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Chronique

Les quarantaines gênent aussi les cerveaux en F1

Des voitures, entourées de travailleurs, sont sur le plancher.

Vue générale de l'usine de l'équipe Haas à Banbury en Angleterre

Photo : Twitter / Haas F1 team

La F1 souffre comme les autres sports de la pandémie qui s'étire en raison de la découverte de variants du coronavirus. Cela nuit au travail préparatoire et fragilise le calendrier de la saison 2021 qui pourrait encore changer.

On a vu tous les problèmes que la quarantaine obligatoire a créés aux joueuses et joueurs inscrits aux Internationaux de tennis en Australie.

Certains athlètes pouvaient s’entraîner, d’autres non. Plusieurs se sont sentis prisonniers dans des cages, même dorées.

En judo aussi la quarantaine obligatoire après les tournois internationaux empêche les athlètes canadiens de s'entraîner à l’Institut national du sport du Québec pendant les 15 jours après leur retour au pays. Participer à deux tournois internationaux, c'est un mois d'entraînement qui s'envole. C'est un pensez-y-bien à cinq mois des JO.

C’est aussi un gros problème en F1. Des ingénieurs sont bloqués en raison des quarantaines mises en place dans certains pays européens.

L’équipe Haas a, cet hiver, construit sa nouvelle voiture à l’usine même de Banbury en Angleterre. Une démarche rendue possible par la réglementation technique qui n’impose que quelques modifications aérodynamiques aux voitures de 2021 (voir plus bas).

En raison du partenariat technique avec Ferrari, les deux entreprises ont décidé cet hiver de construire les morceaux du casse-tête à Maranello (où est située l'usine de Ferrari) et de faire le montage de la voiture en Angleterre. Mais les ingénieurs italiens sont obligés de respecter une quarantaine en touchant le sol britannique. Ce qui retarde le travail.

Plusieurs équipes ont déjà fait rugir leur nouveau moteur, comme Alfa Romeo-Sauber le 15 février, qui a pu allumer le bloc Ferrari à l'usine de Hinwil en Suisse.

L'équipe Haas ne peut toujours pas le faire et a confirmé qu'elle attendra les essais à Bahreïn pour faire démarrer le moteur italien.

Certaines équipes ont déjà dévoilé leur nouvelle auto.

La monoplace orange et bleue sort d'un virage.

La McLaren MCL35M sur le circuit de Silverstone le 16 février

Photo : Twitter / McLaren Racing

C'est le cas de McLaren qui a fait tourner le mardi 16 février dans le cadre d'une journée publicitaire la MCL35M sur le circuit détrempé de Silverstone.

L'équipe commence sa collaboration technique avec Mercedes-Benz, et c'est le bloc allemand AMG-M12 qui est maintenant dans la voiture (au lieu du bloc Renault utilisé en 2020). Changer de motorisation, c'est un défi pour les ingénieurs, qui espèrent avoir réussi l'intégration du moteur dans le châssis.

Visiblement, l'équipe britannique n'a pas eu les mêmes soucis qu'Haas pour installer le moteur allemand dans le châssis de la MCL35 à l'usine de Woking.

Chacun sa mission à Bahreïn

Idéalement, les équipes voudront faire tourner les voitures dans le respect de la réglementation sportive, pour les dégrossir et éliminer avant Bahreïn les habituels problèmes de mise en route. Ce ne sera pas possible pour Haas.

Lors des essais, prévus du 12 au 14 mars, les équipes auront donc des cahiers de charges bien différents. Chez Haas, on se croisera les doigts que le moteur Ferrari ne fasse pas vibrer la voiture au point de gêner le pilote ou carrément de brûler des éléments de carrosserie.

Le temps de piste sera minimal. Quand on y pense, trois jours d’essais, c’est une journée et demie par pilote. Autrement dit, très peu de tours pour ceux qui découvriront leur nouvelle voiture.

Surtout pour les pilotes arrivés dans leurs nouveaux quartiers, notamment Sebastian Vettel avec Aston Martin et Carlos Sainz avec Ferrari.

Il est assis dans son Aston Martin.

Sebastian Vettel fait mouler son siège.

Photo : Aston Martin / Twitter

Heureusement pour l’équipe américaine, les voitures de 2021 sont des évolutions des monoplaces de 2020. La nouvelle Aston Martin destinée à Lance Stroll et à son nouveau coéquipier ne devrait pas nous surprendre le jour de son dévoilement le 3 mars.

La FIA a toutefois imposé quelques changements aérodynamiques pour tenter d’éliminer les problèmes de pneumatiques rencontrés la saison dernière.

Depuis l’arrivée de la nouvelle génération de moteurs en 2014, les temps au tour ont fondu. Prenons la référence du circuit de Silverstone, dont la configuration est la même depuis cette année-là.

Entre 2015 et 2020, les temps ont perdu tout près de 8 secondes : 1 min 32 s 248/1000 en 2015 (Hamilton en pole), 1:24,303 en 2020 (Hamilton en pole). Faites le calcul : 7,945 secondes.

Les pneus Pirelli souffrent de plus en plus, et on l'a vu de façon parfois cruelle en 2020. Or, ils sont le seul point de contact avec la piste, donc les pilotes doivent avoir confiance. Ce qui n’était plus le cas l'an passé.

Parlez-en à Stroll qui roulait en 4e place en Toscane sur le circuit du Mugello quand son pneu arrière gauche a éclaté au 43e tour. La voiture a fini sa course dans les pneus de protection et a ensuite pris feu.

Un préposé s'affaire près des pneus de protection.

Lance Stroll sort de sa voiture accidentée au circuit du Mugello.

Photo : TSN

Il y avait eu une défaillance similaire d'un pneu Pirelli à la toute fin du Grand Prix de Grande-Bretagne quand Lewis Hamilton avait terminé la course avec un pneu avant gauche complètement délaminé.

Une monoplace F1 noire, de profil, avec un pneu crevé.

Le pneu avant gauche détruit de la Mercedes-Benz de Lewis Hamilton à Silverstone en 2020.

Photo : 2020 pool / Pool

Donc, pour ralentir les voitures, il fallait diminuer l'efficacité aérodynamique.

La FIA et le groupe Formula One ont donc imposé aux équipes de redessiner le fond plat des voitures, cette grande plaque de fibre de carbone avec une planche de bois en son centre qui protège les composantes de la voiture.

Le fond plat sert aussi à faciliter la circulation de l’air vers l’arrière de la voiture. Il est devenu une véritable œuvre d’art, faite de courbes, d'appendices et d'ouvertures, et savamment étudiée en soufflerie.

Une plaque de fibre de carbone

La partie arrière (et extérieure) du fond plat d'une F1 en 2018

Photo : YouTube

La FIA a imposé pour 2021 qu’on coupe le fond plat devant les roues arrière, en forme triangulaire, et qu’on élimine les appendices autour des roues avant.

De plus, la FIA a également imposé que les équipes dessinent à nouveau les écopes des freins arrière et le diffuseur sous l’aileron arrière.

Ces changements ont comme objectif de faire perdre 20 % d’appui aux voitures par rapport à 2020.

L'esquisse d'une formule un

Dessin de la nouvelle coupe du fond plat d'une F1 en 2021, plus effilée devant les roues arrière (en rouge, ce qui disparaît).

Photo : FIA

L’objectif avoué est de revenir aux chronos de 2019, mais déjà les ingénieurs travaillent à réduire l’écart. Ils croient pouvoir revenir aux chronos de 2020 dans le courant de la saison.

Les autorités de la F1 avaient déjà imposé aux équipes un plafond budgétaire de 145 millions de dollars américains à compter de 2021 pour limiter le développement et ainsi la performance.

Après avoir simplifié le fond plat des voitures, elles ont fait un pas de plus, le 11 février, en réussissant à convaincre les équipes d'accepter un gel du développement des moteurs de 2022 à 2026.

Pour limiter les coûts associés à ces moteurs V6 hybrides horriblement onéreux, et pour permettre à l'équipe Red Bull de garder les moteurs Honda, malgré le départ du géant japonais.

Il regarde les mécaniciens travailler sur la voiture.

Un ingénieur de Honda dans le garage de l'équipe Red Bull

Photo : Getty Images / Mark Thompson

L'équipe autrichienne créera sa division Red Bull Powertrains Limited et deviendra motoriste à compter de 2022 avec des moteurs Honda renommés Red Bull. Déjà, elle propose ses futurs moteurs à qui voudra. L'équipe Williams, courtisée par Renault, pourrait étudier cette avenue.

D'ici là, Red Bull travaillera en 2021 avec les ingénieurs de Honda pour une ultime saison. Ça, bien sûr, c’est si la pandémie de COVID-19 ne vient pas bouleverser les façons de faire.

C’est déjà le cas avec la préparation hivernale des équipes en vue des essais de mars.

La F1 a traversé tant bien que mal la saison dernière avec un calendrier allégé et des destinations inédites.

Elle naviguera encore à vue cette année, et il est fort possible que les équipes se concentrent plutôt à travailler sur la révolution technique de 2022.

Déjà, le calendrier a été modifié avec des changements au début de la saison. Le Grand Prix d’Australie sera disputé à l’automne. Les courses prévues en Chine et au Vietnam ont été retirées. Un Grand Prix sur le circuit d’Imola en Italie a été ajouté.

Des pourparlers sont en cours pour ne pas perdre le Grand Prix de Chine en 2021. Il est, paraît-il, le premier sur la liste d'attente si une autre épreuve devait être annulée. N'y comptez pas trop.

Muni d'un masque orange, il marche et regarde le photographe.

Stefano Domenicali, président du groupe Formula One

Photo : Getty Images / Rudy Carezzevoli

Le nouveau président du groupe Formule One, Stefano Domenicali (qui remplace Chase Carey), admet que la situation de la pandémie et l'apparition des variants du virus compliquent les choses.

Il se fie sur l'expérience acquise en 2020 et sur la compréhension des promoteurs pour que tout se déroule de façon sécuritaire.

Cela veut-il dire que la F1 pourrait encore présenter des courses à huis clos? C'est possible, mais si vraiment la situation l'exige. Le site officiel de la F1 a déjà mis en vente les billets pour le Grand Prix d'Espagne, présenté le week-end du 9 mai.

Le Canada a-t-il sa place?

Dans ce contexte, il est fort possible que d’autres changements au calendrier surviennent. Des rumeurs ont surgi voulant que les courses prévues à Bakou, à Monaco et à Montréal soient reportées ou annulées.

Des sites spécialisés n'ont pas hésité à les éliminer (grossièrement) du calendrier déjà remanié de 2021.

Des croix vertes sur certains grands prix

Le calendrier 2021 retouché de la F1

Photo : F1

Si on se fie à ce qui s'est passé en 2020, le Grand Prix du Canada devra être disputé avec public, ou n’aura pas lieu. C'était en tout cas pour le président de la course François Dumontier une condition non négociable.

Une course sans spectateur, ce n'est pas viable pour moi, avait dit M. Dumontier.

Avec les variants du coronavirus qui lui permettent de poursuivre ses ravages, avec les restrictions sanitaires actuelles, notamment la quarantaine obligatoire à l'arrivée à Montréal, on se dirige vers un scénario identique à celui de 2020. Les billets pour cette année ne sont toujours pas mis en vente.

François Dumontier a des discussions avec la santé publique, la Ville de Montréal et le groupe Formula One.

Le Grand Prix du Canada, qui doit avoir lieu le 13 juin, suit d'une semaine le Grand Prix d'Azerbaïdjan. C'est ce qu'on pourrait appeler en langage de baseball un programme double, mais dans des villes séparées géographiquement par 8924 km.

Le personnel des équipes débarquera au plus tôt le mardi au Québec et ne restera que six jours dans la métropole. Impossible de mettre qui que ce soit en quarantaine.

La F1 prendra-t-elle le risque, d'un point de vue sanitaire, de faire un voyage éclair en sol nord-américain? Les bulles mises en place par la F1 en 2020 sont-elles assez étanches pour assurer ces longs déplacements en toute sécurité?

La Principauté de Monaco a déjà démenti en confirmant qu’elle présenterait en mai ses trois week-ends de course au programme, soit les F1 historiques le 25 avril, la formule E le 8 mai et la F1 du 20 au 23 mai.

Il roule près des bateaux amarrés sur le circuit urbain de Monte-Carlo.

Sebastian Vettel dans les rues de Monaco dans sa Ferrari en 2018

Photo : Getty Images / Mark Thompson

Quant au Grand Prix d'Azerbaïdjan, il avait rapidement déclaré forfait en 2020, le 23 mars, en raison des infrastructures lourdes à mettre en place en plein cœur de la ville de Bakou.

Où en sera la pandémie à la fin du mois de mars? La semaine de relâche aura-t-elle des effets négatifs sur la propagation du virus? Où en sera la vaccination massive? D'autres variants nargueront-ils les chercheurs et le personnel de la santé?

On devrait savoir d'ici le début officiel du printemps si les rumeurs d'annulation des courses à Bakou, à Monaco et à Montréal sont fondées.

C’est encore la grande incertitude en F1 et, malgré tout, les équipes doivent se préparer en usine en tenant compte des directives sanitaires nationales.

La saison à venir risque d’être aussi compliquée à traverser que celle de 2020.

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