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Le sport ne s'arrête pas à 35 ans

Un cycliste monte une côte à vélo.

Les sports individuels sont les plus populaires auprès des athlètes maîtres.

Photo : getty images/istockphoto / audioundwerbung

Vous avez l'envie de vous dépasser après 35 ans? De battre vos records personnels, de participer à des compétitions, de vous entraîner avec un objectif en tête? Vous êtes un athlète maître et vous êtes de plus en plus nombreux.

Phénomène plutôt marginal ou limité à certains sports il y a quelques années, le nombre d’athlètes maîtres est en pleine croissance et représente un marché lucratif à saisir.

Les données le prouvent :

  • À la Fédération québécoise d'athlétisme, le nombre d’affiliations dans la catégorie des vétérans, soit 35 ans et plus, est passé de 41 en 2007 à 220 en 2019;
  • La Fédération des sports cyclistes du Québec comptait 2851 membres de plus de 35 ans en 2016 comparativement à 3398 en 2019;
  • À Triathlon Québec, sur les 16 200 membres d’un jour en 2019, 50 % d’entre eux étaient âgés de 36 à 55 ans.

On pourrait ajouter à ces chiffres la popularité grandissante des Championnats des maîtres dans plusieurs disciplines.

Une catégorie laissée pour compte

Les clubs sportifs canadiens pourraient toutefois en faire un peu plus pour mieux accueillir et encadrer les athlètes maîtres et, par le fait même, en attirer de nouveaux.

Bradley Young, professeur titulaire à l’école des sciences de l’activité physique à l’Université d’Ottawa, s’est penché sur les motivations et les caractéristiques sociales qui poussent les gens de 35 ans et plus à se dépasser dans un sport.

Son premier constat est qu’il est faux de croire que les athlètes de 35 ans et plus sont soit des sportifs de haut niveau qui poursuivent une carrière entamée plus jeune ou, de l’autre côté du spectre, des gens beaucoup plus intéressés par l’aspect social du sport que par les performances.

Traditionnellement, quand le public voit des images ou des photos d'athlètes maîtres sur les médias sociaux ou à la télévision, ils voient de vraies étoiles, des personnes exceptionnelles, remarque le professeur Young.

Oui, il y a des personnes motivées par des raisons compétitives, elles veulent dépasser leurs marques personnelles et gagner des médailles, mais il y a un mélange de motivations au sein des participants. Il y a d’autres personnes qui participent pour des raisons sociales. Je pourrais faire liste d’une dizaine d’autres motivations: l’occasion de voyager, de diminuer le stress, d’être un beau modèle pour les enfants, etc.

Pour Bradley Young, il est important que les clubs et les fédérations sportives reconnaissent que les athlètes maîtres ont des motivations beaucoup plus diversifiées que les athlètes plus jeunes. Avec ce constat de départ, ils vont pouvoir mieux cibler cette clientèle lorsqu’ils préparent leur programmation et ainsi l'élargir.

Quand les athlètes maîtres disent qu’ils reçoivent un service adapté pour eux, ils apprécient davantage leur expérience et veulent y retourner. Ils veulent investir plus dans le sport et maintenir leur engagement, explique-t-il.

Chez les adultes, l’adhésion à un sport débute souvent quand un ami nous dit que c’est génial, "tu devrais l’essayer". Ce n'est pas parce qu'un parent nous oblige à faire un sport, c’est parce que tu veux partager cette expérience avec des amis. Les adultes vont parler davantage des bienfaits de leurs activités avec leurs amis. C’est la meilleure façon d’augmenter le nombre de participants.

Une citation de :Bradley Young, professeur à l’école des sciences de l’activité physique à l’Université d’Ottawa

C’est ce qui est arrivé à Annie Aubin, 39 ans, qui s’est mise à la course à pied il y a cinq ans seulement. Elle le reconnaît, elle n’a jamais été sportive et a même fumé la cigarette pendant plusieurs années, mais le désir de se remettre en forme l’a poussée à enfiler des souliers de course.

Une femme court au milieu d'une foule avec un grand sourire.

Annie Aubin lors de la course de 5 km au Marathon d'Ottawa en mai 2019

Photo : Gracieuseté Annie Aubin

Au travail, j’avais une collègue qui avait la même histoire que moi, raconte-t-elle. Elle courait depuis deux ou trois ans déjà et c’est elle qui m’a inspirée à le faire. Elle m’a convaincue que Monsieur et Madame Tout-le-Monde pouvaient courir et que l’on n’a pas besoin d’être un athlète. Tu y vas à ton rythme, un pace de tortue, le pace du bonheur, comme on dit. Pas besoin de courir des Ironman pour être un coureur.

Depuis, elle participe en moyenne à trois courses organisées par année. Le désir de rester en bonne forme physique n’est pas sa seule motivation.

On est trois filles, avec ma collègue devenue une amie, on essaie de faire un voyage de course par année. On se fait une grande fin de semaine de filles et on essaie de le faire à l’extérieur. Il y a eu Niagara Falls, Chicago et l’on devait faire New York en 2020 [le marathon de New York 2020 a été annulé à cause de la pandémie, NDLR].

C’est un défi personnel, mais il y a aussi l’aspect social, souligne-t-elle. Oui, tu cours tout seul, mais, en même temps, de le faire avec quelqu’un et de le partager, quand on fait des voyages, on en parle toute l’année. Ce sont des souvenirs que l’on garde.

Une meilleure approche avec les adultes

Pour Bradley Young, les clubs doivent raffiner leur approche avec les adultes, mais aussi les entraîneurs qui sont en contact direct avec les athlètes maîtres.

Il y a beaucoup de clubs où les entraîneurs, s’ils sont payés, sont des entraîneurs pour les athlètes de haute performance et ils adoptent un autre chapeau. Pour eux, les athlètes maîtres, c’est un side job, ils ne sont pas la priorité.

On ne doit pas encadrer les adultes comme les jeunes, dit le professeur. Les athlètes haute performance, au collégial ou au hockey AAA, etc., sont très encadrés par une structure. Ils ont un calendrier, les parents les encouragent, mais les adultes font face à de vraies responsabilités de la vie et qui confrontent leur désir de faire du sport.

C’est l'une des raisons qui expliquent qu’Annie Aubin ne s’est jamais inscrite à un club de course. Comme plusieurs personnes, faire entrer les entraînements du club dans son horaire de travail relevait du défi.

J’ai persévéré parce que ma collègue me disait : "Tu n’as pas de pression si tu ne t’en mets pas", se rappelle-t-elle. Tu n’es pas obligée d’aller plus vite si tu ne veux pas, à moins que tu fasses des Ironman ou que tu vises les Olympiques. J’ai découvert que je suis capable de le faire et de le faire à mon rythme.

Faire preuve de flexibilité, c’est un autre conseil que Bradley Young donne aux clubs et aux entraîneurs qui veulent attirer plus d’athlètes maîtres.

Les entraîneurs aiment être en contrôle, mais le vrai défi avec les athlètes maîtres, c’est de les lâcher un peu. Il doit y avoir un équilibre entre appui et contrôle.

Pour s’améliorer, Annie s’est fait conseiller par un entraîneur affilié à une boutique. Il lui a remis un plan élaboré selon ses objectifs et elle a pu le suivre à son rythme.

Ce besoin d’autorégulation, le professeur Young l’a observé chez plusieurs athlètes maîtres.

Les entraîneurs doivent présenter les activités et les informations, mais ce n’est pas nécessaire de présenter toutes les infos ou les détails aux adultes. Les adultes veulent trouver l’essence d’une activité et, par la suite, ils utilisent l’autorégulation.

Les adultes représentent un défi puisque chaque athlète arrive avec sa propre expérience de vie, avec très peu ou beaucoup de connaissances techniques et des façons très différentes d’aborder l'entraînement.

Il y a des différences psychosociales. Et si l'entraîneur en tient compte, on peut enrichir l’expérience des adultes dans le sport. L’activité deviendra plus amusante et plus attirante.

Une femme d'âge mûr s'entraîne dans un gym.

Le nombre d'athlètes maîtres a grimpé au cours des dernières années.

Photo : Getty Images / Yagi-Studio

Les sports individuels les plus populaires

Les sports individuels et d’endurance sont encore parmi les plus populaires auprès des adultes. On parle de natation, de course à pied, de vélo, de triathlon. Et l’on pourrait y ajouter le tennis et bien d’autres. Les sports extérieurs comme le ski de fond ont gagné en popularité cet hiver avec les mesures de confinement.

Encore une fois, la question de la flexibilité des horaires explique l’attrait pour les sports individuels, mais la participation à des sports d’équipe est aussi en croissance.

D’autres fédérations de disciplines sportives qui sont moins associées traditionnellement aux adultes commencent à s’intéresser aux athlètes maîtres. Bradley Young a eu des discussions avec plusieurs organisations provinciales, dont l’Association ontarienne de patinage de vitesse. Biathlon Canada et l’Association canadienne des entraîneurs se sont aussi manifestés.

Au-delà de l’intérêt, un obstacle majeur demeure : le budget.

Les clubs et fédérations travaillent la plupart du temps avec des ressources financières limitées. Plusieurs estiment que pour offrir une programmation adaptée aux adultes, elles devront couper autre chose ailleurs.

Le professeur Bradley Young les invite à prendre le problème par l’autre bout.

Comment peut-on voir les adultes comme des générateurs de ressources? Ils sont prêts à payer. Comment peut-on recycler l’argent qu’ils engendrent en frais d’inscription, etc., pour les envoyer vers les autres sportifs?, dit le chercheur.

Nous devons ajuster nos structures pour mieux intégrer les adultes. Il faut réaliser que les exceptions traditionnelles du sport ne représentent pas bien notre démographie aujourd’hui. Nous devons innover pour trouver des solutions pour mieux intégrer les athlètes maîtres dans nos systèmes sportifs. Cela demande que nous réfléchissions à ces questions de façon différente et avec de l’ouverture pour offrir du sport de qualité au plus de gens possible.

Avec la pandémie et les restrictions sanitaires, il peut sembler un peu tôt pour réfléchir au meilleur moyen d’attirer et d’encadrer les athlètes maîtres. Le désir des 35 ans et plus de faire du sport n’a pas diminué. D’ailleurs, Annie Aubin a repris l’entraînement récemment.

Je me suis inscrite au demi-marathon d’Ottawa qui est virtuel. Je me suis dit : pourquoi pas? Ça va me permettre de me remettre à l'entraînement et en faisant un demi-marathon, ça va me remotiver si le marathon de New York a finalement lieu en novembre prochain.

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