore a depuis subi trois défaites.

Ce but qu’on lui a refusé, parce qu’il semblait le mériter, autant selon le règlement que pour saluer sa vaillance, fait mal au CH, c’est vrai. Mais quand autant de failles surgissent, de l’arrière à l’avant, qui dit qu’il aurait permis à cette équipe de retrouver son élan du début de saison.

Encore une fois, ce sera aux vétérans d’empêcher que ce but devienne l’arbre qui cache la forêt. Parce qu’avec cette prestation inconstante, défaite ou victoire in extremis, l’on ne peut pas dire que le Canadien est sorti du bois.

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