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Un livre à la découverte de Georges Vézina, premier gardien vedette du Canadien

Georges Vézina

Georges Vézina

Photo : Getty Images / B Bennett

Jean-François Chabot

Dans un livre qui doit paraître jeudi 25 février, le journaliste Mikaël Lalancette nous invite à une rencontre captivante avec Georges Vézina, premier gardien de but vedette du Canadien de Montréal.

Au-delà de la légende qui a donné son nom au trophée remis annuellement au meilleur gardien de la LNH et au domicile des Saguenéens, à Chicoutimi, une aura de mystère entoure la vie et la carrière de Vézina.

Pourtant, le chandail de ce célèbre fantôme n’est pas accroché dans les hauteurs du Centre Bell. Ken Dryden, Jacques Plante et Patrick Roy sont les seuls gardiens de l’histoire du CH à avoir reçu cet hommage.

Vézina a disputé 16 saisons complètes avec le Tricolore de 1910 à 1925 en jouant tous les matchs, d'abord dans l’Association nationale (ANH), puis dans la Ligue nationale de hockey naissante.

Mort en 1926 à l’âge de 39 ans de la tuberculose, il demeure un personnage mythique autour duquel histoires vraies et rumeurs continuent de s’entremêler dans l’imaginaire public.

C’est pour y voir plus clair dans la vie et la carrière de son concitoyen du Saguenay que Mikaël Lalancette a entrepris, il y a une quinzaine d'années, la quête qui a mené à cet ouvrage intitulé Georges Vézina, l’habitant silencieux, à paraître aux Éditions de l’Homme.

Il a profité de la pandémie de COVID-19 pour relire tout ce qu’il avait amassé et y mettre de l'ordre.

Ce nom-là m’a toujours intéressé et intrigué. Plus je lisais sur lui, plus je me rendais compte que toutes sortes de mythes avaient perduré à travers les années, notamment sur le nombre d’enfants qu’il a eus, indique l’auteur en précisant que celui que l’on surnommait le Concombre de Chicoutimi a assurément eu neuf enfants, dont deux sont encore en vie.

Sur différents sites Internet, il est répertorié à 5 pieds 6 pouces (1,70 m), alors que c’est une anomalie historique. Quand on regarde les photos et que l’on consulte les documents, il faisait au minimum 6 pieds (1,81 m), affirme Lalancette, ex-collaborateur du service des Sports de Radio-Canada (Sports Extra sur Sirius) et sommité de la scène du hockey junior.

Quand il arrive à Montréal, il a le rôle de redresser la situation du Canadien, qui vient de connaître une première saison pénible. L’équipe est la pire de l’ANH tant défensivement qu’offensivement. Dès sa première année, il a la meilleure moyenne.

Mikaël Lalancette, journaliste et auteur

Quant au surnom qui colle encore à sa légende, Vézina le doit au journaliste anglophone Elmer Ferguson qui, dans un article de 1914, avait utilisé l’expression cool as a cucumber pour décrire le sang-froid dont il faisait preuve en protégeant son filet.

Or, les francophones n’utilisaient pas ce sobriquet étant donné la connotation négative liée au fait de traiter quelqu’un de concombre!

C’est ce même Ferguson qui a rédigé la biographie de Vézina en 1945, quand il entre au Temple de la renommée en tant que membre de la première cuvée du panthéon tout neuf. Il y inscrit le surnom pour la postérité.

Homme de peu de mots

Pour Mikaël Lalancette, Georges Vézina est sans contredit la première grande vedette du hockey auprès des amateurs francophones.

Au Québec, et avec raison, nous accordons beaucoup d’importance à Maurice Richard. Les grandes légendes du hockey d’ici ont marché dans ses pas. Mais avant Maurice Richard, il y a eu Georges Vézina. Il a été le premier joueur canadien-français à faire sa marque dans la LNH et dans le monde du hockey.

Mikaël Lalancette

L'auteur parle d’un homme sans controverse qui faisait l’unanimité, y compris chez ses rivaux. L’habitant silencieux, ça vient un peu de là. C’était un homme très discret. Il a accompagné toutes les grandes étapes du monde du hockey de l’époque, ajoute-t-il.

Il faut savoir que Vézina a vécu la période durant laquelle les gardiens n’avaient pas le droit de mettre un genou sur la glace. Même quand le règlement a été modifié, il a continué de repousser les attaques adverses en se tenant debout.

Ses deux dernières saisons ont été les meilleures de sa carrière. Il est devenu le premier gardien à conserver une moyenne inférieure à deux buts accordés par match.

Parmi les trouvailles de l’auteur se trouvent des chroniques signées par Vézina lui-même dans les pages de l’hebdomadaire anglophone Montreal Standard. Dans l’une d’elles, en 1923, le cerbère a présenté le sport comme un vecteur d’unification entre les communautés anglophone et francophone.

Il faut savoir qu’entre 1922 et 1924, le propriétaire du Canadien, Léo Dandurand, avait choisi de tenir le camp d’entraînement de l’équipe à Grimsby, en Ontario, à mi-chemin entre Hamilton et Niagara Falls, où se trouvait une glace réfrigérée.

La décision avait été mal accueillie par les partisans francophones du Tricolore, qui ne comprenaient pas pourquoi on allait en terre ennemie pour préparer la saison. En réalité, la glace naturelle de l’aréna Mont-Royal n’était souvent pas prête même à la fin de l’automne, ce qui entraînait des performances décevantes dans les premiers matchs du calendrier.

Même si Toronto était dans le portrait, la grande rivalité de l’époque opposait le Canadien aux Sénateurs d’Ottawa. C’est à l’occasion d’un de ces face-à-face que Vézina a peut-être réussi la plus éblouissante performance de sa carrière.

La rivalité de sa vie, ç’a été Ottawa. Il y a vraiment des matchs épiques entre le Canadien et les Sénateurs. La rivalité était féroce. Et là, c’est le mythe de l’époque où, en réalité, on ne compte pas les lancers au but [pas de statistiques]. Pour ce match-là, Vézina a tellement été bon qu’on a compté les lancers qu’il a reçus et qu’il a dû repousser pour mener le Canadien à la victoire.

Mikaël Lalancette

Le problème, c’est qu’il n’y a pas deux journaux qui sont d’accord sur le chiffre. Certains parlent de 60, d’autres disent 70. Ça monte jusqu’à 83 lancers dans un match. C’est le mythe autour de la performance qui a fait qu'on a dit que Georges Vézina était le meilleur gardien de l’univers, raconte Mikaël Lalancette.

Au début de la saison 1925, Georges Vézina n'a disputé que la première période d'un match contre les Pirates de Pittsburgh. En retournant au vestiaire, il s'est effondré. Les médecins lui ont suggéré le repos et le grand air. Il est rentré chez lui, à Chicoutimi, où il a succombé en mars 1926. Il avait 39 ans.

Il faut relire les articles qui ont été écrits à sa mort, une année après sa mort, deux ans après sa mort, pour réaliser à quel point ç’a été une onde de choc à Montréal et dans le monde du hockey. Il a été marquant par ses performances et en raison de son parcours avant de se joindre au Canadien, explique Lalancette.

Préfacé par Patrick Roy, gardien et héros des deux plus récentes conquêtes de la Coupe Stanley du Bleu-blanc-rouge, le livre de 368 pages relate les faits d’armes de celui qui a pris part aux deux premières en 1916 et en 1924.

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