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Il est contraint d'interrompre sa traversée du Canada à vélo

Il se recueille devant un vélo blanc, commémorant la mort d'un cycliste, à Ottawa

Louis-Joseph Couturier

Photo : Louis-Joseph Couturier

Michel Chabot

Louis-Joseph Couturier a dû interrompre sa traversée hivernale du Canada à vélo à Thunder Bay. Les mesures sanitaires qui confinent les Ontariens chez eux l’empêchaient, depuis le 14 janvier, de se retrouver sur les routes sous peine d’amendes pouvant atteindre 1000 $ en plus de possibles poursuites judiciaires pouvant aller jusqu’à un an d’emprisonnement.

L’aventurier de 30 ans reprendra, en décembre prochain, son voyage au profit de Vélo-Fantôme. Couturier tente d’amasser 20 000 $ pour cet organisme dont la mission est une source de réconfort pour les proches de cyclistes morts sur la route.

Parti de Gaspé en novembre, il a jusqu’ici récolté plus de 9500 $ à mi-chemin de son parcours.

Mon objectif était d’avoir autant d’argent que de kilométrage, dit-il. Au tiers, je voulais le tiers, ce qui a été le cas. Donc là, il manque 500 $ à la moitié du périple. J’y crois encore.

En plus des généreux donateurs, Dame Nature a aussi collaboré à ce voyage hors du commun.

Le cycliste sourit et lève un pouce en l'air.

Louis-Joseph Couturier

Photo : Louis-Joseph Couturier

Les températures étaient proches du point de congélation, mais parfois avec une pluie froide, a relaté Louis-Joseph Couturier, de retour à Québec. Donc, c’était un peu comme traverser l’Europe l’hiver plutôt que le Canada.

Sécurité déficiente en Ontario

Par contre, ce militant pour la sécurité des cyclistes a constaté que l’Ontario accusait un sérieux retard en cette matière sur le Québec.

On tient ça pour acquis ici au Québec, mais en Ontario, il n’y a jamais d’accotement. Ce n’est large que comme mon avant-bras, un pied et demi environ. Et tu dois rouler avec des camions 18 roues. Ça fait vraiment peur.

Louis-Joseph Couturier

Le tronçon entre North Bay et Thunder Bay est particulièrement éprouvant, poursuit le jeune homme.

C’est environ 1500 km, le quart de la traversée du Canada, qui se fait avec des 18 roues qui te passent juste à côté. Il n’y a pas de place. Les cyclistes ont un petit miroir et ils se tassent quand ils voient un 18 roues. C’est un truc de malade de traverser le Canada à cause de ça.

Pour minimiser les risques d'accident, Couturier a développé une stratégie pour lui permettre de voir venir les problèmes de face.

Souvent, je roulais dans le sens opposé, jusqu’à ce qu’il y ait une voiture, explique-t-il. J’allais alors dans la gravelle et je remontais sur la route après. Il fallait tout le temps que je fasse ce va-et-vient-là. Quand je fais ça, les automobilistes veulent m'arracher la tête. Je les comprends. Mais je ne fais pas ça au Québec.

Toronto a également du rattrapage à faire sur Montréal selon Couturier. Les cyclistes y sont encore plus menacés. D’ailleurs, le 2 décembre dernier, une jeune femme a trouvé la mort dans le centre-ville torontois quand elle a été heurtée par deux véhicules.

Si tu reviens au maire Rob Ford, c’était carrément une guerre contre les cyclistes, souligne-t-il. Ils ont effacé des pistes cyclables. Dans une déclaration absolument horrible, Ford avait dit que quand les cyclistes mouraient, c’était leur faute. En ce moment, à Toronto, c’est un peu comme avec l’administration Coderre à Montréal il y a quelques années. On dit qu’on fait des pistes cyclables, mais on ne met que de la peinture au sol.

Quand on regarde les études, la peinture sur le sol augmente les risques pour les cyclistes parce que tu donnes une fausse impression de sécurité. La seule façon de créer une bonne piste cyclable, c’est de créer une séparation physique, ce qui n’est fait que sur deux axes principaux à Toronto.

Louis-Joseph Couturier

Il dit d’ailleurs avoir eu peur pour sa vie en quelques occasions durant son odyssée sur route.

Aux prises avec le coronavirus

Et parmi ses quelques mésaventures, Couturier a également contracté la COVID-19 dans la Ville Reine. Il ne s’explique pas encore comment cela a pu se produire. Outre une perte d’odorat pendant quelques jours, il n’a cependant souffert d’aucun symptôme grave et a pu reprendre son chemin après une quarantaine dans un motel.

Heureusement, il a aussi vécu des moments de pur bonheur, particulièrement entre Sault-Sainte-Marie et Thunder Bay.

À cause de l’hiver, les camionneurs prennent une autre route et il n’y avait pas de voyages interrégionaux à cause de la COVID-19. Je me suis retrouvé dans une des expériences les plus merveilleuses de cyclotourisme que je n’avais jamais vécues. Après Sault-Sainte-Marie, pendant 250 km, c’est juste de la forêt boréale au bord du lac Supérieur. Et il n’y avait qu’une auto qui passait chaque minute.

Celui qui plante des arbres pour gagner sa vie a ainsi pu vivre des moments sereins, propices à la contemplation des beautés de la nature.

Je me suis levé un bon matin, il faisait moins 18 degrés, une des températures les plus froides que j’ai eues. Le lac n’était pas gelé ,alors sa chaleur créait de la bruine dans les montagnes. Quand je me suis réveillé, il y avait un ou deux centimètres de givre partout. C’était magnifique. J’ai vu les plus beaux paysages de ma vie.

Une scène hivernale dans une forêt ontarienne

Un paysage à White River, en Ontario

Photo : Louis-Joseph Couturier

Louis-Joseph Couturier reprendra la route dans 11 mois. Il compte d’abord se rendre en Gaspésie avant de se diriger vers le Nouveau-Brunswick pour toucher aux Maritimes, ce qu’il n’avait pu faire l’année passée. Puis, de la Nouvelle-Écosse, il prendra le traversier qui l’emmènera à Terre-Neuve. Et de là, il s’envolera ensuite pour Thunder Bay afin de reprendre la route, là où il a dû s’arrêter.

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