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Le Canada n'appellera pas au boycottage des Jeux de Pékin

Plan de profil d'un dirigeant en entrevue

Le chef de la direction du Comité olympique canadien, David Shoemaker

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Les comités olympique et paralympique du Canada (COC et CPC) ne comptent pas boycotter les Jeux d'hiver de Pékin, en 2022, malgré l'appel en ce sens émis par 180 associations politiques ou de défense des droits de la personne mercredi.

Les deux instances nationales ont signalé leur intention dans une lettre coécrite par David Shoemaker et Karen O’Neill, respectivement chefs de la direction du COC et du CPC, qui s'intitule Beijing 2020 : un boycottage n’est pas la solution et qui a été publiée dans La Presse+ et dans le Globe and Mail.

Pékin fait face à de vives critiques en Occident pour sa récente reprise en main du territoire semi-autonome de Hong Kong ou encore pour son traitement des musulmans ouïgours et des Tibétains. Aux États-Unis, des élus ont déposé un projet de résolution au Sénat pour demander au CIO de retirer l'organisation de l'événement à la Chine, en raison de ses violations flagrantes des droits de l'homme.

« Il y a des moyens qui sont plus grands, qui peuvent avoir plus d'impact que les Jeux. Et ça, c'est aux experts d'y travailler, comme du côté du gouvernement, de l'ambassade. Par les Jeux, on a de la difficulté à faire le lien entre un boycottage et le fait de faire avancer la cause. »

— Une citation de  Eric Myles, chef du sport du Comité olympique canadien

Les regroupements olympique et paralympique canadiens se disent préoccupés par les agissements de la Chine concernant les droits de la personne, ainsi que la détention des Canadiens Michael Kovrig et Michael Spavor. Mais, selon eux, le boycottage n'est pas la solution.

Nous croyons plutôt que les intérêts de tous les Canadiens et de la communauté mondiale progresseront davantage grâce aux compétitions et par la célébration des performances et des valeurs canadiennes sur la scène olympique et paralympique, écrivent-ils.

Boycottage et JO : une longue histoire

Les boycottages ont été nombreux dans l'histoire des Jeux olympiques. Par exemple, en 1976 à Montréal, tous les pays africains, sauf le Sénégal et la Côte d'Ivoire, ont quitté la métropole avant le début des JO pour protester contre la présence de la Nouvelle-Zélande qui avait vu son équipe de rugby participer à une tournée en Afrique du Sud peu de temps auparavant.

Quatre ans plus tard, à Moscou, un groupe de pays mené par les États-Unis, et dont faisait partie le Canada, a boycotté les Jeux pour s'opposer à la présence soviétique en Afghanistan. Les Soviétiques y sont restés 10 ans de plus.

En 1984, c'est l'URSS qui a renoncé aux Jeux d'été de Los Angeles, faute de sécurité adéquate pour ses athlètes, prétendait-elle.

Même en 1936, certains pays, dont les États-Unis, voulaient mettre une croix sur les Jeux de Berlin avec l'arrivée du régime nazi au pouvoir.

Des voix de protestation se sont également fait entendre quelques mois avant les Jeux de Pékin en 2008. À l'époque, c'était surtout la cause tibétaine qui avait motivé ces initiatives. Celles-ci sont désormais concentrées sur le traitement des Ouïgours.

Selon des études d'instituts américain ou australien, au moins un million de membres de cette minorité musulmane ont été internés dans des camps de la vaste région du Xinjiang (nord-ouest) et certains ont été soumis à du travail ou à des stérilisations forcés.

La Chine dément catégoriquement les deux dernières accusations et affirme que les camps sont des centres de formation professionnelle destinés à éloigner la population de l'extrémisme religieux, après une série d'attentats attribués à des Ouïgours.

De manière générale, la situation en matière de droits de la personne s'est détériorée de façon exponentielle depuis 2008, affirme Sophie Richardson, directrice chinoise de l'organisation Human Rights Watch.

Le boycottage n'est toutefois pas la façon de résoudre la situation, selon les responsables canadiens.

« Nous croyons qu’il ne s’agisse rien de plus qu’une solution de rechange convenable et politiquement peu coûteuse au recours à une véritable diplomatie significative. Les boycottages ne fonctionnent pas. Ils punissent seulement les athlètes qui devaient participer aux épreuves, leurs adversaires et ceux pour qui ils auraient été une source d'inspiration. »

— Une citation de  David Shoemaker et Karen O’Neill

Face aux seules options qui s’offrent à nous, soit d’aller aux Jeux ou de ne pas y aller, notre approche est d’être présents et de participer à la conversation, soutiennent David Shoemaker et Karen O’Neill.

Dick Pound, l'un des plus influents membres du Comité international olympique, a dit au Globe and Mail que le Canada devrait résister à un appel au boycottage des Jeux olympiques de 2022.

Des jeunes gens qui se réunissent pendant des moments difficiles pour participer de façon pacifique à des compétitions sportives, voilà un message qui mérite d'être transmis et un canal qui mérite de demeurer ouvert même quand les gens du gouvernement sont en colère les uns contre les autres, a déclaré l'avocat montréalais.

La Chine se dit prête dans tous les cas

Les Jeux d'hiver de Pékin doivent se mettre en branle le 4 février 2022, soit six mois seulement après les Jeux d'été de Tokyo.

Comme à son habitude, la Chine n'affiche aucun retard dans sa préparation. Tous les sites de compétition, dont certains hérités des JO d'été de 2008, sont déjà construits, selon les médias d'État.

Des feux d'artifice surplombent un stade rempli et illuminé.

La cérémonie d'ouverture lors des Jeux d'été de Pékin, en 2008

Photo : The Canadian Press / Paul Chiasson

Pour l'instant, ni l'appel au boycottage ni la pandémie de COVID-19 ne refroidissent les ardeurs du gouvernement chinois.

Il nous incombe non seulement de réussir l'organisation de cette grande fête que sont les Jeux olympiques d'hiver, mais aussi de les rendre spéciaux, exceptionnels et uniques, s'est exclamé le mois dernier le président Xi Jinping, en visant les sites de compétition.

Néanmoins, le compte à rebours vers la cérémonie d'ouverture a été lancé sans tambour ni trompette. Une discrétion qui contraste avec août 200. À 12 mois des JO de 2008, environ 10 000 personnes s'étaient alors rassemblées à la place Tiananmen pour une cérémonie spectaculaire avec feux d'artifice.

Avec l'épidémie, il y aura certainement beaucoup moins de spectateurs étrangers et l'ambiance ne sera pas aussi bonne, dit Bob Tian, courtier en assurance de 32 ans rencontré dans une rue de Pékin.

Mais ça ne devrait pas empêcher la tenue et la retransmission des compétitions. Je ne pense pas que les Jeux d'hiver seront reportés.

(Avec les informations de Marie-José Turcotte)

Avec les informations de Agence France-Presse

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