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Chronique

La vedette de la nouvelle saison de balle sera... une nouvelle balle

Un panier rempli de balles de baseball

Les balles de la marque Rawlings sont utilisées dans le baseball majeur depuis plus de 40 ans.

Photo : Getty Images / Mark Brown

Pour les amateurs de sport, le printemps commence toujours vers la mi-février quand les lanceurs et receveurs de la MLB entreprennent leur camp en Floride et en Arizona. En cette journée de tempête de neige, ça fait du bien à savoir.

Même si la COVID-19 sera encore omniprésente en toile de fond, la saison de baseball de 2021 s’annonce particulièrement intéressante.

Tous les regards sont déjà braqués sur les champions de la Série mondiale, les Dodgers de Los Angeles, qui miseront sur pas moins de trois lauréats du trophée Cy-Young dans leur rotation de lanceurs partants. Les Dodgers, qui comptaient déjà sur Clayton Kershaw et David Price, ont embauché le controversé Trevor Bauer il y a une dizaine de jours. En plus de ces trois as, l'équipe mise sur de jeunes lanceurs exceptionnels comme Walker Buehler, Tony Gonsolin et Dustin May, qui viennent à peine de franchir la mi-vingtaine.

C’est fou le genre de formation qu’on peut s’offrir avec une bonne équipe de recruteurs et un budget de 250 millions!

Pour les amateurs canadiens, la saison des Blue Jays de Toronto (ou de Buffalo) s’annonce aussi très positive en raison des embauches du voltigeur de centre étoile George Springer et du troisième-but/arrêt-court Marcus Semien.

Combinées au fait que les Red Sox sont en reconstruction, ces améliorations apportées à la formation des Blue Jays ont de fortes chances de leur permettre de participer aux éliminatoires l’automne prochain.


La nouvelle saison de balle sera aussi marquée par l’arrivée d’une nouvelle balle moins explosive qui devrait corriger une désastreuse tendance qui s’est amorcée en 2015 et qui a contribué à un important désintéressement des amateurs.

De plus en plus d’informations permettent de croire que les dirigeants de la MLB ont demandé au manufacturier Rawlings de modifier légèrement la confection des balles au milieu des années 2010 afin de stimuler la production de coups de circuit. Il en a résulté une balle dont les coutures étaient moins proéminentes. Ainsi, elles flottaient plus longtemps dans l’air parce que leur coefficient de traînée était inférieur à celui des balles traditionnelles.

Les lanceurs s’en plaignaient parce que les coutures moins prononcées rendaient leurs balles à effet moins efficaces et parce qu’elles favorisaient l’apparition d’ampoules sur leurs doigts.

En 2000, alors que l’ère des produits dopants battait son plein dans la MLB, 5693 circuits avaient été réussis. Puis, à compter de 2006, l’adoption d’une réglementation antidopage avait graduellement entraîné une diminution du nombre de longues balles. Si bien qu’en 2014, il ne s’était cogné que 4186 circuits. L’abolition du dopage avait pour ainsi dire ramené le baseball majeur 20 ans en arrière.

Visiblement, quelqu’un s’est dit que ce serait bénéfique de bonifier le spectacle en rendant les balles un peu plus vivantes. Si bien qu’entre 2015 et 2019, le nombre de coups de circuit a bondi jusqu’à 6776, soit près de 1100 longues balles de plus que durant l’ère des stéroïdes. Les frappeurs ont continué à flirter avec cette cadence folle durant la saison écourtée par la pandémie en 2020.

Voilà, un peu comme le créateur de Frankenstein, ceux qui ont eu l’idée de rendre les balles plus vivantes se sont retrouvés aux prises avec des problèmes qu’ils n’avaient pas imaginés.


Les balles étaient plus explosives, des entraîneurs particulièrement allumés ont conseillé à leurs athlètes de modifier leur élan pour soulever la balle davantage.

Rien qu’au sein de l’organisation des Dodgers, ce changement d’approche a permis de transformer des frappeurs peu puissants comme Jason Turner, Max Muncy et Corey Seager en cogneurs de 30 circuits et plus.

Les lanceurs se sont par ailleurs mis à utiliser la technologie et à modifier leurs méthodes d’entraînement pour maximiser le nombre de rotations de la balle et accroître la vitesse de leurs lancers.

La saison dernière, le nombre de retraits sur des prises (par équipe) a augmenté pour une 16e année de suite. Il se situait en moyenne à 6,30 en 2005 et s’établissait à un hallucinant taux de 8,68 la saison dernière.

La MLB s’est donc retrouvée à présenter un spectacle durant lequel il se passait de moins en moins de choses. En 2019, le magazine Sports Illustrated révélait que 36 % des présences au bâton se soldaient par un résultat (circuit, but sur balles ou retrait sur des prises) qui n’entraînait aucune action sur le terrain.

En plus, les matchs devenaient de plus en plus longs!

De fil en aiguille, des millions d’amateurs ont cessé de fréquenter les stades de la MLB. En 2019, il y en avait 5,5 millions de moins qu’en 2015 (il n’y avait plus de spectateurs du tout en 2020, mais c’est une autre histoire). Le désintérêt des amateurs a aussi été fortement ressenti à la télé. Les éditions 2019 et 2020 de la Série mondiale ont été les moins regardées des 50 dernières années.


La semaine dernière, donc, le site Athlétique révélait que les équipes avaient reçu une note en provenance du bureau du commissaire. Cette note les avisait que la méthode de fabrication des balles avait été légèrement altérée cette année et qu’il faudrait s’attendre à une diminution du nombre de circuits.

Essentiellement, une balle de baseball est un noyau de caoutchouc autour duquel on enroule un fil de laine. On le recouvre ensuite de deux pièces de cuir jointes par 108 coutures de fil rouge.

Pour les rendre moins vivantes cette année, on réduira la tension des deux ou trois premières couches de laine. La balle sera ainsi moins lourde (de façon presque imperceptible) et elle s’écrasera un peu plus sur les bâtons. Cela devrait, selon les experts, réduire sa distance de deux à trois pieds sur 375 pieds.

Les estimations prudentes laissent entrevoir une diminution du nombre de circuits d’environ 10 % cette saison. Le site Athlétique soulignait toutefois qu’en 2018, des modifications semblables apportées aux balles utilisées en Corée avaient fait chuter le nombre de circuits de 33 %.

Le temps nous dira à quel point cette modification nuira aux frappeurs. Mais chose certaine, il était temps qu’elle soit faite. Toute mesure forçant les gérants à user de stratégie pour fabriquer des points sera forcément applaudie par les amateurs de baseball.

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