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Les ex-joueurs noirs de la NFL victimes d'inégalités en santé

Ils ont un genou au sol.

Trois joueurs de football pendant l'hymne national

Photo : Reuters / USA Today Sports

Jouer dans la ligue sportive professionnelle qui génère le plus de revenus sur la planète ne met pas les athlètes à l’abri des inégalités sociales.

C’est un constat fait par des chercheurs de l’Université Harvard qui ont sondé 3794 ex-joueurs de la NFL, âgés de 24 à 89 ans, sur leur qualité de vie en général.

Ils ont constaté qu’il y a des disparités importantes entre l’état de santé des ex-joueurs blancs et ceux issus des minorités, particulièrement auprès des afro-descendants.

  • Cette analyse démontre que les ex-joueurs noirs ont 50 % plus de risque que les Blancs de souffrir de douleurs physiques et mentales qui les gênent au quotidien.
  • Ils ont aussi 36 % plus de risques d’avoir des troubles cognitifs, tels que des pertes de mémoire et des troubles de l’attention.
  • Les anciens joueurs noirs de la NFL sont aussi 90 % plus susceptibles d’avoir un dysfonctionnement physique que leurs collègues blancs.

Des disparités ont aussi été observées chez les joueurs issus d’autres minorités, tels que les Hawaïens, les Premières Nations et les Asiatiques, mais le fossé le plus important reste entre les Noirs et les Blancs.

Les chercheurs estiment que la discrimination raciale en général aux États-Unis, mais particulièrement dans le système de santé, explique ces disparités. D’ailleurs, d’autres études ont prouvé que les non-Blancs américains sont plus à risque de recevoir des soins de santé de moindre qualité que les Blancs.

On pourrait croire que les athlètes d’élite sont à l’abri des iniquités dans le système de santé, écrit un des chercheurs de l’étude, Marc Weisskopf, professeur en épidémiologie environnementale à l’Université Harvard. Notre analyse confirme toutefois le contraire et révèle d’importantes disparités en ce qui concerne la qualité de vie des anciens athlètes.

Ces fossés en santé sont bien documentés aussi dans la population en général et demandent des interventions à court et long terme.

Les chercheurs affirment avoir isolé d’autres facteurs comme le nombre de saisons jouées dans la NFL, la position du joueur, les chirurgies, l’utilisation de drogues ou de médications, les habitudes de vies comme la consommation d’alcool et le tabagisme et, malgré tout, les différences entre les Blancs et les Noirs ont persisté.

En 2019, 70 % des joueurs de la NFL provenaient d’une minorité ethnique et la plupart étaient des afro-descendants. Ils sont en moyenne plus riches et plus éduqués que la population en général.

Militer avec les données

Les résultats de cette analyse n’ont pas surpris Suzanne Laberge, sociologue du sport et professeure titulaire à l’Université de Montréal.

Même s'ils sont riches, la richesse ne donne pas la santé, reconnaît-elle. Même s'ils sont des sommités ou des gens très célébrés, le fait d'être dans une minorité qui est l'objet d'une discrimination, ça fait partie des déterminants sociaux qui font en sorte qu'il y a des inégalités sur le plan de la santé.

À savoir si de mettre en lumière le fait que des sportifs de haut niveau vivent cette discrimination pourrait sensibiliser davantage de gens à cette réalité, la professeure Laberge n’en est pas convaincue.

Selon elle, les auteurs avaient probablement comme objectif de montrer que le sport ne garantit pas, ne permet pas de passer outre d'autres déterminants profonds au sein de nos sociétés comme les inégalités sociales.

Et de démontrer que le sport n’est pas toujours synonyme de bonne santé. Les commotions cérébrales et les blessures récurrentes des sportifs de haut niveau en sont de bons exemples.

Cette analyse fait partie d’une large étude de 10 ans sur la santé physique et mentale des joueurs de la NFL qui a débuté en 2013. Elle est financée par l’Association des joueurs de la NFL (NFLPA). Son volet sur les commotions cérébrales est celui qui a été le plus visible dans les médias.

La NFLPA a probablement des intentions militantes avec cette analyse, la professeure Laberge en est convaincue.

Actuellement, il y a beaucoup d'activisme chez les athlètes noirs américains. Ça répond à la situation actuelle qui est vécue aux États-Unis, qui est vraiment d'une violence incroyable par rapport aux Noirs. Et le sport est aussi partie prenante des débats sociaux. Il y a de la discrimination auprès des athlètes, purement au niveau sportif, ça aussi, c'est l'objet d'études.

Ça ne fait que refléter ce qui se passe dans le restant de la société américaine et, compte tenu du problème, il y a de plus en plus d'activisme chez les athlètes noirs américains.

Le syndicat des joueurs ne cache pas d’ailleurs son désir de combattre les inégalités sociales et de promouvoir la diversité. Il n’est pas le seul. L’Association des joueurs de la NBA (NBPA) a plusieurs initiatives qu’elle décrit elle-même comme de l’activisme pour faire la promotion de changements positifs dans la société.

La NFLPA ou la NBPA ne vont probablement pas mettre fin du jour au lendemain à des inégalités qui existent depuis presque toujours aux États-Unis, mais elles ont manifestement les moyens financiers de les documenter et de leur donner plus de visibilité.

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