•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Clarisse Cremer, la navigatrice la plus rapide de l'histoire du Vendée Globe

Une femme sourit sur son bateau en tenant deux fumigènes.

Clarisse Cremer est arrivée aux Sables-d'Olonne après 87 jours en mer.

Photo : vendée globe

« J’ai l’impression de ne pas trop comprendre ce qui m’arrive et il y a une partie de moi qui est restée sur l’eau. Je me surprends souvent à avoir envie de retourner sur mon bateau. » Clarisse Cremer est encore incrédule après l’exploit qu’elle a réalisé.

À 31 ans, celle qui n’avait que cinq ans d’expérience dans la course au large a pris la 12e place du Vendée Globe, et la 1re parmi les femmes. Elle devient également la navigatrice la plus rapide de l'histoire de ce tour du monde en solitaire sans escale ni ravitaillement. En 87 jours 2 h 24 min, elle bat le record d'Ellen MacArthur (94 j 4 h 25 min en 2000-2001).

J’avais surtout envie de terminer le Vendée Globe, c’était ça mon premier objectif, confie-t-elle instantanément à Radio-Canada Sports.

Après, le record d’Ellen MacArthur, je vois ça comme une cerise sur le gâteau. C’est une belle histoire sympathique à raconter. C’est toujours chouette d’ajouter son nom sur un record, c’est amusant, mais ce n’est pas l’essentiel de mon aventure, ajoute-t-elle modestement.

Je ne me vois pas comme un modèle

C’est sûr que le monde des marins reste un monde d’hommes, il n’y a pas de doutes là-dessus, poursuit Clarisse Cremer. J’ai du mal avec la notion de modèle parce que je n’ai pas vraiment cette prétention-là, je me vois plus comme une illustration, comme un exemple parmi d’autres que c’est possible, que l’on peut croire en soi et que même si on a des faiblesses, on peut faire des choses.

J’aime beaucoup l’idée que certaines personnes vont s’identifier à mon parcours et c’est aussi pour cela que j’ai à cœur de partager mes faiblesses, parce que je ne veux pas que les gens nous imaginent, et là je parle pour tous les marins, comme des héros qui n’ont aucun doute. Ce n’est pas la réalité, ce n’est pas la vérité.

Une retraite spirituelle

C’est quand même unique dans notre société d’aujourd’hui de pouvoir passer trois mois tout seul. Physiquement, on est seul, on n'a accès à personne et tout cela est propice à l’introspection. Quand on est en mer, il y a très peu de temporalité. Donc, on a beaucoup de moments de contemplation. On est dans l’instant présent. Tout cela est propice à l’éveil personnel, c’est pour cela que je parle de retraite spirituelle, raconte Clarisse Cremer au sujet de son expérience globale du Vendée Globe.

La Française avoue que même dans les mers du Sud démontées, elle trouvait le moyen d’avoir des moments d’extase devant la beauté des éléments. Durant ses 87 jours en mer, elle a emmagasiné de nombreux souvenirs, mais il y en a un qui revient immédiatement à sa mémoire.

Elle brandit le poing gauche.

Clarisse Cremer dans son bateau

Photo : vendée globe

Il y a cette rencontre avec un albatros qui est venu très proche du bateau et avec lequel j’ai échangé un regard intense, dit-elle. C’était très court, mais c’était un moment fou, car le temps s’arrête le moment de cette rencontre. Il y a aussi ce moment dans l’océan Indien où la mer était plus calme et j’ai eu droit à cette espèce de parenthèse dans ces contrées qui d’habitude sont assez hostiles. Je me souviens d’une matinée où il y avait du ciel bleu et du soleil, ce qui est assez rare dans les mers du Sud. J’ai donc profité de ce moment où le bateau ne mouillait pas, car on est souvent trempé, pour ressentir la chaleur sur mon corps et me réchauffer, car on a souvent froid en mer. Ce sont des moments où l’on a l’impression d’être au paradis.

Combattre le vertige

C’est sûr que je n’avais pas beaucoup d’expérience de la course au large, reconnaît franchement la navigatrice, qui, il y a encore cinq ans, n’avait jamais vécu un tel défi.

J’ai payé mon inexpérience dans la partie psychologique, car par moments, je n’avais pas confiance en moi. Et cela, je voulais le partager, car les doutes font partie d’une aventure comme ça. D’habitude, les marins parlent très peu de leurs doutes, moi, j’ai eu des moments durs, difficiles, parce que j’avais l’impression de ne pas être à la hauteur. J’avais l’impression d’être au pied d’une montagne en me disant que je n’allais jamais m’en sortir.

Quand j’ai dû monter dans mon mât pour réparer une de mes voiles, je n’avais aucune envie d’y aller. Physiquement, je ne voulais pas y aller, car j’ai le vertige. Mais je devais aller réparer ma voile. On se retrouve donc avec deux personnalités dans sa tête qui entrent en confrontation et c’est la Clarisse qui voulait atteindre son objectif qui a gagné. J’ai dû monter trois fois pour ne plus avoir le vertige, tellement j’étais concentrée sur ce qu’il y avait à faire. Et ça, c’est une chance dans une vie de se découvrir mentalement comme ça et lorsque l’on a un objectif, nos forces sont décuplées.

Quand on lui demande ce qu’elle a appris de cette aventure, Clarisse Cremer attend un long instant avant de répondre.

Sans doute le lâcher-prise, lance-t-elle. Quand quelque chose ne tourne pas rond techniquement, on s’en fait une montagne. Le paradoxe entre la beauté à contempler et les possibles casses, j’avais du mal à vivre avec. Au début, je ne pouvais pas profiter de la beauté d’un coucher de soleil sans penser que, dans cinq minutes, je peux me mettre à couler. Cela m'a pris trois semaines pour véritablement bien vivre avec ça. Pour moi, c’est une grande leçon de vie.

Dans les mers du Sud, quand on est perdu au milieu de nulle part, on est livré à nous même. Il y a un côté sublime des éléments autour de nous et on se sent une petite chose au milieu de la nature immense. C’est encore plus vrai la nuit quand on voit les étoiles, on n’est plus une petite chose au milieu de l’océan ou sur la planète Terre, mais une petite chose au milieu de l’univers.

Elle fait la moue sur son bateau.

Clarisse Cremer

Photo : vendée globe

Il y a effectivement des moments où j’étais désespérée, j’étais fatiguée, je me mettais à pleurer pour un oui, pour un non. Par contre, je ne me suis jamais dit que j’allais abandonner. Je ne me suis jamais offert cette opportunité dans ma tête, car je savais qu’une partie de moi voulait s’y engouffrer, qu’il y a eu des moments hyper difficiles où je ne me reconnaissais pas ou je me complaisais dans une espèce de déprime complètement bête. Alors, par moments, je me retournais vers la terre pour avoir des petits mots d’encouragement, mais très vite on s’aperçoit qu’il faut que cela vienne de nous, du fond de soi.

Il fallait accepter cet état de fait et qu’il fallait du temps et de la patience. Puis, il faut éteindre son cerveau et se mettre en mode pilote automatique dans sa tête et juste être dans l’action et éviter ce flot de pensées négatives et surtout éviter de lui donner du carburant.

Clarisse Cremer était étonnée qu’on la suive autant au Canada. Sera-t-elle là dans quatre ans au départ du prochain Vendée Globe?

C’est la bonne question, répond-elle avec ce large sourire qui la caractérise. C’est vrai que j’ai été assez mordue, c’est une expérience qui m’a beaucoup plu, donc j’y pense. Mais là, c’est encore un peu tôt pour savoir comment ça pourrait s’organiser et répondre avec certitude.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !