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Reprise du sport : les succès de la Corée du Sud vus par Ariane Fortin-Brochu

Une femme avec un masque parle à ses athlètes.

Ariane Fortin-Brochu (à droite) prodigue des conseils appuyée d'une interprète coréenne.

Photo : Courtoisie Ariane Fortin-Brochu

Jean-François Chabot

Arrivée au début du mois de janvier pour prendre en main la sélection nationale féminine de boxe de Corée du Sud, Ariane Fortin-Brochu a été à même de constater ce qui a été fait pour gérer la propagation de la COVID-19 et pour permettre la pratique sportive.

Le sport est en voie de retrouver toute sa place en Corée du Sud. Bien sûr, son regard privilégié s’est naturellement tourné vers les athlètes de haut niveau. Mais elle a aussi découvert que le sportif commun est à présent capable de trouver plaisir et réconfort sur son aire de jeu favorite.

Honnêtement, ils gèrent vraiment bien la crise ici, en tout cas selon mes humbles observations. À mon arrivée, j’ai eu une quarantaine de 14 jours à faire. Si on est résident, on peut aller chez soi, sinon c’est dans des hôtels ou des endroits spécifiques comme ça se fait au Canada, raconte l’ex-championne du monde.

Celle qui occupe aussi le siège présidentiel à la Fédération québécoise de boxe olympique (FQBO) a aussi dû se soumettre à des tests de dépistage avant le début de sa quarantaine et avant de rejoindre ses nouvelles protégées à l’entraînement.

Une application de localisation sur téléphone cellulaire a aussi permis aux autorités locales d’assurer qu’elle respectait les consignes et son lieu de résidence temporaire.

Tous les frais inhérents (tests et logement) ont été assumés par le gouvernement, ainsi que par la Fédération de boxe sud-coréenne qui l’a embauchée.

Une question de discipline

Il est clair, en prenant connaissance des observations d’Ariane Fortin-Brochu, que les Sud-Coréens sont beaucoup plus disciplinés que nous. Les statistiques liées au coronavirus ne mentent pas.

La population de la Corée du Sud est de 52 millions d’habitants. Les chiffres montrent entre 300 et 500 nouveaux cas par jour. Je n’ai pas fait de recherche, mais c’est ce qu’on me dit depuis que je suis arrivée. C’est minime comparé à nous. Ils ont bien géré ça. Ils ont testé massivement, souligne Fortin-Brochu.

Elle ajoute que le port du masque est une habitude qui était déjà bien ancrée, avant même la pandémie.

Les gens ici ne se sentent pas brimés de devoir porter le masque. Ça ne veut pas dire qu’ils tripent là-dessus ou qu’ils aiment ça (distanciation et autres mesures sanitaires). Il y a d’ailleurs un couvre-feu ici aussi maintenant, à 9 h le soir.

Une citation de :Ariane Fortin-Brochu

Il y a un peu plus de trois semaines, à la vue d’un récent recul du nombre de nouveaux cas, le gouvernement sud-coréen a permis la réouverture des cafés et des gymnases. Les restaurants, eux, n’avaient dans les faits jamais fermé leurs portes.

Du coup, les sportifs ont pu renouer avec l’activité physique. C’est à partir de ce moment-là qu’on a pu s’entraîner avec l’équipe nationale, explique-t-elle. Avant ça, ce n’était pas permis.

Le centre national, c’est super strict. C’est là où s’entraînent différentes équipes comme le rugby et plein de sports différents. Dès qu’il y a un cas de COVID, ça ferme parce que c’est géré par le Comité olympique (national) et le gouvernement. Les trois premières semaines d’entraînement (après mon arrivée), on les a faites à Chungju, située en province. C’est un peu comme si on allait au Saguenay, en zone orange.

Le privilège du sport

Ariane Fortin-Brochu insiste pour nuancer son récit. Elle explique qu’il n’est pas encore question d’un retour à la normale à 100 %.

Le mode de fonctionnement du centre national d’entraînement de Jincheon, à une heure et demie de route au sud de Séoul, impose une ligne de conduite stricte à quiconque y met les pieds.

C’est sûr que, pendant le camp, on ne doit pas sortir (c’est le concept de bulle). On est toujours à notre affaire, on s’entraîne deux à trois fois par jour. Tu vas manger, prendre ta douche et dormir avant de retourner t’entraîner. La routine de camp ne nous fait pas trop sentir le fait qu’on est restreints pour les sorties.

Une citation de :Ariane Fortin-Brochu
Un centre d'entraînement vu de l'extérieur, l'hiver

Le centre national d'entraînement de Jincheon

Photo : Courtoisie Ariane Fortin-Brochu

Pendant que les boxeuses sud-coréennes peuvent tenir des camps, les pugilistes du Canada n’ont toujours pas droit d’échanger des coups avec un adversaire.

Ariane Fortin-Brochu reconnaît que ses protégées et ses confrères entraîneurs sud-coréens ne s’étonnent qu’à moitié de la situation qui prévaut chez nous.

Ils me demandent surtout des nouvelles des athlètes de chez nous qu’ils ont connus lors de notre passage ici il y a un an. Je leur explique que l’on n’a pas d’entraînements. Ils sont surpris, oui et non. Ils n’ont pas repris la compétition non plus. Je ne pense pas que l’on pourra, d’ici les Jeux de Tokyo, tenir une rencontre (amicale) avec un autre pays ou amener des partenaires d’entraînement d’ailleurs.

Frustration à distance

En communication constante avec ses acolytes de la FQBO, la présidente Fortin-Brochu est bien au fait des derniers développements et de la réticence persistante de la santé publique à permettre la reprise du sport en territoire québécois, que ce soit en zones orange ou rouges.

Les fédés de sports de combat ont travaillé ensemble pour élaborer des protocoles sécuritaires. Ce qu’on a appris la semaine dernière, c’est que la santé publique s’inquiète davantage, semble-t-il, des rassemblements avant et après, au lieu de ce qui va se passer pendant l’entraînement.

Une citation de :Ariane Fortin-Brochu

Ça relève de la vie normale. Je vois mal comment ça pourrait être la responsabilité des clubs de s’assurer que les gens ne font pas de covoiturage en revenant. À un moment donné, c’est une question de sensibilisation générale, de la publicité que le gouvernement fait depuis des mois, soutient-elle.

Je suis très confiante qu’avec les protocoles en place dans les clubs, on peut faire ça de façon sécuritaire. S’il devait y avoir une éclosion, le protocole est en place pour que ça se limite tout de suite, répète-t-elle sur un ton légèrement exaspéré.

Est-ce que les jeunes et la population en général peuvent pratiquer leur sport favori en ce moment en Corée du Sud?

Je suis allée prendre une marche dans Séoul il y a trois jours. J’ai entendu des balles de baseball. Je me suis dit : "Mon Dieu!" J’ai mis une photo sur mon compte Instagram. J’ai écrit : "Wow, du sport organisé." C’était des gars en uniforme et pas un petit groupe dans la rue. Pendant une seconde, je me suis crue en 2019! C’était comme bizarre de voir du sport organisé dehors. Est-ce que c’est partout comme ça dans la ville? Je ne le sais pas.

Ariane Fortin-Brochu demeure convaincue que le sens collectif des Sud-Coréens leur offre ce genre de récompense réclamée ici à grands cris.

C’est aussi très présent dans les valeurs d’ici, dit-elle. Si on compare avec nous, je dirais qu’on est plus individualistes, tandis que les Coréens ont une conscience collective très forte. C’est une des choses qui fait en sorte que c’est plus facile pour eux d’accepter le port du masque sans broncher.

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