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L’imprévisible chantier de Gina Kingsbury vers les Jeux de Pékin

Une femme vêtue d'un veston noire et d'une chemise blanche prend la pose devant le logo de Hockey Canada.

Gina Kingsbury

Photo : Matthew Murnaghan/Hockey Canada / Matthew Murnaghan

Gina Kingsbury a remporté l’or olympique avec l’équipe canadienne de hockey féminin à Turin et à Vancouver.

L’ancienne joueuse originaire de Rouyn-Noranda est directrice générale de l’équipe nationale depuis juillet 2018. La formation est réunie en camp depuis près de deux semaines à Calgary.

Son premier cycle olympique dans ses nouvelles fonctions n’est pas de tout repos. L’équipe canadienne n’a pas joué de match international depuis près d’un an en raison de la pandémie de COVID-19.

La ligue professionnelle, à laquelle appartenait la grande majorité des joueuses du programme national, a cessé ses activités il y a près de deux ans.

Dans l’attente de la confirmation de la tenue du Championnat mondial, prévu ce printemps à Halifax, Kingsbury a réuni 35 joueuses en Alberta.

Elle s’est entretenue avec Radio-Canada Sports.


Q. Comment s’est déroulé le camp?

R. Ça fait du bien de se retrouver parce que ça fait 11 mois qu’on est séparées et que nos athlètes s'entraînent dans leur bulle à Montréal, à Toronto et à Calgary. Je voulais que les joueuses soient rassemblées pour bien se préparer pour le Championnat du monde prévu en avril à Halifax.

On est à un an des Jeux et il faut aussi continuer d’évaluer nos besoins et nos ressources pour gagner l’or au Championnat du monde et aux Olympiques.

Tout le monde est vraiment reconnaissant d’être ensemble en ce moment. Même si on est un peu dans une bulle, l’atmosphère est très agréable et c’est beau à voir. On mange chacune dans nos chambres, on se réunit par visioconférence et on ne sort que pour aller à l’aréna qui nous est réservé.

Les joueuses sont tellement heureuses de pouvoir être sur la glace et de pratiquer le sport qu’elles aiment. Le personnel aussi est très fébrile. On sent une joie pure de simplement pouvoir jouer au hockey.

C’était puissant comme sentiment de se retrouver. Ça nous fait chaud au coeur.


Q. Le Championnat du monde de 2020 a été annulé en raison de la pandémie, mais la fédération internationale et Hockey Canada ont été en mesure de tenir le mondial junior durant les Fêtes. Est-ce que ça vous donne espoir que le championnat aura lieu?

R. Je suis persuadée qu’il aura lieu, mais reste à voir si les dates seront les mêmes ou s’il y aura un petit report. On espère une réponse de la fédération internationale dans les prochaines semaines.

Je suis convaincue que Hockey Canada va tout faire pour avoir un championnat du monde. On sera prêtes à s’ajuster à tous les scénarios. J’ai l’impression que la fédération internationale va rendre sa décision en même temps pour les trois championnats du monde prévus au printemps, avec celui des hommes et des moins de 18 ans.

C’est une grosse décision à prendre, mais on se croise les doigts. Ce serait extrêmement difficile pour le hockey féminin de passer deux ans sans Championnat du monde juste avant des Jeux olympiques. On n’a pas joué de matchs internationaux depuis notre série contre les Américaines en février 2020.


Q. Quelle sera la priorité de Hockey Canada au Championnat du monde? Remporter la médaille d’or ou évaluer de jeunes joueuses en vue des Jeux de Pékin?

R. La réponse, c’est vraiment un mélange des deux. On va bien sûr se servir du Championnat mondial comme d’une évaluation pour savoir quelles joueuses vont être invitées à notre centralisation préolympique, mais c’est aussi important de gagner, parce que gagner fait aussi partie du processus.

On va envoyer une équipe qui pourra gagner la médaille d’or, parce qu’il ne faut pas toujours regarder trop loin devant nous, surtout qu’on n’a pas gagné le mondial depuis 2012.

C’est un cycle olympique très difficile pour le hockey féminin et pour nous en tant que programme. C’est dur de pouvoir offrir des expériences pertinentes aux jeunes joueuses quand on sait qu’on a seulement cinq ou six matchs internationaux durant l’année. C’est dur de préparer l'avenir sans négliger le présent.

On essaie de gérer la situation du mieux que nous pouvons et je suis surtout fière de la façon dont nos athlètes se sont comportées en s’entraînant dans leur ville. Les joueuses sont arrivées au camp dans une forme physique exceptionnelle.


Q. Avez-vous l’impression que les règles sanitaires en place au Canada sont plus sévères qu’ailleurs pour les équipes nationales?

R. Les mesures sont un peu plus restrictives pour nous effectivement. Les Finlandaises, par exemple, ont été beaucoup moins affectées par la pandémie et leurs joueuses sont sur la glace tous les jours. Ça m’inquiète un peu [La Finlande a battu le Canada en demi-finale du Championnat mondial de 2019, NDLR].

Les Américaines, elles, ont pu tenir un camp à la fin du mois de novembre, mais celui de janvier a été annulé.

Notre gouvernement est très responsable et on apprécie qu’on nous laisse nous entraîner dans un environnement très sécuritaire.

Nos athlètes sont dans une forme exemplaire et le camp s’est bien déroulé et c’est ce qu’on retient. On espère organiser un autre camp d’ici le Championnat du monde.


Q. Vous aurez des décisions importantes à prendre au cours des prochains mois, notamment quelles joueuses seront invitées à la centralisation et aux Olympiques. Comment vivez-vous avec la pression de faire ces choix pour la première fois?

R. Tout d’abord, les décisions sont prises en collégialité avec les entraîneurs de l’équipe et les autres membres de la direction. Les entraîneurs ont un mot important à dire dans les choix qui seront faits parce qu’ils seront ceux qui vont guider l’équipe vers la médaille d’or.

On doit penser à Pékin 2022 bien sûr, mais aussi à Milan en 2026. On aura 28 joueuses à choisir pour la centralisation préolympique à partir d’un bassin de 47 athlètes. On aura des décisions importantes à prendre au printemps.

Nos choix ne sont jamais pris à la légère parce qu’ils ont d’immenses répercussions sur la carrière et la vie des joueuses. Ce n’est pas comme au hockey masculin où les joueurs ont souvent d’autres options devant eux lorsqu’ils sont retranchés.

Pour nos filles, l’équipe nationale, c’est la chose la plus importante de leur carrière. On espère qu’il y aura une ligue professionnelle en santé sous peu, parce qu’en ce moment, il n’y a que la centralisation au sommet de la pyramide.

Ce sera ma première expérience comme directrice générale d’une équipe olympique et je sais ce que ça représente parce ce que je suis passée par là. Je me suis fait retrancher avant les Jeux de 2002. Je sais ce que les filles vivront, qu’elles soient retenues ou pas.

Ce n’est pas une démarche facile, mais c’est un privilège d’avoir la responsabilité d’assembler l’équipe en route vers la médaille d’or.


Q. Pour l’instant, les joueuses sont solidaires au sein de la PWHPA (l'Association des joueuses professionnelles de hockey), mais n’ont toujours pas de ligue. Est-ce que Hockey Canada les appuie dans leurs démarches?

R. On parle beaucoup avec la représentante de la PWHPA qui est Jayna Hefford, une ancienne de l’équipe canadienne.

Tom Renney, le chef de la direction de Hockey Canada, aborde le sujet avec Gary Bettman, commissaire de la LNH, pour voir ce qui peut être fait. Mais honnêtement, on n’a pas beaucoup de pouvoir.

On espère que la LNH voudra s’impliquer dans le projet après les Jeux olympiques et que le hockey féminin profitera de sa lancée de Pékin 2022 pour finalement mettre sur pied une ligue viable.

On n’a pas trop notre mot à dire. C’est aux joueuses de prendre leurs décisions. Elles sont convaincues que le succès passe par une association avec la LNH.

Je trouve leur combat honorable pour la prochaine génération, de vouloir s’assurer qu’il y aura une ligue professionnelle bien établie

J’espère qu’elles atteindront leur objectif.

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