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De Montréal à Bahreïn, le rêve d'un joueur de soccer québécois

Gros plan d'un joueur de soccer dans une photo d'équipe

Mario Gerges dans l'uniforme du club Al Ittifaq Maqaba, à Bahreïn

Photo : Gracieuseté de Mario Gerges

Christine Roger

Le parcours sportif de Mario Gerges détonne. Le Québécois n’a jamais fait partie des équipes du Québec ou d’une prestigieuse académie. Envers et contre tous, il est parvenu à réaliser son rêve de devenir joueur de soccer professionnel.

Il n’a jamais été question pour Mario Gerges de pratiquer un autre sport. Le soccer a toujours fait partie de son ADN. Très tôt, il n’a eu qu’un objectif en tête : devenir un pro.

Je n’ai jamais eu de plan B. D'une manière ou d'une autre, peu importe le chemin que j’allais prendre, il fallait que je joue professionnel, confie-t-il.

Rapidement, il a su se démarquer. Son talent ne faisait aucun doute. Il joue aujourd’hui au poste de gardien, mais c’est d’abord comme attaquant qu’il a développé une passion pour le sport.

Très jeune, je devais compter 10 buts par match. Même encore aujourd'hui, si je vais jouer dans le parc pour le plaisir avec des amis, je vais jouer comme attaquant. J’adore marquer des buts, reconnaît-il.

D’abord formé par le club de Saint-Hubert, il a ensuite joué à Saint-Lambert, où son père était l’entraîneur. On lui répétait sans cesse qu’il était excellent comme gardien de but, et il a rapidement compris qu’il avait sans doute de meilleures chances d’atteindre ses objectifs à cette position.

Des attaquants, il y en a tellement, c’est très difficile de percer. J’aimais le fait qu’un gardien de but peut faire la différence. Il a le pouvoir de sauver son équipe.

Vancouver et Montréal

Pendant qu’il voyait ses amis obtenir une place au sein des équipes du Québec ou des invitations à des camps de l’équipe canadienne, Mario Gerges jouait au niveau AA, avec son père à Saint-Lambert.

Ça me décourageait de voir mes amis, dit-il. Je me disais que je ne pourrais jamais devenir pro si je ne faisais pas les équipes du Québec. Mon père ne voulait pas me laisser partir. À un moment donné, j’ai dit : "Papa, je dois changer d’équipe pour réussir."

Il a alors entendu dire que les Timbers de Portland, club de la MLS, organisaient des essais ouverts à tous. Il s'est donc rendu par avion jusqu’à Vancouver, où son frère habitait, avant de franchir en voiture les 550 kilomètres le séparant de Portland. Il avait alors 16 ans.

J’ai réussi à les convaincre de me faire une place au sein de leur nouvelle académie. Malheureusement, ma famille ne vivait pas dans la ville et il était hors de question pour elle de déménager. Ça n’a donc pas fonctionné et ils m’ont transféré aux Whitecaps de Vancouver, explique-t-il.

Les Whitecaps n'avaient cependant pas de place pour lui au sein de leur effectif, mais offraient au Québécois de tout de même s’entraîner avec l’équipe. Tout ce que Mario Gerges voulait, c’était d’apprendre dans une structure professionnelle et d’éventuellement obtenir une réelle chance.

Je jouais au niveau AAA, en plus de m’entraîner tous les jours avec les Whitecaps. Le temps que j’ai passé avec cette équipe, ç’a été un point tournant dans ma vie. C’est là que j’ai eu le déclic. J’allais jouer professionnel, se souvient-il.

Depuis quelques années déjà, Mario Gerges pensait aux Jeux du Canada de 2013. Il rêvait d’y participer, mais voyait mal comment il pourrait y parvenir sans jamais avoir joué pour les équipes du Québec. Mais voilà que deux mois avant la présentation de l’événement, il a été sélectionné par la… Colombie-Britannique.

Je n’avais jamais fait l’équipe du Québec ni le Centre national de haute performance (CNHP) ni de sport-études. J’avais 17 ans et je me retrouvais comme premier gardien aux Jeux du Canada. En plus, c’était à Sherbrooke et j’ai affronté le Québec en finale, explique-t-il.

Trois semaines plus tard, il a été convoqué par l’équipe canadienne. À 16 ans, il jouait dans le niveau AA et deux ans plus tard, il était en équipe nationale. Son parcours avec l’équipe canadienne a été de courte durée. Mario Gerges était l’un des seuls parmi cette sélection à ne pas avoir de contrat chez les professionnels. Est-ce que cet élément pourrait avoir joué en sa défaveur?

J'étais démoralisé, relate-t-il. Pour moi, jouer en équipe nationale, ça devrait être l'objectif de chaque joueur de soccer professionnel. J'ai alors décidé de juste revenir à Montréal.

Il a ensuite accepté une bourse pour étudier et jouer à l’Université de Montréal quand il n’avait que 18 ans. Puis, il a joué au niveau semi-professionnel pour Longueuil avant d’obtenir une invitation pour le camp du FC Montréal, le club réserve de l’Impact de Montréal. Il n'a cependant pas sélectionné et peu de temps après, le FC Montréal a mis fin à ses activités.

L'Espagne et l'Égypte

Il rêvait toujours de devenir joueur professionnel, mais ça devenait de plus en plus difficile. Il est parti à Québec, où il portait les couleurs du Rouge et Or, du Dynamo et du club de Beauport. Puis, à son retour à Montréal, en 2018, il a rencontré un homme qui est venu complètement changer son destin. Du moins, c'est ce qu’il croyait à l'époque.

Il me dit qu’il y a une équipe en quatrième division en Espagne qui s’intéresse à mes services. Je me suis dit que je pouvais recommencer à rêver. Il me montre une invitation officielle du club où il est inscrit que je serai hébergé et nourri. J’ai accepté sur le champ, raconte-t-il.

À son arrivée à Guadalajara, il a rapidement compris que ce qu’on lui avait promis était bien loin de la réalité. On lui avait dit que ce serait compliqué, mais jamais à ce point.

J’étais dans une maison avec 18 personnes qui ne parlaient ni français ni anglais, sans Internet, sans chauffage, sans coussins, sans couverture. Et j’étais à 1 h 30 min d’où j’étais supposé être. Le club avait déjà trois gardiens et n’était même pas au courant de mon arrivée.

Je n’ai jamais su ce qui s’était réellement passé. Je ne vais pas m’étendre sur le sujet, mais la réalité, c’est qu’il a mis tellement d’espoir dans la tête d’un jeune. Il m’a fait rêver et tout s’est écroulé, ajoute-t-il.

Le 21 décembre 2018, après un mois en Espagne, Mario Gerges a décidé que c’en était assez. Il a pris ses bagages et a passé deux jours dans une auberge de jeunesse avant de prendre un vol pour la France. Aurélien Bassement, un Français qu’il avait rencontré quand il jouait pour le Dynamo de Québec, l’a alors accueilli à bras ouverts.

À son retour à Montréal quelques semaines plus tard, il n’y croyait plus vraiment. Tous les mercredis, il allait jouer au futsal avec les autres Égyptiens qui fréquentaient la même église que lui. Un homme lui a alors dit de contacter immédiatement un ami qui est agent de joueurs en Égypte.

Trois semaines plus tard, l’agent en question lui a mentionné qu’une équipe en première division égyptienne, l’Ittihad Alexandrie, était intéressée par ses services. Il allait devoir passer huit jours en Égypte et il s’entraînerait pendant trois jours. On déciderait ensuite si on allait lui offrir ou non un contrat. Après l’expérience qu’il venait de vivre, Mario Gerges aurait eu toutes les raisons du monde d’être sceptique. Mais il a choisi de foncer.

Je pense que c’était le plus beau jour de ma vie quand j’ai signé un contrat. En plus, l’entraîneur des gardiens de but était Aymen Taher, l’un des entraîneurs de l’équipe nationale égyptienne. Il côtoyait un gars comme Mohamed Salah et il me choisissait. Encore aujourd’hui, ce vote de confiance signifie beaucoup pour moi, souligne-t-il.

Le Québécois se disait que le vent avait enfin tourné. Mais peu de temps avant le début de la saison suivante, le personnel d’entraîneurs en entier s’est fait congédier et les nouveaux entraîneurs sont arrivés avec leurs gardiens de but. Le cauchemar.

Ce n’est pas comme en Amérique du Nord. Ils n’ont pas honoré mon contrat. Je me suis dit : "J’arrête le soccer." Il y a quelqu'un ou quelque chose qui ne veut pas que je joue professionnellement. Mais j’avais toujours l'autre voix qui me disait : "Après tout ce que tu as vécu, ce n’est pas là que tu vas t’arrêter.”

La réalité, cependant, c’est qu’il commençait à se faire tard pour le gardien de but. À 24 ans, les chances de réussir à percer chez les professionnels s’amenuisaient de plus en plus.

C’est une fille que j’ai rencontrée par hasard à l’été 2020 qui m’a donné envie de recommencer à jouer au soccer. Elle m’encourageait et j’ai alors décidé de me remettre en forme.

Bahreïn

En novembre 2020, son agent égyptien, à qui il n’avait pas parlé depuis huit mois, l’a contacté. Un club à Bahreïn avait embauché 16 nouveaux joueurs et était à la recherche d’un gardien de but.

J’ai vu que ça faisait sept ans de suite que le club terminait en 8e ou 9e position en deuxième division. J’ai douté. Dans quoi je m'embarquais encore? Je n’avais pas encore envie de souffrir. J’ai décidé de faire confiance à mon agent et une semaine plus tard, le 14 novembre, j’ai quitté le Québec.

Mario Gerges, dans l'uniforme du club Al Ittifaq Maqaba, à Bahreïn

Mario Gerges, dans l'uniforme du club Al Ittifaq Maqaba, au Bahreïn

Photo : Gracieuseté de Mario Gerges

Mario Gerges joue depuis comme premier gardien du club Al Ittifaq Maqaba. Il accumule les victoires et son équipe est en bonne position pour passer en première division. Aujourd'hui, il se félicite d'avoir osé, encore une fois.

Je suis tellement bien traité. Ici, l’argent n’est pas un problème. Les gens sont passionnés et c’est tellement petit que ce n’est pas long que tu deviens le sujet de l’heure, explique-t-il.

Pour le moment, il n’a qu’un contrat d’un an, mais déjà, il y a des discussions pour demeurer à Bahreïn ou encore pour se joindre à d’autres ligues. Il attendra cependant la fin de la saison afin d'évaluer toutes les offres qui se présentent à lui.

Même s’il a atteint son objectif de devenir joueur de soccer professionnel, Mario Gerges ne cessera pas de rêver pour autant. Il espère notamment pouvoir un jour revenir jouer pour le CF Montréal, au stade Saputo.

Je rêve aussi de jouer une Coupe du monde, d’être dans le jeu FIFA et de participer à une Ligue des champions, peu importe le continent, lance-t-il, sourire aux lèvres.

Beaucoup de personnes jouent, ont du talent, mais ne se fixent pas de buts. Comment peux-tu jouer, être passionné et avoir du succès si tu n’as pas de rêves?

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