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Chronique

Et si Julie Payette avait dirigé Hockey Québec?

Des chandails d'Équipe Québec

Des chandails d'Équipe Québec

Photo : Hockey Québec

Un lecteur attentif aux soubresauts de l’actualité, Marc, a pris quelques minutes de son temps jeudi pour m’écrire au sujet de la démission de la gouverneure générale Julie Payette. « Cette histoire se déroule dans un tout autre domaine, mais elle me fait beaucoup penser à celle que vous avez récemment publiée au sujet du climat de travail toxique qui règne à Hockey Québec », écrivait-il.

Marc a tout à fait raison.

En juillet dernier, nos collègues de CBC ont publié un dossier-choc dans lequel une douzaine de personnes, sous le couvert de l’anonymat, par crainte de représailles, racontaient que l’ex-gouverneure générale avait instauré un climat toxique et une culture de la peur depuis son arrivée à Rideau Hall en 2017.

La résultante de ce climat de travail toxique était un nombre anormalement élevé de démissions et de congés de maladie des employés de Rideau Hall.

Changez les noms et, à peu de détails près, vous obtenez le dossier que nous avons publié au début de décembre au sujet du climat de travail nocif qui s’est installé à Hockey Québec depuis la nomination du directeur général, Paul Ménard, en 2016.

Sous le couvert de l’anonymat, aussi par crainte de représailles, une quinzaine de personnes bien au fait de la situation révélaient, entre autres, que la moitié des 22 employés de Hockey Québec avaient quitté leur poste au cours des dernières années. Certains disaient l’avoir fait pour préserver leur santé mentale. Pour leur part, d’autres employés s’étaient prévalus de congés de maladie et/ou consultaient pour être en mesure de faire face à l’anxiété générée par leur environnement de travail.

À visage découvert, une ancienne employée de Hockey Québec, Laurie-Anne Ménard, avait aussi donné un témoignage fort préoccupant. Cette ancienne porte-couleurs d’Équipe Canada croyait avoir décroché un emploi de rêve lorsqu’on l’avait embauchée pour travailler au siège social de Hockey Québec en 2016. Elle a raconté que, deux ans plus tard, elle a toutefois remis sa démission par crainte d’y laisser sa santé.


La comparaison entre l’histoire de Rideau Hall et celle de Hockey Québec s’arrête toutefois là. Parce que pour enquêter sur ces allégations troublantes, le gouvernement et le conseil d’administration de Hockey Québec s’y sont pris de manière fort différente.

Dans le premier cas, on est tout de suite parti à la recherche de la vérité. Dans le deuxième, on est parti à la recherche d’on ne sait quoi.

En juillet dernier, dès la publication du dossier de CBC, le Bureau du Conseil privé (et non la gouverneure générale) a mandaté une firme spécialisée en relations de travail pour examiner de façon indépendante la situation qui prévalait à Rideau Hall.

Cette firme a récemment remis son rapport, qui a été rédigé après que de nombreux témoins (des employés et des ex-employés) eurent été rencontrés pour raconter leur expérience. Et parce que les enquêteurs étaient indépendants, les conclusions de ce rapport apparaissent claires et incontestables à toutes les parties impliquées. Elles ont même convaincu Julie Payette de quitter ses fonctions.

À Hockey Québec, toutefois, le conseil d’administration a réagi autrement.

Le président du conseil d’administration de HQ, Yve Sigouin, disait appuyer sans réserve le style de gestion de son DG Paul Ménard. Dès la publication de notre dossier, M. Sigouin a annoncé l’embauche d’un avocat qu’il avait lui-même choisi pour examiner les très sérieuses allégations des employés de la fédération, parmi lesquels on retrouvait des cadres et des syndiqués.

Dans son communiqué annonçant l’embauche de cet avocat, le conseil d’administration de HQ soulignait par ailleurs que malgré leur gravité, les allégations des employés ne remettaient aucunement en question notre confiance envers le directeur général Paul Ménard, et notre appui aux décisions difficiles qu’il a eu à prendre durant son mandat.

Au départ, le processus était donc vicié. Il s’agissait d’un conflit d’intérêts flagrant.

Constatant le manque de crédibilité de sa démarche, le conseil d’administration a ensuite retourné sa veste en demandant à un représentant syndical de mener l’enquête aux côtés de l’avocat qu’on venait d’embaucher. Cette démarche soi-disant commune paraissait bien dans un communiqué, mais elle n’en constituait pas moins un autre faux pas puisque le représentant syndical se retrouve lui aussi en conflit d’intérêts.

En mathématiques, on obtient un positif lorsqu’on combine deux négatifs. Ça ne fonctionne toutefois pas de cette manière en relations de travail. Deux personnes en situation de conflit d’intérêts ne deviennent pas soudainement impartiales parce qu’on les assigne au même dossier.

À la fin des émissions, on risque donc fort de se retrouver avec un rapport complètement flou, sans conclusion claire, que l’employeur ou le syndicat pourront interpréter à leur façon. On finira peut-être même avec deux rapports totalement divergents. Les employés et les membres de HQ ne seront pas plus avancés.

Et on ne parle même pas de la difficulté que rencontreront les membres de ce comité bicéphale pour mener leur enquête. Les employés qui craignent de confier leurs états d’âme à un comité à moitié contrôlé par leur patron risquent d’être très nombreux. Si la matière première des enquêteurs (les témoignages des employés) n’est pas complète, comment leur rapport pourra-t-il l’être?


Le conseil d’administration de HQ et le syndicat des employés se sont par ailleurs engagés dans une démarche de médiation auprès du ministère du Travail. Ce n’est pas mauvais en soi puisque les relations de travail sont totalement dysfonctionnelles et qu’il faut bien trouver une façon de faire fonctionner, tant bien faire se peut, l’une des plus imposantes fédérations sportives du pays.

La résultante de cette deuxième démarche, c’est que si l'on prend un pas de recul et que l’on regarde le portrait dans son ensemble, le C. A. et la direction de Hockey Québec obtiennent exactement la trame narrative qu’ils souhaitaient. Au lieu de chercher à régler la ou les causes d’un climat de travail toxique, vous avez l’impression de vous retrouver en face d’une classique mésentente patronale-syndicale. Pourtant, ce n’est absolument pas le cas.

Plusieurs personnes interrogées dans le cadre de notre dossier sur HQ n’étaient et ne sont pas des employés syndiqués. Ils faisaient ou font partie du personnel de direction. Ces gens sont donc balayés sous le tapis. Ils ne confieront pas leurs états d’âme à l’avocat embauché par leur employeur, et encore moins à un représentant syndical!

Encore là, les conclusions des travaux du médiateur (qui n’exerce aucun pouvoir auprès des parties) et du comité d’enquête seront inévitablement incomplètes et passeront à côté d’importantes informations qui permettraient de tirer des conclusions irréfutables.

Dans le cas de la gouverneure générale, le Bureau du Conseil privé est parti à la recherche de la vérité avec une méthodologie claire. La conclusion de cette démarche s’est avérée limpide.

Imaginons un peu à quoi ressemblerait la situation en ce moment à Rideau Hall si Julie Payette avait réussi à désigner la moitié des enquêteurs et si les trois quarts des témoins s’étaient désistés. Ce serait le bordel.

Pour toutes ces raisons, incroyablement, il a été plus facile de virer la représentante de la reine qu’il ne le sera de faire la lumière sur ce qui se passe réellement à Hockey Québec.

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