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Chronique

Les Coyotes de l’Arizona, et le karma de Gary Bettman

Il s'adresse aux journalistes lors d'une conférence de presse.

Le commissaire de la LNH, Gary Bettman

Photo : Associated Press / Charles Krupa

« L’inclusion et la diversité ne sont pas juste des expressions à la mode. Ce sont des principes fondamentaux de la LNH. Notre message est sans équivoque : nous ne tolérerons aucune sorte de comportement abusif », a dit Gary Bettman, le 9 décembre 2019.

Quand le commissaire de la LNH avait fait cette déclaration, la marmite bouillait plutôt fort aux quatre coins de la ligue. Des joueurs et d'anciens joueurs dénonçaient les méthodes abusives de Mike Babcock et d’autres entraîneurs, et Akim Aliu venait de révéler que Bill Peters (alors entraîneur des Flames de Calgary) avait tenu des propos racistes à son endroit vers la fin des années 2000.

Gary Bettman avait réagi en annonçant un nouveau code de conduite forçant les organisations de la ligue, sous peine de sévères sanctions, à rapporter au siège social de New York toute conduite inappropriée dont ferait preuve un membre de leur personnel.

La LNH avait aussi rendu obligatoire un programme de sensibilisation annuel pour tous les entraîneurs, entraîneurs adjoints, directeurs généraux et directeurs généraux adjoints de ses 31 équipes ainsi que de leurs clubs-écoles.

Le commissaire avait même laissé entendre qu’une ligne téléphonique d’urgence allait être activée pour permettre au personnel des équipes de rapporter en toute confiance des incidents ou des comportements susceptibles d’être catégorisés dans une zone grise.

Promettant une discipline prompte et sévère, le commissaire de la LNH avait par ailleurs promis que les sonneurs d’alarme allaient être pris au sérieux.

***

Eh bien, cette annonce et ces bonnes intentions ont été mises à rude épreuve en milieu de semaine quand le site Athlétique, sous la plume de Katie Strang, a publié une enquête dévastatrice sur la culture d’entreprise des Coyotes de l'Arizona.

La journaliste, qui a interrogé une cinquantaine de personnes en rapport avec cette affaire, a levé le voile sur une organisation aux valeurs douteuses au sein de laquelle règne un climat de travail toxique.

Le problème de Gary Bettman, toutefois, est que le personnage principal de l’histoire n’est pas un entraîneur ou un directeur général qu’on peut aisément jeter par-dessus bord. Il s’agit du nouveau propriétaire des Coyotes, Alex Meruelo, qui a pris possession de l’équipe en 2019.

Parmi les faits saillants de l’enquête menée par Athlétique, on note :

  • Des employés de tous les départements qui démissionnent ou qui sont congédiés. Des colères au cours desquelles le propriétaire tient des propos désobligeants envers des employés devant leurs collègues.
  • L’ancien directeur général John Chayka a abruptement quitté son poste l’été dernier quelques jours avant le début des séries éliminatoires. Après avoir reçu la permission de rencontrer une autre organisation de la LNH qui souhaitait lui offrir un emploi, Chayka avait vu cette permission lui être retirée par le propriétaire. Chayka a depuis été suspendu par la LNH pour rupture de contrat.
  • Le président Ahron Cohen a aussi quitté son emploi.
  • Des fournisseurs de l’équipe qui ne sont pas payés et qui se font ensuite tordre un bras pour accepter des montants inférieurs à ce qu’on leur doit.
  • Des bonis dus aux joueurs qui ont été versés en retard.
  • Plusieurs recours de fournisseurs des Coyotes sont devant les tribunaux. La compagnie d’aviation qui transportait l’équipe, notamment, réclame 257 000 $ à l’organisation.
  • Des recours légaux ou des demandes d’arbitrage ont été intentés par d'anciens employés, dont l’ex-directeur général adjoint Steve Sullivan, qui avait un nouveau contrat de quatre ans en poche, mais qu’on ne semble pas vouloir honorer à la suite de son renvoi.
  • Des employés de l’équipe qui contactent la LNH pour obtenir de l’aide et pour agiter des drapeaux rouges.
  • Lors des dernières séries éliminatoires, alors qu’un match se dirigeait vers une prolongation, une demande d’acheter de la pizza pour nourrir les joueurs a été refusée par la haute direction.
  • Les représentants d’une firme d’avocats de Chicago qui débarquent dans les bureaux des Coyotes et qui interrogent les employés à propos de possibles irrégularités financières (véracité des infos financières envoyées à la ligue), à propos d’un cas de harcèlement sexuel et au sujet de la culture d’entreprise en général.
  • Le nouveau directeur général Bill Armstrong qui, lorsqu’on l’a interrogé dans le cadre de cette enquête, a tenté d’intimider la journaliste qui lui posait des questions.

***

Bref, il est assez facile de conclure que ça ne va pas du tout en Arizona et que cette organisation n’est ni un bon employeur ni un bon partenaire d’affaires. Dans le désert, les principes fondamentaux évoqués par Gary Bettman en prennent pour leur rhume.

À la lecture de ce triste récit, toutefois, on se dit que les mécanismes annoncés par le commissaire de la LNH il y a une quinzaine de mois ont en partie fonctionné.

D’abord, des employés des Coyotes n’ont pas hésité à appeler la LNH pour rapporter des incidents ou des comportements qui leur semblaient inacceptables.

Ensuite, une firme d’avocats de Chicago a été mandatée pour questionner les employés sur une grande variété de sujets, tous aussi préoccupants les uns que les autres.

Au bout du compte, on ne peut s’empêcher de croire que si cette affaire a finalement été étalée dans les médias, et que si une cinquantaine de personnes ont accepté de donner leur version des faits à une journaliste, c’est parce que la sanction rapide et sévère promise par Gary Bettman ne s’est jamais matérialisée.

***

Lorsqu’il se couche le soir, Gary Bettman doit se dire que c’est son karma de régler des problèmes relatifs aux Coyotes de l’Arizona et que ce cauchemar ne finira jamais. Depuis le début des années 2010, les difficultés financières et légales de cette organisation lui ont certainement causé plus de soucis que les 30 autres franchises de la LNH réunies.

Au cours des 12 dernières années, les Coyotes ont fait faillite, la LNH a ensuite dû reprendre possession de l’organisation après avoir combattu devant les tribunaux une offre d’achat hostile et un projet de déménagement menés par l’homme d’affaires canadien Jim Balsilie.

La ligue a plus tard placé un couteau sous la gorge des élus de Glendale, qui étaient menacés de se retrouver avec un gigantesque aréna vide. Au terme d’une interminable partie de bras de fer, les élus de Glendale ont dû couper dans leur service des incendies, leurs bibliothèques et leurs piscines publiques pour subventionner une équipe de hockey.

De fil en aiguille, en un peu plus d’une décennie, cinq propriétaires se sont succédé aux commandes des Coyotes et un nombre encore plus grand d’investisseurs possibles a tourné les talons après avoir analysé les livres comptables, ou a vu leur candidature être refusée parce qu’ils n’avaient pas les reins ou la réputation assez solide pour acheter ce canard boiteux.

Nous sommes maintenant en 2021, et Bettman est toujours aux prises avec une organisation dysfonctionnelle, qui est cette fois menée par un milliardaire qui ne fait pas dans la dentelle et qui devient fou de rage quand on lui annonce des déficits annuels de plus de 50 millions.

Les gens de Québec esquisseront sans doute un sourire en lisant ceci. Ils se diront qu’il aurait été beaucoup plus simple de déménager cette équipe dans la Vieille Capitale quand tout ce cirque a commencé.

Pourtant, le cirque continue. Et il sera particulièrement intéressant de voir comment Gary Bettman jonglera avec les péripéties d’Alex Meruelo au cours des prochains mois. Tant que la LNH ne dénichera pas un autre rêveur prêt à éponger des déficits dans le désert, il sera bien difficile de s’en débarrasser.

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