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Photo de Xavier Jourson courant dans la rue, en noir et blanc.

Xavier Jourson s'entraîne en vue de participer au triathlon Norseman en 2022.

Photo : Radio-Canada / Fabien Kouamé

Xavier Jourson

Nous y sommes, notre fameux mois, notre moment de gloire : le Mois de l’histoire des Noirs. Une commémoration annuelle où toutes les communautés noires s’élèvent pour encenser leurs illustres prédécesseurs.

Le projet auquel je me consacre depuis bientôt un an occupe ma tête et mon corps à temps plein. Mais j’ai eu envie de prendre une toute petite pause pour réfléchir à ceux qui sont passés avant moi. Cette réflexion fait naître une importante question : qu’est-ce que je veux léguer à mon tour, en devenant le premier homme noir à participer à cet événement d’envergure?

Ancien joueur professionnel de rugby en France, Xavier Jourson s'est lancé un défi herculéen au début de la pandémie : participer dans deux ans à l’un des triathlons les plus extrêmes, le Norseman, en Norvège. Cependant, il y a un hic : il n’a jamais fait de triathlon de sa vie! Radio-Canada Sports accompagne Xavier dans cette quête physique et personnelle.

Le Dr Martin Luther King, ce père spirituel, est pour moi un véritable héros. C’est cet homme qui a développé en moi ces valeurs que sont l’amour et l’égalité. Je remercie le ciel de m’avoir permis de découvrir ce modèle d’influence.

Au passage, Dr King, je sais que vous m’écoutez de là-haut. J’ai une douleur en moi : le combat n’a pas bougé depuis que vous êtes parti…

J’ai longtemps jalousé la génération qui m’a précédé, celle qui a eu la chance d’être inspirée par des Michael Jordan, Spike Lee, Tupac, etc. Avec du recul, je suis chanceux d’avoir eu LeBron, Barack et toi, Colin Kaepernick.

Chaque geste entraîne après soi une responsabilité éternelle

Tout bascule en septembre 2016, où ton geste prend une ampleur médiatique et symbolique. Alors, j’ai bien conscience que c’est pour manifester, pour contrer, pour dénoncer.

Grand frère, j’ai une question : comment en vient-on à penser, avant une rencontre de football, à poser un genou au sol? Pourquoi un genou?

Colin Kaepernick est immobile, un genou au sol.

Colin Kaepernick, un genou au sol pendant l'hymne national américain chanté au Levi's Stadium de Tampa avant un match des 49ers de San Francisco contre les Buccaneers, en octobre 2016

Photo : Getty Images / Ezra Shaw

Avant toi, pour Tommy Smith, c’était le poing. Mais le genou m’a toujours intrigué. Ton action a du mérite, mais elle t’a coûté ta carrière. Mis au banc de la NFL depuis 2017, tu es ce que l’on peut appeler un sacrifice vivant!

Que s’est-il passé dans ta tête à ce moment-là? J’ose imaginer le sentiment d’injustice. Cela dit, ton geste a eu un impact mondial. Maintenant, tout est propice à mettre son genou au sol. Ton geste est devenu une marque contre les injustices raciales. Utilisé par des sportifs, des artistes, des comédiens, jusqu’à des chefs d'État, c’est devenu un outil de communication.

Une responsabilité éternelle pèse maintenant sur tes épaules.

Un changement en prépare un autre

Depuis, le monde a changé, mais toi, que deviens-tu? Où en es-tu dans ta vie? Ton football, ta communauté? Si j’ai bien compris : Vivons cachés, vivons heureux?

Le message qui me vient, après seulement un an dans ma transition, est qu’il faut avoir une foi inébranlable en ce que l’on fait. Plus j’avance dans ton histoire, plus je lis les déboires que ce geste t’a coûtés… Quelle force tu as!

Photo de Xavier Jourson lisant un livre assis sur un sofa.

Pour Xavier, l'inspiration est source de motivation dans l'atteinte de son objectif.

Photo : Radio-Canada / Fabien Kouamé

Toutefois, un changement en prépare un autre. J’ai décidé, moi aussi, de marcher sur tes pas. C’est décrété, je veux être un acteur de changement. Transformer les mentalités par un acte symbolique. C’est la responsabilité que je me suis fixée.

Ambitieux ou prétentieux? L’avenir nous le dira, mais hélas, je dois moi aussi déjà affronter la critique. Je continue néanmoins d’avancer, tout en pesant les conséquences d’un possible échec.

Mon message en ce mois important est : faisons les choses avec responsabilité et amour. Trop souvent, ce dernier terme est éclipsé. Pourquoi d’ailleurs? Est-ce parce qu’on le juge incompatible avec notre communauté?

J’ai confiance. Ne nous résignons pas. Notre génération talentueuse apporte son lot de surprises.

Frère, si je finis la course au sommet du Gaustatoppen, aurai-je le droit de mettre un genou au sol, moi aussi?

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