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La folie du Vendée Globe dans l'oeil du directeur de course

Un homme pose dans une marina.

Jacques Caraës, directeur de course du Vendée Globe

Photo : afp via getty images / LOIC VENANCE

Le patron du Vendée Globe avoue qu’il n’a pas beaucoup dormi depuis le 8 novembre, quand le tour du monde sans escale et sans assistance s'est mis en route. Même si certains navigateurs sont déjà arrivés et que le podium est connu, il continue de veiller sur ceux qui essayent de terminer cette course infernale. Jacques Caraës a confié à Radio-Canada Sports que cette édition est complètement folle.

On n’aurait jamais pu imaginer une arrivée aussi serrée, dit-il. Quand j’étais sur le bateau pour accueillir le premier, l’émotion était à son comble. C’est une course tellement difficile, alors de voir le premier arriver, on partage cette émotion avec l’équipe et avec les proches du navigateur. Malgré les mesures sanitaires où l’on a dû réduire le nombre de spectateurs, chacun y a trouvé son compte malgré tout. Et la fête était quand même au rendez-vous.

Jacques Caraës est conscient que le suspens était total, car ce n’était pas forcément le premier qui franchirait la ligne (Charlie Dalin) qui serait sur la plus haute marche du podium. Il faut rappeler que le jury de la course avait octroyé des bonifications de temps aux marins qui se sont détournés pour porter assistance à Kevin Escoffier, dont le bateau avait coulé. C'est finalement Yannick Bestaven, 3e à l'arrivée et crédité de 10 h 15 min, qui l'a emporté.

Il est vrai que le système de compensation de temps est venu ajouter au sprint final. Mais on ne peut pas faire autrement. Ce sont les valeurs primordiales de ce sport de la mer qu’est la voile océanique, et il ne faut pas les perdre de vue. C’est peut-être un des rares sports où les concurrents peuvent porter assistance aux autres. Dans le milieu maritime, on sait mettre son voyage ou sa course de côté pour sauver quelqu’un en difficulté dans ces milieux aussi hostiles que sont les océans.

S’il n’y avait pas ce système de compensation, l’esprit risquerait de s’effriter. Les calculs n’ont pas été faciles à faire et on s’est même demandé à un moment si on n’aurait pas dû donner aux trois marins qui s’étaient détournés plus de temps compensatoire, explique Jacques Caraës.

Un sauvetage épique

C’est avec la voix encore pleine d’émotion que le directeur de la course est revenu sur l’incroyable sauvetage de Kevin Escoffier.

Ce qu’on retient tout d’abord, c’est la violence de l’accident, avec un bateau qui se casse en deux. Pour le skipper, c’est un moment de choc énorme. Il faut avoir les bons réflexes, une chance qu’on avait à faire à un marin d’exception. Il a pu rapidement revêtir sa combinaison de survie et se jeter à l’eau avec son pneumatique de survie et le gonfler dans l’eau. On s’est retrouvé dans une situation assez extraordinaire avec un cherché et un cherchant qui étaient tous les deux exceptionnels. Et si l’on a eu un dénouement heureux dans ce sauvetage, c’est parce que l’on avait à faire avec deux personnes très expérimentées.

Le marin prend un verre de vin rouge sur son voilier.

Jean Le Cam

Photo : afp via getty images / JEAN-FRANCOIS MONIER

Pour faire cela, il faut être passionné et Jean est passionné comme un jeune gamin.

Une citation de :Jacques Caraës, directeur de course du Vendée Globe

Quand il parle de Jean Le Cam, ses yeux s’illuminent. Non pas parce qu’il a été l’incroyable sauveteur de Kevin Escoffier, mais par le caractère singulier du personnage et de l’ami.

Jean, je le connais depuis longtemps, on a même navigué ensemble, précise-t-il. C’est un autodidacte, il sait tout faire, réparer les bateaux. Et, en plus, il a une véritable science de la météo. Il a énormément d’expérience, car il a passé sa vie à naviguer. Malgré son âge qui n’est plus celui d’un jeune premier, il a encore la passion. Pour faire cela, il faut être passionné et Jean est passionné comme un jeune gamin, comme quelqu’un qui commencerait dans ce sport.

Il n’a pas perdu une goutte de cette passion et c’est ce qui fait la qualité de ce personnage complètement atypique. Il a un cœur énorme. Et, derrière ses airs bourrus, quand il parle, la parole est courte, mais elle va directement là où elle doit aller. Dans cet incroyable sauvetage, je ne sais pas si la nature fait bien les choses, mais Jean était là au bon moment au bon endroit et on ne pouvait espérer mieux. C’est une histoire merveilleuse en fait.

Jacques Caraës n’a pas caché son extrême inquiétude quand il a reçu l’appel de détresse de Kevin Escoffier, parce que le navigateur se trouvait dans un désert océanique.

Il faut dire que là où se trouvait Kevin, il n’y a rien. Tu es loin de tout. Pas de trafic maritime, donc pas de cargo, pas non plus de possibilité de portées aériennes, pas d’avion, pas d’hélicoptères. C’est presque le pire endroit pour être en détresse. C’est pour cela qu’on ne peut compter que sur les concurrents. C’est ça qui fait la magie de cette course-là, c’est qu’à un moment donné, chacun est le sauveur ou le regardant de l’autre. Alors, dans les milieux les plus hostiles, on ne peut compter que sur ses voisins.

Quand on demande au directeur du Vendée Globe s’il y a un marin qui l’a impressionné, il répond spontanément que de finir ce tour du monde est une victoire en soi, mais il reconnaît avoir été épaté par la navigatrice britannique Pip Hare.

Pip Hare au Vendée Globe 2020

Pip Hare, la navigatrice britannique

Photo : vendée globe

C’est son côté jovial, son bonheur d’être en mer et sa combativité qui m’a épaté. D’autant qu’elle partait avec le plus vieux bateau de la course. Le moment fort est quand elle a changé son gouvernail en pleine mer. Je l’ai vue abattue, fatiguée et reprendre des forces avec une incroyable résistance. Je trouve cela formidable ces gens qui sont au fond du trou et qui sont capables de se reconstituer aussi naturellement.

C’est aussi le cas de Louis Burton qui a dû faire face à plein d’imprévus, a-t-il poursuivi. Qui a dû monter dans son mât à deux reprises dans les mers australes démontées. Beaucoup auraient abandonné, mais pas lui. Cela a été une très belle révélation et, en plus, finir sur le podium et presque gagner la course.

Pour Jacques Caraës, il n’y a pas de plus beau moment. Chaque arrivée est ressentie différemment, mais chaque fois avec beaucoup d’émotion. Il reste encore de nombreux marins en course. Il reconnaît qu’il faut être constamment vigilant, puisque les conditions météo ne sont pas des plus accueillantes dans la dernière ligne droite. Des vents très forts, des creux de vagues de plusieurs mètres, sans oublier la fatigue accumulée depuis plusieurs mois.

Une fois que tout le monde sera arrivé, il faudra se réunir avec tous les marins pour voir ce que l’on pourrait faire de mieux pour améliorer la prochaine édition. Après? Retrouver ma famille que je n’ai pas vue depuis des mois. Ce sera pour moi la fin de ma course avant d’entreprendre la prochaine, conclut le patron du Vendée Globe.

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