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Chronique

La fois où Jean Béliveau m’a marqué son 500e but

Il patine derrière un filet dans l'uniforme du Canadien de Montréal.

Jean Béliveau

Photo : nhl.com

Les souvenirs d'enfance nourrissent notre passion pour le sport.

Ça a fait 50 ans jeudi. Le 11 février 1971, Jean Béliveau a marqué son 500e but dans la Ligue nationale. C’était à une époque où marquer 500 buts était encore une rareté. Seuls Maurice Richard, Gordie Howe et Bobby Hull l’avaient fait avant lui. Mais avec Béliveau, c’était différent. Il m’appartenait un peu. Je l’avais choisi.

J’ai grandi dans une famille où le hockey du samedi soir tenait de la cérémonie. Ce sont les Maple Leafs de Toronto qui m’ont appris la haine, Gordie Howe qui m’a enseigné la jalousie. Je n’ai pas vu jouer Maurice Richard. Alors pour moi, le Bleu-blanc-rouge, c’était d’abord et avant tout Jean Béliveau.

J’étais attaché à lui comme seul un enfant peut l’être. Il est encore aujourd’hui le seul joueur préféré que j’aie jamais eu. L’enfance offre de ces attachements inconditionnels qui n’ont pas leur pareil dans la vie.

Appuyé sur la bande, il sourit.

Jean Béliveau

Photo : NHL.com

Le 500e

C’est donc en idolâtrant Jean Béliveau que j’ai traversé mon enfance. J’en sortais doucement le soir du 11 février 1971. J’avais 11 ans.

Le Canadien disputait un dernier match à Montréal avant de partir dans l’Ouest. J’avais fait le calcul. Béliveau avait 497 buts au compteur. Il allait marquer le 500e loin de Montréal et loin de moi. Misère!

À l’époque, seul Radio-Canada nous proposait du hockey professionnel. Le samedi, c’était garanti. Il y avait aussi des matchs le mercredi soir, parfois. Mais je savais que les samedi et mercredi suivants, René Lecavalier allait gaspiller sa belle voix sur les Maple Leafs! Les Toronto!

Un espoir

En m’assoyant cérémonieusement devant le téléviseur le soir du 11 février, je conservais un mince espoir. Je me disais que Jean Béliveau allait m’offrir un tour du chapeau avec, en point d’orgue, son 500e but. Comme je ne vénérais pas que Béliveau, je priais en silence pour que ça se produise. Il ne pouvait pas aller marquer ce but-là ailleurs. C’était inconcevable. Je l’avais suivi toute ma vie. Il me devait bien ça.

Et j’ai été exaucé. Il me l’a marqué son 500e.

Je ne me souviens pas des 498e et 499e buts. Mais je revois encore très nettement le 500e, son entrée en zone adverse, sa feinte pour tromper Gilles Gilbert côté revers. J’ai vu la reprise 100 fois. Ce n’est jamais si beau que dans mon souvenir. Jamais.

J’ai été pris d’une telle émotion!

Cinquante ans plus tard, bien que j’aie consacré ma vie professionnelle au sport, je ne crois pas en avoir vécu beaucoup de semblables. J’y tenais tellement à ce but. J’avais le sentiment que Béliveau l’avait marqué pour moi.

Dans cette photo en noir et blanc, il tire la rondelle.

Jean Béliveau

Photo : NHL.com

Tradition

Quand on parle de tradition et d’attachement pour le Canadien, c’est à ce but que je pense. J’ai aussi connu la grande équipe de la fin des années 1970. J’ai admiré Guy Lafleur. Mais j’étais devenu adolescent. Les émotions étaient désormais teintées d’autres couleurs. Mon démon blond à moi s’appelait Nicole.

C’est quand on est enfant que ces rêves et ces exploits sportifs nous ravissent, nous enveloppent et nous habitent. Ils jettent la base de notre intérêt et de notre passion pour le sport pour le reste de notre vie.

Il salue la foule de la main droite.

Jean Béliveau lors d'une cérémonie d'avant-match en janvier 2009 à Montréal.

Photo : The Canadian Press / Paul Chiasson

Quand j’ai été père à mon tour, j’ai tenté de recréer ces moments privilégiés pour mon fils. Russ Courtnall était son joueur préféré... Mon fils a fini sur une planche à neige.

Un moment comme celui que j’ai vécu le 11 février 1971, c’est très rare. C’est comme l’aboutissement d’un grand amour.

C’est le bonheur que je souhaite aux enfants, aux tout jeunes partisans. Nous, on ne fait que chercher inlassablement à retrouver ces étincelles. Eux ne les ont pas encore vues.

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