•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Claressa Shields en toutes confidences

Elle montre ses biceps.

Claressa Shields lors du 40e gala Women in Sports, à New York, en octobre 2019

Photo : getty images for women in sports / Theo Wargo

Jean-François Chabot

Les exploits sportifs de la boxeuse américaine Claressa Shields sont mondialement reconnus. On en sait beaucoup moins sur sa personne, ses origines et ses sources d’inspiration.

Celle qui affrontera Marie-Eve Dicaire le 5 mars prochain chez elle, au Michigan, s’est livrée avec beaucoup de candeur à Radio-Canada Sports.

Voici donc cet entretien avec Shields qui, sans aucune hésitation, se proclame dans la veine des Sugar Ray Robinson ou Muhammad Ali.

_______________________________________________________________________________________________________________

Q. Parlez-nous d’abord de votre noyau familial, de vos frères et sœurs.

R. J’ai fait la connaissance de mon père quand j’avais 9 ans. C’est lui qui m’a initié à la boxe. Mes parents sont tous toujours vivants. Ma mère habite près de chez moi, ici, à Flint. Mon père est à Phoenix en Arizona.

Du côté de ma mère, je suis la benjamine de quatre enfants. Et j’ai trois demi-frères et sœurs, tous plus âgés que moi, du côté de mon père.

Q. Êtes-vous la seule athlète parmi tous vos frères et sœurs?

R. Mon père a pratiqué la boxe, mais pas de manière professionnelle comme on pourrait l’imaginer. Il a davantage mis les gants dans des milieux clandestins, dans la rue, des trucs comme ça. Il a fait ça dans des bars et même dans des cours de prison.

Il n’a rien du boxeur traditionnel, mais il sait boxer et m’a transmis ses connaissances quand j’ai commencé à l’âge de 11 ans.

J’ai un frère plus jeune qui aurait pu devenir une vedette de l’athlétisme. Mais il n’a pas persévéré à l’école, n’a pas poursuivi sa passion. J’aurais aimé qu’il le fasse parce qu’on pensait qu’il serait le prochain grand athlète de la famille.

_______________________________________________________________________________________________________________

Q. Parlez-nous de vos débuts à la boxe.

R. J’ai livré mon premier combat amateur à l’âge de 12 ans. À 15 ans, je n’avais pris part qu’à cinq combats. C’est à ce moment que j’ai entendu parler des Jeux olympiques. Deux ans plus tard, avec un grand total de 16 combats à mon palmarès, j’étais à Londres où j’ai décroché ma première médaille d’or. Et je n’avais que 17 ans!

Avant d’atteindre les JO, j’étais aussi passée par les qualifications où j’avais vaincu la Canadienne Mary Spencer, triple championne du monde et l’une des meilleures de l’époque. J’ai défendu mon titre de championne olympique quatre ans plus tard à Rio de Janeiro. J’ai alors mis un terme à ma carrière amateur avec une fiche de 77 victoires et 1 défaite, ma seule à vie d’ailleurs.

Au début, je ne pensais pas que j'étais vraiment bonne. Mais mon entraîneur m'a dit que j'avais ce qu'il fallait pour devenir la meilleure du monde. Même après ma victoire aux Jeux de Londres, je n'y croyais pas vraiment. Mais après Rio, tout a changé. Je continue de travailler fort. Je continue à apprendre et à acquérir de l'expérience. Je suis encore jeune et je sens que je suis devenue la meilleure, livre pour livre, dans l'histoire de la boxe, y compris chez les hommes.

Q. Si vous n’aviez pas pratiqué la boxe, y a-t-il un autre sport où vous avez démontré de belles habiletés?

R. J’ai joué au basketball, au volleyball, j’ai fait un peu d’athlétisme et du cross-country. J’ai aussi fait du karaté durant mon enfance. Parmi tout cela, j’ai vraiment adoré l’athlétisme. J’ai aussi aimé le basketball, mais je n’aime pas vraiment les sports d’équipe. Je préfère les face-à-face. La boxe est donc parfaite pour moi.

_______________________________________________________________________________________________________________

Q. Vues d’ici, les images que l’on a de Flint ne sont pas très flatteuses. Une ville frappée durement économiquement. Un environnement ardu où même la qualité de l’eau du robinet n’est pas très enviable. Est-ce que tout ça a aidé à forger votre caractère et votre identité?

R. Je pense que je suis née robuste. Je pense que j’avais ça en moi et que cela m’a prédestiné à devenir qui je suis aujourd’hui. Les gens de l’extérieur vont se faire une idée de Flint en se basant uniquement sur des statistiques.

J’ai grandi à Flint et j’y habite toujours. J’aime ma ville. Beaucoup de villes aux États-Unis ont besoin d’améliorations et Flint est l’une d’elles. C’est vrai. Flint n’a toujours pas accès à l’eau potable. Ce n’est ni une rumeur ni un mythe. Cette situation dure depuis presque sept ans.

Le problème a été résolu dans d’autres secteurs autour d’ici, comme Flint Township où j’habite, Beecher ou Grand Blanc. Mais au cœur de la ville, on travaille encore à remplacer les aqueducs, à trouver du financement. Je pense que la situation est due à une mauvaise gestion, à commencer par la décision du gouverneur Rick Snyder [la démocrate Gretchen Whitmer lui a succédé lors de l’élection de novembre dernier, NDLR] de puiser l’eau à même la rivière Flint. Il suffit de regarder ce cours d’eau pour comprendre que personne ne devrait y boire…

Par contre, c’est ici que j’ai eu accès à de bons gymnases, à de bons entraîneurs, à d’excellents professeurs à l’école. J’ai grandi dans un lieu où personne ne me disait que je ne pouvais pas boxer parce que j’étais une fille. J’ai eu un professeur de musique, M. Gilmore, qui s’occupait de la fanfare de mon école secondaire. Il m’a appris à jouer du baryton.

_______________________________________________________________________________________________________________

Q. À part la boxe, quels sont vos autres intérêts ou les autres loisirs auxquels vous vous adonnez?

R. J’aime chanter. J’aime apprendre de nouvelles danses. J’ai fait un peu de théâtre et un peu de comédie. On me dit assez drôle. Mais je ne fais ça que devant mes amis. Je ne m’imagine pas en train de faire ça ou d’enregistrer devant un public.

En fait, je suis une personne très timide. Oui, je suis capable de prendre la parole dans l’univers de la boxe. Mais pour le reste, pour la chanson ou la danse, je manque de confiance en moi.

Q. Où puisez-vous votre motivation et votre inspiration dans la vie?

R. Pour moi, ça se présente de différentes façons. Il y a les gens qui sont proches de moi et que j’aime. Beaucoup sont boxeurs. Et quand ceux-ci subissent une défaite ou qu’ils connaissent un combat difficile et que je vois comment ils se sentent, ça me motive à rester dans le gym pour continuer de travailler.

À l’inverse, si je les vois gagner, ça me fait penser que je peux gagner moi aussi. Plus jeune, une de mes grandes inspirations a été Muhammad Ali. Il était l’une de mes personnes préférées dans le monde et mon boxeur favori. J’adore entendre des histoires de personnes qui surmontent l’adversité, des êtres qui sont renversés, mais qui chaque fois se relèvent et deviennent plus forts.

Q. Quelles sont les choses qui vous agacent ou vous mettent en colère?

R. Il y en a beaucoup (rires). Je suis reconnue pour ne pas avoir la langue dans ma poche, pour être l’une des personnes qui s’expriment le plus librement dans le milieu de la boxe. Il y a des sujets que je voudrais éviter, mais si je n’en parle pas, qui le fera?

Je n’aime pas que les gens disent que les femmes ne savent pas boxer. Je n’aime pas le sexisme, ceux qui cherchent à me discréditer ou à discréditer mes adversaires parce que nous sommes des femmes. Par exemple, il y a ceux qui disent qu’on ne mérite pas les mêmes bourses que les hommes parce qu’on livre des combats de 10 rounds de 2 minutes. Alors ça, ça me fait tiquer parce que je travaille et je m’entraîne tellement fort.

Je n’aime pas non plus ceux qui veulent m’intimider en me disant que je suis grosse, surtout parce que je suis très stricte face à tout ce que je peux manger et à mon style de vie en général. Certains essaient juste de me coller une étiquette et de me traiter de grosse. C’est peut-être parce ce que je suis une femme ou parce que je suis Noire et que je prends parfois un peu de poids. Je ne suis pas grosse, alors oui ça me dérange!

Q. Et que vous a inspiré le mouvement Black Lives Matter?

R. Ce mouvement a été très important. Nous avons uni nos voix durant la pandémie pour nous réconforter les uns les autres. On a traversé une grande période d’incertitude. Il y a beaucoup de brutalité policière aux États-Unis. La vie des Noirs est importante. Toutes les vies sont importantes.

Quand nous disons que la vie des Noirs est importante, c’est qu’elle doit compter un peu plus. Nous sommes la seule race qui est chassée avec les armes de la police en pleine télévision, même si nous ne sommes pas armés.

Quand vous voyez George Floyd être étouffé à mort en direct à la télévision nationale, ça peut faire peur aux gens. C’était effrayant et blessant de voir ça. Nous ne voulons pas que la prochaine génération ait à vivre ça, ni plus personne dans la génération actuelle.

C’est pour ça que je me suis jointe au mouvement. C’est pour ça que j’ai pris la parole en espérant éduquer les gens pour éviter que ça se reproduise. On a encore beaucoup de travail à faire. L’esclavage, c’était il y a 400 ans. Mais les femmes n’ont obtenu le droit de vote qu’en 1920 aux États-Unis, et les Noirs qu’en 1965.

Pendant ce temps du côté de GYM

Le promoteur Yvon Michel a fourni quelques précisions, vendredi, en prévision de son gala de relance du 16 mars, à l’Hôtel Plaza de Québec.

En plus de la finale opposant Oscar Rivas (26-1, 18 K.-O.) à Sylvera Louis (8-5, 4 K.-O.) dans un face-à-face de huit rounds, on a aussi confirmé la participation de Sébastien Bouchard, Patrice Volny, Marie-Pier Houle, des poids lourds Alexis Barrière et Francis Charbonneau ainsi que de Yan Pellerin.

Groupe Yvon Michel a également laissé entendre que Rivas pourrait se battre dès le mois de juin prochain pour la toute nouvelle ceinture du WBC des super-lourds légers [bridgerweight en anglais, de 91 à 102 kg, NDLR].

Rivas, premier aspirant, affronterait alors l’Américain Bryant Jennings (24-4, 14 K.-O.), classé 3e, afin de déterminer qui deviendra le tout premier champion de cette catégorie de poids.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !