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Une coureuse fait un égoportrait.

Nathalie Bisson lors de l'un de ses événements SEULS mais tous ENSEMBLE.

Photo : Gracieuseté Nathalie Bisson

Avec la pandémie, plusieurs coureurs ont perdu leur motivation et leurs repères. Sans course officielle, il est facile de reporter l’entraînement, ou même d’abandonner.

Pour Nathalie Bisson, coureuse, conférencière et coauteure du livre Le pace du bonheur, l’occasion est parfaite pour apprendre à courir libre. Sans montre, sans chiffres et sans stress.

C’est une philosophie qu’elle prône depuis quelques années, mais elle la trouve encore plus à propos ces temps-ci.

Elle a constaté que plusieurs de ses abonnés sur les médias sociaux vivaient très mal l’annulation des courses officielles pendant la pandémie. Les commentaires des coureurs privés d’objectifs, de médailles et de valorisation étaient bien déprimants.

Des gens écrivaient : "Je ne peux plus courir, qu’est-ce que je vais faire? Je n'ai plus de motivation. Je courais en gang avec un club de course." Ou "je visais le marathon d’Ottawa, il est annulé, qu’est-ce que je fais?" Voyons là, ça m'a frappé! Mon message, c'est d'apprendre à courir libre, de courir pour soi pour rester motivé.

Courir léger, ça n'a rien à voir avec une technique de foulée. C'est courir libre, sans panique, sans stress de quelques minutes, sans angoisse. Parce que le stress, ça paralyse.

Une citation de :Nathalie Bisson, coureuse et conférencière

Jeter la montre, lâcher prise

De beaux principes, mais comment y parvient-on? Nathalie Bisson le reconnaît, c’est difficile de lâcher prise, d’arrêter de regarder le temps de la course que l’on vient de faire ou notre vitesse.

J'ai jeté ma montre, affirme-t-elle. Je n’ai rien contre la montre, je ne suis pas en guerre contre la montre! Je suis plutôt en guerre contre la déception ou la frustration que ça peut générer, ou même l'abandon de ta passion si tu n'atteins pas tes objectifs. Mais si ça te sert de récompense et de valorisation, garde-la.

Lâcher prise, ce n’est pas simple. Nathalie Bisson évalue que ça lui a pris deux ans à vraiment être capable de courir sans avoir le réflexe de calculer ou de comparer ses temps. Elle admet qu’elle avait une motivation que d’autres n’ont pas : la polyarthrite rhumatoïde.

À 36 ans, lorsqu’elle a reçu son diagnostic, elle a commencé à bouger, en vélo tout d’abord, probablement pour faire un doigt d’honneur à la maladie. Et cinq ans plus tard, l’amour pour la course à pied l’a frappée. Le chemin n’a pas été facile. Elle calculait au départ ses premières sorties en nombre de maisons.

J’ai couru quatre maisons aujourd’hui!

Malgré la douleur, les kilomètres se sont enfilés jusqu’à courir des marathons.

Celle qui devait être en fauteuil roulant était maintenant grisée par le contrôle que la course lui donnait sur son corps. Elle avait décidé de bouger et ce n’est pas la polyarthrite qui allait l’arrêter.

C’est ce qu’elle croyait.

En 2013, elle a fait une grave rechute de la maladie. Son médecin lui a expliqué qu’elle a trop poussé la machine, elle était en surentraînement. Elle devait ralentir.

Après avoir durement encaissé le coup, elle a essayé de reconnecter avec son corps. De bouger à son rythme et non pas à celui de sa montre.

Quand j'ai commencé à faire des minutes de marche, chaque fois qu'il y avait une auto qui arrivait, je repartais à courir. Je croyais qu’ils se disaient : "Regarde la petite madame." Mais, attends un peu, je ne suis pas une petite madame qui marche! C'est le lâcher-prise. Dans le fond, les autres s'en foutaient complètement, c'était à moi de faire l'acceptation de ça.

Depuis le mois de mars, elle est officiellement en rémission de la polyarthrite rhumatoïde, un fait très rare.

La performance

Son message pour les coureurs déprimés : Allô, tu peux courir, ouvres la porte! Tu n'as pas besoin d'une médaille. Tu n’as pas besoin d'une course officielle pour courir.

Je veux que l’on arrête de valoriser la performance, dit-elle. C'est juste basé sur des chiffres. On est des humains, les statistiques, ça ne veut rien dire. Il faut valoriser la constance, la persévérance, l’endurance et les efforts. Pas juste l'arrivée à destination.

Elle court toujours des marathons, mais, sacrilège pour plusieurs coureurs, elle marche quand elle en a envie, s’arrête pour prendre des photos ou pour parler aux bénévoles. La première année qu’elle a couru libre, elle a retranché 12 minutes à son temps sur 42 kilomètres.

Aujourd’hui, ne lui demandez plus en combien de temps elle fait son marathon.

J'ai couru le marathon de Paris pour mes 50 ans en 2015. Tu ne peux pas courir et passer à côté de tous ces monuments-là sans les regarder!

En arrivant à l'hôtel, mon chum m'a dit : "On va aller voir ton temps sur Internet." J’ai dit: "Je n'en ai pas besoin, je n’en ai rien à cirer." J'avais complètement décroché des chiffres.

Une coureuse saute en l'air à l'arrivée.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Nathalie Bisson lors du marathon de Rimouski de 2017

Photo : Gracieuseté de Nathalie Bisson / Zoomphoto Pool

Une année, j'ai fini dernière à Rimouski [au marathon]. Au lieu de brailler ma vie, le lendemain, j’ai écrit sur ma page Facebook : "Hier, je suis la personne qui a couru le plus longtemps à Rimouski, c'est moi qui gagne!"

SEULS mais tous ENSEMBLE

Pour accompagner les coureurs esseulés, elle a lancé lors du premier confinement des événements Facebook intitulés SEULS mais tous ENSEMBLE. Les dimanches, elle invite les participants à aller courir, pour le plaisir, simplement.

Elle diffuse en direct un petit discours de motivation et fait un départ officiel.

Il y a des gens de partout au Québec, des Îles-de-la-Madeleine à Gatineau, dit-elle, réjouie. C'est motivant d'avoir un sentiment d'appartenance, de faire partie d'une communauté. Chaque semaine, je propose une couleur. Cette semaine, c'est le jaune. Tous les gens qui le peuvent se mettent un vêtement jaune. Après ça, sur le groupe des adeptes du Pace du bonheur, les gens envoient leurs photos et je fais un beau montage. On a déjà été jusqu'à 565. Cette semaine, on était 159 et il faisait -20, je jubile!

Un collage de plusieurs photos de coureurs dehors l'hiver

Quelques participants à l'un des événements SEULS mais tous ENSEMBLE.

Photo : Gracieuseté de Nathalie Bisson

Elle croit que le rendez-vous dominical survivra à la pandémie.

Les gens ont besoin de se connecter. Les gens ont besoin d'avoir un rendez-vous. Les gens ont besoin de quelqu'un qui leur dit 5, 4, 3, 2, 1, GO. On part seul, mais tous ensemble. C'est rassembleur, ça ne coûte rien et c'est du bonheur.

La pandémie a retardé plusieurs de ses projets, dont celui d’organiser un marathon Pace du bonheur, mais est devenue une occasion en or de partager sa philosophie au plus de gens possible.

Sortez, bougez, un pas à la fois, un pâté de maisons à la fois. Chaque petite victoire compte, et arrêtez de vous comparer.

Retournons à la base. Ce que je veux que les gens comprennent, c’est que l’on n’a pas besoin d’être un athlète pour bouger, c’est tout.

Une citation de :Nathalie Bisson, coureuse et conférencière

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