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Chronique

Hockey mineur : pourquoi ne pas offrir les mêmes outils de développement à tous?

Bâtons de hockey

De bâtons de hockey

Photo : The Associated Press / Julio Cortez

Nous sommes en 2021. Est-il encore acceptable, à notre époque, que des enfants de la même municipalité qui ont le même âge et qui pratiquent le même sport n’aient pas accès à la même qualité d’encadrement parce que leurs habiletés ne sont pas au même niveau?

En d’autres mots, est-il normal que, dès l’âge de 9 ans, le système de hockey mineur détermine que les enfants sélectionnés pour faire partie des équipes dites compétitives aient accès à un plus grand nombre d’heures d’entraînement, à un plus grand nombre de matchs et à des entraîneurs plus compétents que leurs camarades du hockey dit récréatif?

Aux yeux de Dominic Ricard, cette question fondamentale (l’accès égal aux infrastructures et aux ressources qui favorisent le développement) doit absolument être débattue au sein du hockey québécois. Et il entend bien en faire un cheval de bataille au cours des prochaines années.


Dominic Ricard est un personnage connu dans le petit univers du hockey québécois. Cet ex-entraîneur et ex-directeur général des Voltigeurs de Drummondville est aujourd’hui conseiller au développement des clients québécois de l’agence Creative Artists Agency, que dirigent Pat Brisson et son associé JP Barry. Dans ce rôle de conseiller, il seconde l’agent québécois de CAA, André Ruel.

Au début des années 2010, Ricard a aussi été l’un des fondateurs de la Ligue de hockey préparatoire scolaire (LHPS), qui a totalement métamorphosé le hockey mineur québécois. Il supervise d’ailleurs toujours les programmes de hockey du Collège Saint-Bernard à Drummondville.

Et en plus, il figure parmi les fondateurs du site iCoacHockeyD. Créé en mettant l’accent sur les notions de plaisir, de santé et d’entraide, iCoacHockeyD offre aux jeunes hockeyeurs des tutoriels et des conseils pour maximiser les bienfaits de leur pratique du hockey.

Au fil des ans, ce site est aussi devenu un point de rencontre privilégié pour les entraîneurs de tous les niveaux. Les intervenants s’y retrouvent pour échanger sur les meilleures pratiques à adopter pour démocratiser et faire progresser le hockey québécois. Il n’est d’ailleurs pas rare d’y voir des entraîneurs de la LNH, de l'AHL ou du hockey junior majeur participer aux discussions ou échanger des idées avec des confrères du hockey mineur. Récemment, alors qu’il revenait à peine du Championnat mondial junior, André Tourigny s’est branché sur le site et a activement participé à une discussion.

C’est sur le site iCoacHockeyD qu’est née la réflexion sur le sort réservé aux hockeyeurs des catégories dites récréatives (ou simple lettre, comme on dit dans le jargon du milieu), alors que ces jeunes représentent environ 80 % des quelque 87 000 membres de la fédération.


En quoi, au juste, les joueurs du hockey dit compétitif sont-ils traités différemment de ceux du hockey dit récréatif? Prenons cet exemple d’une association de hockey mineur de la Rive-Nord.

  • Au cours de sa saison de hockey, un jeune hockeyeur M11 AA (l’ancienne catégorie atome, qui regroupe des joueurs de 9 et 10 ans) disputera 34 matchs de 90 minutes et bénéficiera de 45 séances d’entraînement sur une pleine glace, soit trois entraînements par période de deux semaines.
  • Le jeune hockeyeur M11 A, pour sa part, disputera 30 matchs de 60 minutes. Et son équipe s’entraînera 30 fois au cours de la saison, mais sur une demi-glace.
  • Par ailleurs, les entraîneurs des équipes dites compétitives devront suivre une formation minimale de 15 à 18 heures pour avoir le droit de se retrouver derrière le banc. Les entraîneurs récréatifs, eux, n’ont droit qu’à 6 heures de formation.

Ça se passe ainsi dans la plupart des associations de hockey mineur québécois, affirment les intervenants interrogés. Parfois, les jeunes du hockey double lettre ont même droit à deux ou trois fois plus d’heures d’entraînement que ceux qui jouent dans les catégories simple lettre.

À ce rythme, rapidement, les athlètes les moins stimulés n’ont plus la chance de rattraper ceux qui bénéficient du meilleur encadrement. Et on peut facilement arguer que leur expérience sportive n’est pas aussi enrichissante.

La plupart du temps, explique-t-on, cette discrimination est faite parce les heures de glace des associations sont limitées. On justifie donc l’octroi d’un plus grand nombre d’heures de glace aux joueurs des niveaux dits compétitifs en leur imposant un supplément sur le prix d’inscription. Ils bénéficient d’un plus grand nombre d’heures de glace, mais ils paient plus cher, explique-t-on. Sauf que cette option n’est pas offerte aux joueurs du hockey récréatif.

L’expert canadien André Lachance, de l’organisme Sport pour la vie, prononce des conférences dans le monde sur les meilleures pratiques à adopter pour optimiser les programmes sportifs. Candidement, il avoue tomber à la renverse en constatant que des pratiques pareilles existent encore chez nous.

Ce que vous me décrivez là, c’est exactement comme si on identifiait en première année du primaire 20 % des élèves qui auraient droit à des cours enrichis de mathématiques, de français et d’anglais, et qu’on mettait les autres de côté en leur donnant moins de matériel. Les parents se révolteraient parce que ça n’aurait aucun sens, dit-il.

Quand on élabore un programme sportif, l’idée générale consiste à donner le meilleur bagage d’enseignement possible au plus grand nombre pour ne pas échapper de talents. Si on fonctionne avec un système pyramidal en bas âge, on rejette arbitrairement beaucoup de talents potentiels. Je pose d’ailleurs la question dans l’une de mes conférences : pourquoi accepte-t-on en éducation qu’il y ait des étapes essentielles d’apprentissage en français, en maths ou en musique, et qu’on rejette dans le sport cette notion voulant que chaque individu ait un potentiel de réussite?

[...] De toute manière, identifier des talents avant que les athlètes connaissent leur poussée de croissance est une perte de temps. Dans la vie d’un enfant, tellement de choses surviendront en termes de maturation physiologique, d’évolution de ses intérêts et aussi au niveau socio-économique, qu’il n’est pas logique de faire des sélections aussi tôt ou de privilégier un groupe par rapport à un autre, ajoute André Lachance.


Sur le site iCoacHockeyD, les réactions sont les mêmes. Les anciens professionnels (comme Maxime Talbot) et les entraîneurs de haut niveau (comme André Tourigny) avec qui nous échangeons trouvent que les 80 % de joueurs qui pratiquent le hockey méritent plus d’attention, mentionne Dominic Ricard.

Au cours des dernières années, Ricard dit avoir vécu une sorte de rappel à la réalité quand on lui a aussi confié, au Collège Saint-Bernard, la responsabilité des hockeyeurs de niveau récréatif.

Cette expérience a considérablement changé ma perspective du hockey. Ces jeunes ont les yeux grand ouverts quand on se retrouve le matin. Ils sont avides de nouveaux apprentissages et ils sont enthousiastes. Ils apprécient le fait de se retrouver dans un environnement bien structuré et ils adorent se faire raconter des histoires de hockey. Et je me rends compte, en discutant avec eux, qu’ils n’ont pas eu accès à toutes sortes de choses qu’on tient pour acquises au hockey double lettre.

L’expérience de mon propre fils m’a aussi fait réaliser à quel point la qualité de l’encadrement peut influencer la qualité de l’expérience sportive d’un enfant. Il a eu la chance d’être sélectionné au niveau compétitif à sa première année atome (M11). Il a participé à 42 séances d’entraînement cette saison-là, alors qu’il en aurait eu à peu près 10 dans le simple lettre. J’ai vu ses habiletés et son niveau de confiance bondir en flèche, sa passion pour le sport aussi, raconte-t-il.

Dominic Ricard plaide que les arguments avancés par André Lachance pour favoriser le développement sont exactement les mêmes lorsque l’objectif consiste à s’assurer que les jeunes éprouvent un réel plaisir à pratiquer leur sport.

Pour avoir du plaisir en faisant un sport, il faut avoir une opportunité de s’entraîner, de progresser, de recevoir de l’amour, de l’encouragement et de vivre des réussites. Comment peut-on ressentir du plaisir sans bénéficier d’un minimum acceptable d’encadrement? Comment un entraîneur peut-il ressentir du plaisir s’il n’est pas suffisamment outillé ou supporté? Pourquoi y a-t-il tant de gens frustrés dans les arénas? dit Dominic Ricard.

Sur la page Facebook d'iCoacHockeyD, ce dernier n’a d’ailleurs pas caché son dépit, avant les Fêtes, quand l’Association du hockey mineur de Boucherville a décidé de mettre fin à sa saison, mais seulement pour ses hockeyeurs des niveaux récréatifs.

On se demande souvent pourquoi des milliers de parents et de hockeyeurs se tournent vers le hockey scolaire et vers le hockey de printemps, et pourquoi ils sont prêts à payer plus cher pour ces activités. Mon expérience et mes observations me disent que c’est parce qu’ils veulent de l’encadrement et qu’ils savent que leur enfant progressera et qu’il aura du plaisir s’il en obtient.

Certains croient qu’un tel changement philosophique doit absolument être enclenché par Hockey Québec pour réussir. D’autres pensent que des associations locales avant-gardistes pourraient prendre les moyens nécessaires pour accorder le même niveau d’attention au développement de tous leurs hockeyeurs jusqu’à ce que soit complété, par exemple, leur niveau M13 (pee-wee). Et ce, peu importe leurs habiletés.

Les administrateurs d'iCoacHockeyD ont décidé de prêcher par l’exemple et d’organiser, à compter de la saison prochaine, des journées de rêve qui s’adresseront à des joueurs et à des entraîneurs du milieu du hockey récréatif. On amassera lors de ces activités des fonds qui serviront à aider des associations qui souhaitent mieux encadrer leurs joueurs et leurs entraîneurs au hockey simple lettre.

Répartir également l’accès au temps de glace et aux meilleurs outils de développement devrait-il être normal au hockey mineur? Le débat est maintenant lancé.

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