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« Même si les JO n'ont pas lieu, j'aurai progressé » - Jessica Klimkait

Elle attrape son adversaire par la ceinture et réagit pendant un combat.

Jessica Klimkait

Photo : Getty Images / Kiyoshi Ota

La judoka canadienne Jessica Klimkait a tout débranché pendant sa quarantaine qu'elle a passée en famille. Elle avait besoin de ça après une fin d'année vécue dans la solitude.

L'Ontarienne est depuis mercredi de retour dans son petit appartement montréalais, près du centre national d'entraînement à l'Institut national du sport du Québec.

La no 1 du monde des -57 kg a remporté le grand chelem de Budapest le 23 octobre, le premier tournoi organisé depuis le début de la pandémie. Puis elle s'est préparée pour le Tournoi des maîtres de Doha, au Qatar, le 11 janvier.

Le tournoi de Doha est arrivé à un mauvais moment, car j’ai dû m’entraîner durant les Fêtes, ce qui n’est pas habituel. Généralement, je vais retrouver ma famille. Là, je suis restée toute seule, ce qui n'a pas été facile, admet l'athlète de 24 ans. Et j’ai essayé de rester bien concentrée sur ce que j’avais à faire.

Pendant la quarantaine obligatoire, j'ai fait mon possible pour entretenir mon corps afin de ne pas risquer de me blesser à mon retour sur le tatami. J'avais en tête le tournoi de Doha deux mois après (Budapest), et ça a été stressant.

Elle réfléchit.

Jessica Klimkait en entrevue à Radio-Canada

Photo : Société Radio-Canada

Surtout que les conditions d'entraînement au Québec, où les athlètes d'élite se trouvent, sont contraignantes.

Depuis septembre, on s’entraîne dans des bulles de trois ou quatre, rappelle-t-elle. Au début, on était contents de se retrouver, il y avait une bonne énergie. Mais à la longue, c’est devenu difficile de progresser. On se connaît trop bien, et j’ai fait en sorte de tirer le maximum de ces séances.

De plus, les restrictions sanitaires changent d'un pays à l'autre. Les différences sont gigantesques, avait dit Nicolas Gill, directeur général de Judo Canada, à Radio-Canada Sports, le 17 janvier. Comment faire alors pour aborder les tournois sereinement?

L'angoisse a été pesante dans les semaines avant le tournoi, car on peut voir sur les réseaux sociaux ce qui se passe ailleurs. Savoir que dans d’autres pays, les restrictions ne sont pas les mêmes et que les athlètes s’entraînent plus, c’était stressant, mais tu veux prendre l’avion en te disant que tu as fait le maximum, mentionne-t-elle.

Et le jour de la compétition, il faut que tu oublies cette angoisse et que tu te concentres sur tes combats, ajoute-t-elle.

Après un sans-faute à Budapest, Jessica Klimkait se demandait si elle allait pouvoir afficher le même niveau à Doha. Ses deux premiers combats l'ont rassurée. Mais dans le troisième, contre la Française Sarah-Léonie Cysique, no 5 du monde, ça s'est compliqué.

Dans mon combat contre Cysique, je n’ai pas combattu comme j’aurais dû, dit-elle. Mentalement, je n’ai pas mis autant d’énergie que dans mes deux premiers combats.

Dans le premier combat, je voulais bien commencer mon tournoi. Dans le deuxième, j'avais une revanche à prendre, alors j'étais hyper motivée. Dans le troisième, la demi-finale, il m’a manqué l’étincelle pour connaître un bon combat. Et je l’ai senti dès le début.

Je connais bien Cysique, et j’ai compris tout de suite qu’elle était plus forte, plus motivée, qu’elle avait une stratégie. Et j’ai donc dû m’ajuster et tenter des choses que je ne fais pas normalement. Je ne pense jamais autant durant mes combats.

Deux judokas au sol

Sarah Léonie Cysique (en bleu) réussit un waza-ari durant son combat contre Jessica Klimkait à Doha en janvier 2021.

Photo : FIJ

Sarah-Léonie Cysique a battu Jessica Klimkait 1-0 grâce à un waza-ari après 1:40 de combat. La Canadienne a ensuite tenté de trouver une faille chez son adversaire, en vain.

En quittant le tatami, j’étais frustrée, mais je savais exactement ce qui s’était passé. Finalement, c’est bien que ça se soit passé à Doha, affirme-t-elle. Je trouvais, jusque-là, que mes adversaires n’avaient pas été très menaçantes (à Budapest et à Doha), et je trouvais ça curieux. C’est bon de se faire rappeler à l’ordre.

Cette défaite a relégué la Canadienne à un combat pour la médaille de bronze. Peut-être piquée dans son orgueil, elle n'a donné aucune chance à son adversaire, l'Israélienne Timma Nelson Levy (no 10), avec un retentissant ippon après seulement 13 secondes.

Elles sont sur le podium et posent avec leur médaille au cou.

Jessica Klimkait (à droite) sur le podium du Tournoi des maîtres à Doha avec les autres médaillées

Photo : Fédération internationale de judo

Je progresse malgré les conditions d’entraînement, mais les autres aussi. Et elles, elles peuvent s’entraîner pour vraiment viser plus haut.

Priorité à l'entraînement

Jessica Klimkait n'a qu'un objectif, voire une obsession : progresser à l'entraînement. Et pour cela, elle compte désormais éviter de se retrouver à nouveau en quarantaine.

Je me sens mieux quand je m’entraîne le plus possible. Je n’ai pas forcément besoin de faire d’autres tournois. Pour certains, ça les rassure d’affronter des judokas d'autres pays, ça augmente leur confiance. Ce n’est pas mon cas, assure-t-elle.

Une compétition vous éloigne de votre routine d’entraînement pour presque un mois. Vous ne vous entraînez pas de la même façon à l’approche d’un tournoi. Et après, maintenant, il y a la quarantaine. Je suis dans une situation privilégiée [no 1 au monde avec 7040 points, NDLR]. Et s’il devait y avoir un autre tournoi bientôt, je pense que je resterais ici pour m’entraîner, affirme Klimkait.

Elle met du ruban sur ses doigts.

Jessica Klimkait se prépare pour une séance d'entraînement.

Photo : Société Radio-Canada

Dans les quatre derniers mois, ces deux tournois m’ont enlevé beaucoup de temps d’entraînement, fait-elle remarquer. Le but cette année, c’est d’être prête pour les JO, ce n’est pas de gagner un tournoi grand prix ou un grand chelem, à moins que vous ayez des points à aller chercher.

Classement mondial des -57 kg pour les JO, au 29 janvier 2021 :

  1. Jessica Klimkait (CAN) : 7040 points, qualifiée*
  2. Tsukasa Yoshida (JPN) : 6958, pays hôte
  3. Christa Deguchi (CAN) : 6456, qualifiée*
  4. Nora Gjakova (KOS) : 5190, qualifiée
  5. Sarah Léonie Cysique (FRA) : 4920, qualifiée
  6. Momo Tamaoki (JPN) : 4475, pays hôte
  7. Telma Monteiro (POR) : 3923, qualifiée
  8. Hedvig Karakas (HUN) : 3861, qualifiée
  9. Chen-Ling Lien (TPE) : 3752, qualifiée
  10. Timma Nelson Levy (ISR) : 3676, qualifiée

* Une seule place par pays dans chaque catégorie, confrontation nécessaire

Croiser la route de Christa Deguchi

Cela dit, Jessica Klimkait n'aurait-elle pas envie d'affronter sa compatriote Christa Deguchi, sa grande rivale dans sa catégorie?

Deguchi a brillé par son absence à Budapest et à Doha. La championne du monde en titre s'entraîne dans son pays de naissance, le Japon, et sa préparation a été perturbée par des cas de COVID-19 dans son entourage.

Un combat est-il nécessaire entre les deux avant leur confrontation prévue en juin pour décider laquelle des deux ira à Tokyo? En effet, le Canada n'a droit qu'à une athlète par catégorie.

Avec moins de six mois à faire avant notre confrontation, je ne suis pas certaine que ce soit vraiment nécessaire qu’on s’affronte en compétition, dit Klimkait. On se connaît. Je sais quel est son style de judo (japonais classique).

Deux judokas s'affrontent.

Jessica Klimkait (à gauche) et Christa Deguchi

Photo : Équipe Canada / Twitter

Bien sûr, la voir en tournoi me donnerait des repères sur la façon dont elle se prépare. De son côté, elle peut voir mes combats et savoir où j’en suis, déclare l'Ontarienne. Mais ça ne changerait pas vraiment ma façon de faire. J’ai mes objectifs, et je sais quoi faire pour être prête pour notre confrontation.

Jessica Klimkait ne veut pas se laisser distraire. Les rivalités, les enjeux, la situation sanitaire, la politique à l'approche des Jeux ne l'intéressent pas. Seule sa passion pour le judo compte.

Alors l'angoisse qui tenaille plusieurs athlètes de ne pas savoir si les Jeux olympiques auront lieu, ce n'est pas pour elle.

Vous savez, j’adore le judo, c’est ma passion. Donc, juste de me rendre au dojo pour m’entraîner, je suis heureuse. Je sais que même si les Jeux olympiques n’ont pas lieu, cet été, j’aurai progressé et je serai une meilleure athlète C’est tout ce qui compte, et c’est tout ce qui me motive, conclut-elle.

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