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Une semaine atypique et inespérée pour le Canadien

Il travaille devant le gardien des Maple Leafs pour lui gêner la vue.

Brendan Gallagher

Photo : The Canadian Press / Frank Gunn

Vouloir enchaîner après une prestation encourageante, rien de plus naturel. Mais prendre du recul, parfois, c’est prendre son élan.

L’on aurait bien aimé que la formule soit de nous. Elle appartient plutôt à Claude M’Barali, alias MC Solaar, pour ceux d’entre vous qui ne seraient pas versés en rap français des années 1990 ou de son apogée commercial du début des années 2000.

Une hirondelle ne fait pas le printemps, pas plus qu’un match, une carrière, ou, encore, pas plus qu’une bonne période vous sort automatiquement d’une séquence inquiétante de cinq matchs.

Certes, le Canadien a disputé un bon dernier tiers lors de son affrontement contre les Maple Leafs samedi, à Toronto, ce qui lui a permis de partir l’esprit en paix et qui a fait dire à Claude Julien, mardi après l’entraînement des siens, que dans un monde idéal, on aurait voulu jouer deux jours plus tard.

Compréhensible tout cela, mais voilà tout de même une occasion rare, même unique : une semaine sans match avec trois séances d’entraînement intenses sur la patinoire, une autre hors glace et deux jours de repos. Tout cela au cours d’une saison écourtée, condensée, qui s’est amorcée par sept jours seulement de camp d’entraînement, bien loin des trois semaines habituelles, et sans match préparatoire.

Quand l’avantage numérique tourne en rond, que la productivité de la profondeur est mise à mal par les ajustements des adversaires, que le gardien no 1 retrouve tranquillement ses repères et que des vétérans, moteurs de la formation naguère, sont laissés de côté ou soumis au ballottage, il y a certainement quelques poussières à balayer de cette, par ailleurs, reluisante fiche de 9-4-2.

Normalement, les semaines sans match sont des semaines de relâche dans la LNH, bien différentes de celle-ci. Par exemple, Carey Price les met parfois à profit pour aller pêcher, peut-être sur glace. Plus difficile de le faire sur celle du complexe d’entraînement à Brossard – qui sait quel poisson il y trouverait – en compagnie de Stéphane Waite.

C’est ce qu’a fait le gardien vedette mardi. Passer du temps de qualité en tête-à-tête avec l’entraîneur des gardiens. Certains exercices de groupe sollicitaient moins le portier, a expliqué Julien. Le synchronisme était idéal. Mercredi, ce sera au tour de Jake Allen.

Price avait de l’aplomb samedi soir. Il a permis à son équipe de demeurer dans le coup jusqu’à ce que le trio de Phillip Danault explose. Les statistiques du gardien vedette ne lui font pas encore la part belle, mais son efficacité lorsque ça compte est impressionnante.

Il plonge à la droite de son filet pour effectuer l'arrêt.

Carey Price (no 31)

Photo : Getty Images / Minas Panagiotakis

Sur les tirs les plus dangereux, Price est premier dans la ligue parmi les gardiens qui ont obtenu au moins quatre départs avec un taux d'efficacité de ,921, selon Natural Stat Trick. Apporter quelques retouches à son jeu pendant cet intermède ne pourra que lui être bénéfique.

À l’automne 2018, Price connaissait un départ chancelant (5-4-3, une moyenne de buts accordés de 3,07 et un taux d’arrêts de 89,2 %) quand il a affirmé qu’il devait comprendre ce qui se passait dans sa tête. Julien avait confié le filet à Antti Niemi, Price avait pu se concentrer sur son jeu entre les 8 et 15 novembre.

De retour devant le filet, il avait conclu l’année avec une fiche de 30-20-3, un taux d'efficacité de ,923 et une moyenne de 2,36. Si le passé est garant de l’avenir, voilà une bonne raison de vouloir prendre un peu de recul.

L’avantage numérique

Quand l’horaire est sorti, on s’était dit que c’était un bon moment pour travailler certaines affaires. Surtout qu’on a juste eu une semaine de camp d’entraînement. On a planifié cette semaine il y a longtemps, a lancé Julien.

Y avait-il autant de temps accordé aux unités spéciales dans la version originale de ce plan qu’actuellement? Possible. Surtout que l’avantage numérique constitue une lacune récurrente du Tricolore depuis trois ans.

À l’entraînement, il n’y avait pas moins de cinq combinaisons en avantage numérique. Pas de déploiement à deux défenseurs, mais un retour de Jonathan Drouin pour diriger le trafic le long de la bande à la droite du gardien, là où il jouait à sa première saison à Montréal et où ça s’était bien passé, selon ses dires.

Kirk Muller et Julien cherchent des solutions. Après un départ prometteur, l'équipe n’a converti que 2 ses 22 dernières occasions, une séquence remontant au 30 janvier qui lui vaut la 28e place dans la LNH pendant cette période.

On n’a pas eu beaucoup d’occasions récemment, a rappelé justement Tyler Toffoli. On n’en a pas eu à Toronto.

On pourrait même ajouter que l’équipe en a eu une seule avant cela contre Edmonton. Un fantôme du passé là encore, en soi inquiétant. Montréal obtenait en moyenne 2,62 occasions par match l’an dernier et pointait au 29e rang. Le Tricolore s’est maintenu parmi l’élite en ce début de saison, mais est en chute libre à ce chapitre depuis deux semaines et se retrouve maintenant au 18e échelon pour le nombre de punitions obtenues par rencontre.

Autant pour l’efficacité de l’attaque à cinq. L’occasion fait le larron, n’est-ce pas?

Il faut donc revenir à la base, bouger la rondelle rapidement, disait Marc Bergevin lundi, la diriger au filet et bondir dessus. Des propos repris par Toffoli mardi.

Rien de bien compliqué, en somme. Parfois, avec un peu de recul, la réponse à l’énigme, la clé de voûte de ce problème en apparence insoluble depuis trop longtemps, apparaît plus clairement.

Le repos

En dépit de cette fiche victorieuse, enviable même, de cette 2e position au classement de la Division canadienne, les problèmes affluent. Une réalité directement reliée au changement de ton de l’organisation, répété en écho par les joueurs.

La barre du standard à atteindre n’est plus à la hauteur de la taille, mais convient davantage à Derek Drouin, champion olympique du saut en hauteur, qui n’a rien à voir avec Jonathan, si ce n’est que dans les attentes démesurées à son égard.

Une bonne nouvelle, d’une certaine façon. La ligne de centres a le plus faible total de buts de la ligue, exception faite de l’Avalanche, deux ailiers (Toffoli et Josh Anderson) ont réussi près de 50 % des buts des attaquants, Price n’a pas atteint son rythme de croisière, les unités spéciales en arrachent et, malgré tout, voilà le Bleu-blanc-rouge en bonne posture.

Et il a beaucoup de temps pour essayer de remédier à tout cela. Et pour se reposer. Dommage pour lui que ça ne s’emmagasine pas, d’ailleurs, car les 41 derniers matchs de la campagne se dérouleront à toute allure.

Lors d’une saison normale, le CH joue environ un match tous les 2,25 jours. Il disputera les 41 derniers de 2021 en 78 jours, soit une rencontre au 1,9 jour.

Autrement dit, il s’agit de 8 matchs en 15 jours au lieu de 7 en 16. Ça a l’air peu? C’est énorme.

Le dernier match ressemblait à un match de séries. Ça va ressembler à ça en jouant huit, neuf fois contre la même équipe durant la saison. Toutes les équipes sont dans la course, tous les points comptent.

Une citation de :Tyler Toffoli

Il faut utiliser ces pratiques pour retrouver un tempo rapide dans notre jeu et travailler sur certaines choses. Après ça, il n’y aura plus de pause. Un match, un jour de repos. Il faut se reposer et s’assurer d’être prêts pour ce qui s’en vient, a renchéri Drouin.

Cette fin de saison, advenant qu’un vilain virus ne vienne pas la perturber, sera un véritable régal pour les supporteurs, un calvaire (doré) pour les joueurs. Qu’ils en profitent donc pour allonger leurs jambes au coin du feu pendant qu’ils le peuvent encore.

En rafale

Jonathan Drouin, franc et bien en verve mardi, a avoué que son trio avec Nick Suzuki et Anderson s’inspirait du trio perfection à Boston, celui de Trent Frederic, Sean Kuraly et Chris Wagner, comme tout le monde sait…

Blague à part (elle n’était pas très bonne, on le sait), il a raconté qu’il étudiait les séquences de jeux de Patrice Bergeron, Brad Marchand et David Pastrnak.

On regarde beaucoup de trucs ensemble. Si tu le fais en trio, c’est encore mieux, tu es encore plus sur la même longueur d’onde. Le trio de Bergeron est tellement bon pour créer des revirements et frapper instantanément. Une passe, un tir, l’autre gars fonce au filet. C’est ce qu’on veut faire. Le faire rapidement. Maintenant, le jeu, c’est rapide, rapide, rapide. Si on veut être un trio dominant, c’est ce qu’il faut faire, a-t-il noté.

Ils sont penchés vers l'avant et appuient leur bâton sur leurs cuisses.

Des joueurs du CH à l'entraînement

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

Claude Julien a ensuite vanté l’attitude de son ailier gauche, tout en spécifiant qu’il lui avait parlé avant le match contre les Leafs pour l’encourager à tirer davantage. Vrai qu’avec ses prolifiques partenaires, le Québécois, artiste dans l’âme, semble toujours chercher le jeu impeccable, la passe supplémentaire qui offrira un filet désert à ses amis.

Drouin n’a que 20 tirs en 15 rencontres, le plus faible total des attaquants partants, après Phillip Danault et Paul Byron, qui joue pourtant 2 min 30 s de moins que lui par match.

Aux yeux de l’entraîneur, Jonathan veut bien réussir.

On recommande des choses, il le fait. C’est une question de temps dans son cas. S’il continue à faire ces choses-là, les buts vont suivre. C’est une mentalité, conclut Julien.

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