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Chronique

Au tennis, les juges de lignes sont officiellement en voie de disparition

Il a ses mains sur ses hanches.

Rafael Nadal sourit à la suite d'une décision favorable du système Hawk-Eye à son endroit lors du tournoi de Wimbledon en 2017.

Photo : Getty Images / AFP Contributor

Dans le monde, athlètes et amateurs de sports rêvent depuis longtemps de voir disparaître les erreurs, bien humaines, que commettent les officiels. Or, le tennis professionnel se rapproche grandement de cet idéal en remplaçant les juges de lignes par une technologie beaucoup plus fiable que l’œil humain.

Au cours des dernières semaines, les participants aux Internationaux d’Australie semblaient bien seuls sur les courts. Autour d’eux, on ne voyait que les chasseurs de balles et l’arbitre, bien assis sur sa chaise. Les six ou neuf juges de lignes qui assuraient normalement le déroulement des matchs avaient disparu. En temps de pandémie, il s’agissait d’une expérience doublement intéressante.

Cette année, les organisateurs de ce tournoi du grand chelem ont préféré se fier entièrement à la technologie Hawk-Eye pour rendre instantanément les centaines de milliers de décisions visant à déterminer si la balle avait été frappée à l’intérieur ou à l’extérieur des limites de jeu.

Le système Hawk-Eye, qui repose sur une méthode de triangulation des images provenant de nombreuses caméras disposées autour du court, était déjà utilisé depuis le milieu des années 2000 dans le monde du tennis. Les joueurs pouvaient y faire appel, de façon limitée, pour contester des décisions qui leur semblaient erronées.

À ce jour, toutefois, les organisateurs de tournois disputés sur terre battue restent réfractaires à l’utilisation de ce système de révision. Le désir de préserver la tradition du tennis a ainsi pris le dessus sur l’importance d’obtenir le plus grand nombre possible de décisions justes au cours des matchs.

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Lors des dernières années, la technologie Hawk-Eye a été perfectionnée au point de pouvoir rendre des décisions instantanées. On peut donc y avoir recours tout en maintenant le rythme normal des matchs. Le circuit de l’ATP a commencé à faire l’essai de cette nouvelle version en 2017 dans des tournois mineurs. L’automne dernier, les dirigeants des Internationaux des États-Unis avaient utilisé le système Hawk-Eye dans tous leurs matchs, sauf ceux présentés sur les deux courts principaux de Flushing Meadows.

La plupart des joueurs se disent satisfaits de cet important changement technologique. Il n’y a plus d’erreurs de commises, tout simplement. Si le système électronique dit que la balle était à l’extérieur, ça veut dire qu’elle était à l’extérieur. Ça ne laisse plus de doute, et j’aime ça, déclarait Dominic Thiem au réseau ESPN il y a une dizaine de jours.

Cela dit, le Hawk-Eye n’est pas totalement parfait. Les décisions qu’il rend sont précises à 3,6 millimètres près, ce qui signifie que des décisions erronées peuvent encore survenir ici et là.

Après les Internationaux des États-Unis, le New York Times rapportait que le système avait rendu 14 mauvaises décisions sur les 225 000 balles qu’il avait jugées durant le tournoi. Le Hawk-Eye aurait donc rendu des décisions correctes dans 99,993778 % des cas, ce qui constitue, en fin de compte, un taux de succès hallucinant.

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La robotisation de l’arbitrage s’avère une idée de plus en plus séduisante dans l’univers sportif, surtout dans les disciplines où les officiels doivent rendre des décisions binaires. Le baseball majeur (MLB), notamment, fait partie des grands championnats qui ambitionnent d’emprunter une voie semblable à celle qu’est en train de prendre le tennis.

Depuis 2019, la MLB étudie une technologie semblable à celle du Hawk-Eye, qui permet de juger électroniquement toutes les balles et toutes les prises au cours d’un match. L’arbitre posté derrière le marbre a ainsi pour mandat de relayer aux joueurs et au public le verdict rendu par les caméras.

Dans les sports où les officiels doivent interpréter des gestes ou des situations de jeu complexes, ce n’est toutefois pas demain que les officiels humains seront retirés de l’équation.

Pour soutenir leurs officiels et pour assurer une plus grande intégrité des résultats, ces disciplines ont davantage recours aux reprises vidéo. Par contre, ces vérifications interrompent constamment l’action. Aussi, elles laissent encore place à l’interprétation humaine et ne parviennent pas toujours à faire l’unanimité sur le terrain.

Un schéma en trois dimensions montrant la trajectoire d'une balle de tennis sur un court.

La technologie Hawk-Eye

Photo : iStock

Cette année, outre les Internationaux d’Australie et des États-Unis, d’autres tournois d’envergure étudient la possibilité d’avoir recours au système Hawk-Eye. Les organisateurs des tournois de Montréal et de Toronto, qui porte désormais le nom d’Omnium Banque Nationale, font partie de ceux qui sont tentés d’aller de l’avant.

Nous songeons très sérieusement à utiliser cette technologie l’été prochain. Mais nous n’avons encore aucun contrat de signé. Nous sommes en train de faire une étude de coûts, explique le directeur de l’Omnium Banque Nationale, Eugène Lapierre.

Éliminer l’erreur humaine a effectivement son prix. Selon plusieurs sources, il en coûte environ 25 000 $ américains (31 512 $CA) par court pour installer cette technologie. Pour les cinq terrains utilisés au stade IGA, il s’agirait donc d’une facture substantielle. Par contre, pour un tournoi comme l’Omnium Banque Nationale, les budgets consacrés à l’embauche d’une centaine de juges de lignes pendant une semaine sont probablement tout aussi considérables.

C’est une technologie qui est là et qui va probablement se répandre de plus en plus. Un des éléments importants de notre réflexion cette année, c’est que la technologie Hawk-Eye ferait entrer pas mal moins de gens dans l’entourage du tournoi. Ça signifierait notamment moins de tests de COVID-19 à administrer. En ce sens, ça deviendrait un plus, souligne Eugène Lapierre.

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L’utilisation du Hawk-Eye risque donc de faire partie du protocole sanitaire que les dirigeants de l’Omnium Banque Nationale présenteront aux autorités de la santé publique au cours des prochaines semaines, dans l’espoir de présenter cet événement en 2021.

On commence nos démarches de ce côté. Nous pensons que notre protocole est aussi solide que possible et qu’il permettra de protéger la population, ainsi que les 300 ou 400 personnes [joueurs, entraîneurs, représentants des médias, NDLR] qui doivent entrer à Montréal pour la présentation du tournoi. On veut isoler cette clientèle et nous croyons avoir un bon plan à présenter, conclut Eugène Lapierre.

L’Omnium Banque Nationale est prévu du 6 au 15 août, ce qui signifie que la plupart des participants arriveront directement des Jeux de Tokyo. Le succès des mesures adoptées au Japon sera donc suivi de près par les gens de Tennis Canada.

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