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Kevin Escoffier raconte son incroyable sauvetage au Vendée Globe

Il quitte le bateau de Jean Le cam après son sauvetage.

Kevin Escoffier en pleine mer

Photo : vendée globe

Le Vendée Globe, tour du monde sans escale et sans assistance, peut être impitoyable.

Dans la nuit du 30 novembre dernier, le skipper français Kevin Escoffier voyait son bateau se plier littéralement en deux. Il restera des heures dans son radeau de survie à attendre les secours. C’est le doyen de la course, Jean Le Cam, qui va se dérouter pour finalement le sauver.

C’est un homme souriant et détendu qui a bien voulu refaire le fil des événements de cette nuit tragique où il a vu son bateau couler.

Ce qui est incroyable dans cette histoire, c’est que le bateau s’est cassé en deux. L’étrave du bateau s’est pliée à 90 degrés. On pensait tous que les Imoca sont insubmersibles. Normalement, quand le bateau descend dans une grosse vague de plusieurs étages, il remonte automatiquement. Là, il s’est brisé en deux et l’eau a commencé à monter rapidement, explique, encore un peu incrédule, le navigateur.

Voyant l’eau envahir la coque à une vitesse vertigineuse, son premier réflexe a été d’enfiler sa combinaison de survie et d’envoyer rapidement un message texte à son équipe avant que tous les ordinateurs de bord soient submergés.

Là, je suis allé sécuriser mon radeau, qui était la seule embarcation qui ne prenait pas l’eau à bord, raconte Kevin Escoffier en souriant.

Onze heures dans un radeau de survie

Une fois dans le radeau, la première pensée que j’ai eue, c’est que la journée était mal engagée. Et puis j’ai pensé à mes enfants. Je ne sais pas chez vous, mais, ici, le Vendée Globe est suivi dans les écoles au jour le jour. Je ne voulais surtout pas qu’ils l’apprennent et j’espérais que l’on repousserait le moment où on allait leur dire ce qui arrivait, quand on allait me récupérer.

Franchement, je ne pensais pas que j’allais rester aussi longtemps, car, en général, quand on fait des stages de survie, on ne reste que très peu de temps dans le radeau. J’ai fait le tour de tout ce que j’avais en ration de nourriture, d’eau et j’ai, bien sûr, retiré l’eau qui était dans le radeau pour être le plus sec possible.

Durant toutes ces heures où il est ballotté comme une coquille de noix par des vagues de cinq mètres, le skipper pense aux secours, à ce qu’il peut faire pour améliorer sa situation, à ses balises de détresse. Vont-elles fonctionner correctement? Jusqu’au moment où il aperçoit le navigateur Jean Le Cam qui s’est porté à son secours.

Il a quitté le bateau de Jean Le Cam.

Kevin Escoffier dit au revoir à son sauveteur

Photo : vendée globe

Quand j’aperçois le bateau de Jean en pleine nuit, je savais que mes balises fonctionnaient. Il n’a pas pu venir me chercher tout de suite, car les conditions étaient trop dures pour faire une manœuvre de passer du radeau à son bateau. Après, je me suis dit que c’était juste une question de temps. Tout ce temps, j’étais confiant que des concurrents me trouvent. Je me disais juste : "Dans combien de temps!"

Kevin Escoffier doit maintenant se jeter dans une mer déchaînée et se hisser à bord avec le risque, toujours présent, de se faire écraser par le bateau en mouvement. Une fois à bord, il est enfin soulagé et peut laisser aller ses émotions.

Il faut imaginer que j’ai passé 11 heures dans le radeau et que je commençais à avoir des hallucinations. En plus, il a fallu que je me jette à l’eau en pleine nuit dans une mer hostile. Jean avait manœuvré son Imoca toute la nuit pour me retrouver, il était également épuisé. On est tombés dans les bras l’un de l’autre en hésitant entre les pleurs de rires ou des larmes. C’étaient des émotions assez fortes et, puis après, on est soulagés. Le premier coup de téléphone a été pour ma femme pour la rassurer, explique-t-il, encore ému.

Dans son malheur, Kevin Escoffier ne pouvait pas mieux tomber en se retrouvant sur le bateau de Jean Le Cam, car son sauveteur providentiel a lui-même été rescapé lors du Vendée Globe 2008-2009. Il avait alors perdu la quille de son bateau et avait dû attendre 14 heures sans pouvoir donner de nouvelles avant d’être retrouvé par le navigateur Vincent Riou.

Durant cinq jours, Escoffier bénéficiera de la triste expérience de Le Cam pour mieux comprendre la sienne.

C’est vrai que passer cinq jours avec Jean où l’on a pu parler de lui et ce qu’il lui est arrivé, cela permet d’avoir un sas de décompression et de se rassurer psychologiquement. Ça a été une petite passerelle psychologique avant de revenir à terre et, déjà sur son bateau, je m’imaginais la suite plutôt que ce qui m’était arrivé.

Déjà d'autres projets en mer

Le marin breton ne s’est jamais dit qu’il ne reviendrait pas, même s’il connaît les risques inhérents à ce genre de course. Il reconnaît tout de même que c’est plus difficile pour ceux qui restent à terre et qui imaginent toutes sortes de choses.

Je peux vous assurer que c’est plus dur pour ma femme que pour moi. Elle, elle me croyait véritablement mort, comme pas mal de monde autour de moi. Tandis que moi, j’étais toujours dans l’action pour tenter de me sortir de cette situation, et je pense que c’est ce qui fait que je m’en suis sorti aussi.

Kevin Escoffier, skipper

Il faudra maintenant qu’on en reparle tous les deux avant que je ne reparte en mer, dit-il en riant.

Kevin Escoffier reconnaît que c’est un échec et il est clair dans sa tête qu’il ne veut pas rester sur un échec. Sa passion est trop forte.

Je suis déjà en train de travailler sur un projet pour 2024 avec mon commanditaire PRB qui continue à me soutenir. Je ne pense pas retourner dans un enfer, car l’enfer c’est qu’on est arrivé au bout. Et moi, je ne suis pas encore arrivé au bout de mes limites.

Un homme en noir dans son bateau

Kevin Escoffier le 24 octobre, à deux semaines du départ du Vendée Globe

Photo : afp via getty images / LOIC VENANCE

Quand on lui demande s’il n’y a pas une part d’égoïsme de faire passer sa passion avant sa famille, le marin chevronné ne détourne pas la question

C’est une très bonne question, répond d’emblée le skipper.

C’est un équilibre qui n’est pas facile. On a tous lu un peu de philosophie à l’école où l’on apprend que les passions peuvent être dévastatrices. Quand je dis passion, j’essaie de garder la raison. Et cette famille qui me permet de vivre de cela, qui me permet de vivre ces plaisirs-là en mer, eh bien, j’essaie de leur redonner à ma manière, car il faut que tout le monde y trouve sa part des choses.

Sur la course qui est loin d’être terminée, Escoffier reconnaît que cette édition est hors normes, mais que, finalement, tous les Vendée Globe le sont et que tous les quatre ans une autre histoire s’écrit.

À la fin de l’entretien, quand nous avons demandé au miraculé du Vendée Globe si, franchement, il y a un moment durant la course où il s'est demandé ce qu'il faisait là, il n'a pas éludé la question.

Je vais répondre, je n’ai pas de problème avec ça. Il y a plein de moments où c’est dur. L’idée, c’est d’aller chercher dans nos retranchements, c’est de la compétition. Il y a donc des moments où l’on est fatigué, où le moral n’est pas forcément toujours là et c’est justement là que le moral fait une différence. Là où le skipper va faire la différence, c’est avec cette force-là!

Ce que j’ai appris de ce Vendée Globe? C’est que je peux faire des courses en solitaire, car c’était seulement ma deuxième expérience. Avant que je ne casse mon bateau, j’étais 3e, pas loin de la 2e place. Alors, j’ai su que je n’étais pas ridicule et qu’il fallait compter avec moi sportivement.

Kevin Escoffier, skipper

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