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Chronique

Lundi matin, le roi, la reine et Bianca

Trois joueurs de tennis

Novak Djokovic et Naomi Osaka ont remporté leurs finales respectives aux Internationaux d'Australie. Bianca Andreescu s'est inclinée au deuxième tour.

Photo : Getty Images

Avouez que vous avez soudainement l’air de l’une des ritournelles qui ont marqué votre enfance en tête? N’est-ce pas? Il est plus avisé de parier là-dessus que de parier sur une défaite de Novak Djokovic en finale des Internationaux d’Australie.

Vendredi, le collègue Martin Labrosse, chroniqueur à l’émission Le 15-18 à Ici Première, a profité du fait que j’ai eu une qualité et une quantité de sommeil digne des parents d’un nouveau-né au cours des deux dernières semaines pour m’arracher une prédiction que j’ai aussitôt regrettée.

Juste avant la sieste du matin, il m’a surpris la raquette à terre en me demandant qui allait remporter les finales de la fin de semaine. Tel un investisseur avisé, j’ai opté pour un mélange de sécurité et de risques.

Après avoir prédit une victoire logique de Naomi Osaka contre Jennifer Brady, j’ai osé le coup de circuit en prédisant que Daniil Medvedev allait remporter son premier titre majeur en battant Novak Djokovic, dont le parcours jusqu'à la finale avait été parsemé d’embûches.

Bon, semble-t-il, comme il ne faut jamais parier contre Tom Brady au Super Bowl, il ne faut pas non plus parier contre Novak Djokovic en finale des Internationaux d’Australie. Il a neuf victoires en neuf finales.

Martin Labrosse a été averti de ne plus jamais me demander de prédiction qui concerne mon supposé champ d’expertise.

À ma défense, toutefois, quelques indices laissaient présager une certaine et rare vulnérabilité chez Djokovic. Medvedev avait vogué jusqu’en finale, fort d’une séquence de 20 victoires. Le Serbe, lui, avait cédé cinq manches en six matchs, une anomalie pour le monarque du tennis mondial.

Il avait aussi eu à composer avec une blessure à l’abdomen subie en troisième manche contre l’Américain Taylor Fritz au troisième tour. Pendant une manche et demie, Djokovic semblait avoir besoin d’une marchette pour clore le match. Pourtant, il a remporté la cinquième manche.

Même s’il a répété après le tournoi qu’il avait subi une déchirure abdominale, plusieurs ont mis en doute la véracité de la blessure du Djoker, Taylor Fritz le premier. La façon dont il avait pu jouer par la suite avec ce type de lésion avait surpris.

J’aurais dû m’y attendre, avait lancé Fritz après sa défaite. S’il était vraiment, vraiment blessé, il n’aurait pas continué à jouer. Il n’avait pas l’air d’avoir du mal à la cinquième manche. Je suis content pour lui qu’il ait eu un si bon rétablissement.

Pour les plus ardents partisans du Serbe, sa réaction relève de l'héroïsme et du scénario de film hollywoodien. Pour ceux qui l’aiment moins, c’est un exemple de plus d’un comportement antisportif, tout comme celui de fracasser sa raquette au sol.

Il est couché sur le terrain bleu après son triomphe.

Novak Djokovic, nonuple champion des Internationaux d'Australie

Photo : Getty Images / Quinn Rooney

Dans son coin, pourtant, on comprend mal qu’on doute de lui.

Je n’arrive pas à croire que je suis là en conférence de presse pour parler de son neuvième titre, a dit Goran Ivanisevic. Sa blessure a été remise en cause et le médecin a dit ce qu’il avait. On lui a donné le choix de continuer. Certains peuvent endurer la douleur, d’autres pas.

Au-delà des critiques et de la manière avec laquelle il gagne, le roi Djokovic aura une nouvelle fois montré à quel point son appétit pour la victoire est gargantuesque et à quel point sa soif de passer à l’histoire est grande.

Sa disqualification à New York cet été lui avait fait rater une occasion en or de reprendre une longueur qui le sépare des 20 titres majeurs de Nadal et de Federer.

Cet incident a pesé lourd sur mon moral, a dit Djokovic. Ma motivation joue au yoyo depuis et j’ai manqué de motivation en l’absence du public lors des tournois. Je voulais commencer l’année du bon pied.

Pour ça, c’est réussi.

Sa victoire a aussi confirmé que la nouvelle génération n’a pas encore trouvé la faille dans le jeu de Djokovic, Nadal et Federer, qui ont remporté 17 des 18 derniers tournois du grand chelem, l’exception étant les Internationaux des États-Unis l’an dernier, où Nadal et Federer brillaient aussi par leur absence.

La confirmation d’Osaka, les doutes de Bianca et le déclin de Serena

La Japonaise Naomi Osaka, contrairement à Djokovic, fait à peu près l'unanimité.

Elle tient sa raquette à deux mains.

Naomi Osaka

Photo : Getty Images / David Gray

Sa candeur en entrevue, son engagement social ou encore ses investissements au sein du Courage de la Caroline du Nord, une équipe professionnelle féminine de soccer, en font l’une des sportives les plus reconnues et admirées sur la planète.

Si le classement de la WTA est toujours dominé par l’Australienne Ashleigh Barty, dans les faits, la meneuse du moment est Osaka.

Ses victoires expéditives contre Jennifer Brady en finale et Serena Williams en demi-finales ont ébloui la galerie, tout comme ses deux balles de match consécutives sauvées contre Garbine Muguruza en huitièmes de finale.

Enchaîner des victoires sur le dur à New York et à Melbourne lui a permis de consolider son aura. Remporter les quatre premières finales majeures qu’on dispute, c’est loin d’être banal. Il lui reste maintenant à s’imposer sur terre battue et sur le gazon.

Les sept titres de sa carrière ont tous été remportés sur le dur. Sur terre battue, elle montre une fiche de 18 victoires et 14 revers. Sur gazon, c’est 11 victoires contre 9 revers.

Quand on lui a demandé si elle préférait remporter Roland-Garros ou Wimbledon en premier, elle a répondu Roland-Garros, simplement parce qu’il précède Wimbledon au calendrier. Elle ne manque pas d’ambition.

Personne, pour l’instant, ne semble avoir de réponse à la combinaison de sa précision et de sa puissance. Son service, lorsqu’il est en jeu, est dur à déchiffrer.

La seule qui semble avoir la variété d’armes dans son arsenal pour rivaliser avec la Japonaise, c’est possiblement Bianca Andreescu. Encore faut-il qu’elle soit en bonne santé.

Elle s'étire pour frapper la balle en coup droit.

Bianca Andreescu lors de son match de deuxième tour contre la Taïwanaise Hsieh Su-wei aux Internationaux d'Australie.

Photo : Getty Images / Matt King

La Canadienne de 20 ans a disputé six matchs en Australie, deux aux Internationaux et quatre au Trophée Phillip Island, dont un marathon de trois heures en demi-finales qu’elle a terminé sans recevoir de traitements autres que pour des ampoules au pied.

Or, elle s’est depuis officiellement retirée du tournoi d’Adélaïde prévu cette semaine, invoquant officiellement un pépin au bas du corps. Elle vise maintenant un retour au jeu à Miami à la fin du mois de mars, ce qui signifie qu'elle fait l'impasse sur les tournois de Doha et de Dubaï.

Blessure importante, réorganisation de l’horaire ou mélange des deux? Il est difficile d’y voir clair. Avant le début de la saison, le plan était toutefois de disputer les deux étapes prévues au Moyen-Orient.

Elle a grand besoin de disputer des matchs pour retrouver ses repères. C’est d'ailleurs l'avis de son entraîneur Sylvain Bruneau. Elle a le temps, elle n’a que 20 ans.

Serena Williams, elle, commence à en manquer dans sa course folle vers un 24e titre en tournoi du grand chelem. Bloquée à 23 succès depuis janvier 2017, elle a montré de bien belles choses à Melbourne.

Sa victoire décisive contre Simona Halep, devant qui elle se déplaçait avec fluidité et rapidité, a fait miroiter l’espoir que le titre soit à sa portée.

La nouvelle reine de Melbourne l’a ramenée brutalement sur terre dans le carré d’as.

La reverra-t-on en Australie? C’est une bonne question. Gagnera-t-elle un nouveau tournoi majeur? En voilà une autre à laquelle on serait tenté de répondre par la négative.

Elle lance la balle en l'air de sa main gauche.

Serena Williams au service

Photo : Getty Images / Darrian Traynor

Depuis son dernier titre, 11 championnes différentes ont été couronnées en tournoi du grand chelem en simple. Un plateau d’une telle profondeur n’aide en rien la quête de l’Américaine. Dans un bon jour, elles sont plusieurs à pouvoir s’imposer.

A-t-elle encore sa place dans l’élite mondiale? Bien sûr que oui. À 39 ans, elle a atteint les demi-finales de deux tournois du grand chelem en moins de six mois.

Il y a 30 ans, l’Amérique entière s’était entichée du parcours extraordinaire de Jimmy Connors qui avait atteint, au même âge, les demi-finales des Internationaux des États-Unis en 1991.

Il serait bête de banaliser ses plus récents résultats par le fait que ses exploits antérieurs ont été tout simplement extraordinaires.

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