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Le Tournoi des maîtres a souri au judoka Antoine Bouchard

Le judoka québécois projette son adversaire au sol.

Antoine Bouchard (en bleu) et Khikmatillokh Turaev à Doha

Photo : Judo Canada

Après la médaille de bronze de Jessica Klimkait, l'autre performance canadienne digne de mention au Tournoi des maîtres de Doha, la semaine dernière, a été la 5e place d'Antoine Bouchard. C'est de bon augure à six mois des Jeux olympiques.

Il a été battu en demi-finale, puis il s'est incliné dans son combat pour la médaille de bronze devant le 5e mondial, l'Ouzbek Khikmatillokh Turaev, par un point (waza-ari).

Sa performance d'ensemble de trois victoires et deux défaites a été saluée par le directeur général de Judo Canada, Nicolas Gill, qui accompagnait l'équipe au Qatar.

Antoine a perdu un combat excessivement serré pour la médaille de bronze. Sa performance a été très positive, a dit Nicolas Gill. Il a changé de catégorie, il a eu plusieurs blessures, des opérations.

C'était sa meilleure performance depuis qu'il est monté dans les moins de 73 kg et sa meilleure performance depuis les Jeux de Rio [5e, NDLR], n'hésite-t-il pas à dire. De le revoir performer à ce niveau-là, c'est de très bon augure pour la suite.

Il porte des écouteurs sur la tête.

Antoine Bouchard en entrevue à distance avec Radio-Canada Sports

Photo : Société Radio-Canada

De retour au Québec, Antoine Bouchard, en quarantaine dans son appartement de Montréal, est revenu sur son voyage et sur sa prestation au Qatar.

Je dirais que la notion même de voyager est toujours un peu plus stressante qu’avant la pandémie, explique l'athlète de Jonquière. Il y a déjà eu deux ou trois tournois de judo qui ont été faits à l’international. On a vu que les mesures étaient suffisamment bonnes pour permettre la tenue de compétition. Mais il y a toujours la crainte qu’on puisse attraper le virus dans l’avion et dans les aéroports. Mais si on veut continuer à compétitionner, il faut aller au-delà de cette crainte-là.

Après son opération à une épaule en février 2019, Bouchard a pu revenir à la compétition un an plus tard. Il a fait partie de ceux qui ont été heureux du report des Jeux olympiques à 2021.

Vu que les Jeux ont été retardés, ça m’a donné un an de préparation additionnelle. À mon retour en février 2020, j'ai participé à deux compétitions qui ne s’étaient pas très bien passées. Les six mois de confinement et de préparation à la maison m’ont vraiment donné le temps de renforcir mon épaule et de la stabiliser encore plus.

Là, je peux faire avec mon épaule, dans 99 % des cas, exactement ce que je faisais avant ma blessure, affirme-t-il. Et je n’ai aucun problème.

Après avoir gagné, à son retour à la compétition aux Championnats panaméricains en décembre, dans sa nouvelle catégorie, Antoine Bouchard a abordé le Tournoi des maîtres, réservé aux 36 meilleurs du monde, dans un très bon état d'esprit, malgré les conditions d'entraînement difficiles au Québec.

Je suis parti à Doha avec plus de confiance, mais je savais que le niveau allait être beaucoup plus élevé qu'aux Championnats panaméricains. Et je sais aussi que nos conditions d’entraînement ne sont pas optimales malheureusement, rappelle-t-il.

Avant la pandémie, on pouvait voyager beaucoup, faire beaucoup de camps à l’international pour compenser le fait qu'on est un petit bassin de judokas au Canada. Là, on est vraiment coincés pour s’entraîner, la possibilité de faire des camps internationaux n’existe plus.

Antoine Bouchard, judoka

Le piège de la bulle

Antoine Bouchard a vite réalisé que s’entraîner en bulles de quatre nuit à sa progression.

Même si on est quatre judokas de haut niveau, j’ai avec moi Antoine Valois-Fortier (-81 kg) et Arthur Margelidon (-73 kg), des gens qui compétitionnent au niveau international et qui font régulièrement des médailles, ça reste qu’éventuellement, après une semaine ou deux à se battre toujours avec les mêmes personnes deux, trois fois par jour, on développe malheureusement des habitudes contre ces personnes-là.

Ça nous nuit à la longue. On développe des trucs, on prend de mauvais plis, alors que si on se battait contre plus de personnes, on ne les développerait pas nécessairement. Et chacun a son propre style. Moi, je suis grand et gaucher, Antoine est grand et droitier, Arthur est gaucher et a un style assez classique. Je ne peux pas demander aux personnes dans ma bulle de dénaturer leur judo.

Dans le combat pour la médaille de bronze contre Turaev, Bouchard s'est laissé surprendre par une projection en milieu de combat.

L’avantage de faire des camps internationaux, ça nous aide à connaître nos différents adversaires, fait remarquer le Québécois. Turaev, c’est la première fois que je l’affrontais en tournoi. Je l’avais combattu en camp d’entraînement il y a quatre ans. Mon opération m’a tenu à l’écart des camps internationaux. Si j’avais pu l’affronter une ou deux fois, sa technique de projection n’aurait peut-être pas fonctionné.

Antoine Bouchard s'est fait piéger par plus fort que lui, mais il a pris des notes qui lui serviront plus tard.

On avait décidé Nicolas et moi d’une stratégie que j’ai appliquée à la lettre. Tout s’est bien passé. Les deux points négatifs, il y a eu la projection qui m’a coûté le combat et une opportunité au sol d’une trentaine de secondes que j’ai eue, mais sur laquelle je n’ai pas pu capitaliser. J’aurais pu gagner le combat là-dessus, car c’est quand même une technique pour laquelle je suis à l’aise normalement. Mais je n’ai pas pu en profiter.

Il est allongé sur le dos, en judogi bleu, alors que son adversaire lève les bras au ciel.

Antoine Bouchard (en bleu) à la fin du combat pour la médaille de bronze à Doha

Photo : FIJ

C’est certain que je vais me rappeler de certains détails et les appliquer dans mes prochains combats. C’est un adversaire de haut niveau et c’était un combat serré. Et c’est quand on affronte les meilleurs au monde que les petits détails peuvent faire la différence.

Malgré cette défaite, Bouchard sait qu'il a accompli un grand pas dans sa préparation olympique.

C’est difficile de ne pas être content quand on a été top 5 dans un tournoi aussi relevé. D’un autre côté, la 5e place, c’est aussi la position la plus frustrante, car tu sais que tu as connu une bonne journée. Mais ça finit sur une mauvaise note, une défaite, dit-il. J’ai gagné mes trois premiers combats et j’ai perdu les deux suivants, c’est surtout ça qui est un petit peu difficile à vivre avec.

Il ne connaît pas le calendrier de ses prochains tournois. Il a pourtant besoin de faire des compétitions internationales. Mais l'obligation de s'isoler au retour au pays représente un casse-tête pour Judo Canada puisque, chaque fois, les athlètes perdent deux semaines d'entraînement.

Provoquer un combat de barrage

Bouchard a besoin de marquer des points pour remonter au classement. Il est 23e chez les moins de 73 kg, son compatriote Arthur Margelidon est 4e.

Si Bouchard veut aller à Tokyo, il devra provoquer un combat de barrage entre les deux, car le Canada n'a droit qu'à un représentant par catégorie.

Il y a deux situations pour qu’on ait un combat de barrage : si je rentre dans le top 8 ou si Arthur sort du top 8, et qu’on est tous les deux dans le top 18.

Ils s'agrippent.

Arthur Margelidon et Antoine Bouchard durant un combat

Photo : Gabriela Sabau

C’est certain que, pour moi, chaque tournoi va compter, il en reste peut-être six ou sept avant les Jeux. Et il y a les Championnats du monde en juin qui donnent beaucoup de points. Donc, oui, je peux remonter dans le top 8 d’ici les Jeux avec le nombre de points disponibles, affirme le judoka de 26 ans. Ça reste l’objectif final.

Et l’avantage d’avoir les mondiaux juste avant les Jeux, c’est que tu es capable d’aller chercher ton peak de performance à ce moment-là et de le maintenir jusqu’aux Jeux.

À condition qu'ils aient lieu. Et, pour le moment, ce n'est pas garanti. Pour la compétition de judo, certains pays arriveront mieux préparés que d'autres, comme l'a rappelé Nicolas Gill.

Certains pays ont pris de l'avance sur notre préparation. Les différences de restrictions d'un pays à l'autre sont gigantesques.

Nicolas Gill, directeur général de Judo Canada

Le tournoi de judo des Jeux de Tokyo ne sera sans doute pas représentatif de la qualité des pays et de la hiérarchie mondiale, ce qui va peut-être fausser les résultats.

On va un peu à la guerre avec un couteau suisse, lance Antoine Bouchard.

Je pense à l’Ouzbékistan. Je voyais des vidéos pendant la période de confinement en avril, mai, juin. Ils s’entraînaient tous les jours sans aucune mesure qu’on pouvait voir. C’est clair qu’on est désavantagé à ce niveau-là, car on n’a pas eu les mêmes conditions d’entraînement.

Plus on va s’approcher des Jeux, quand on aura une meilleure idée, je pense que Judo Canada et Nicolas Gill vont trouver les meilleures solutions pour qu’on puisse s’entraîner, que ce soit un voyage à l’international dans un pays qui peut nous accueillir ou autre chose.

L'équipe canadienne devra sans doute quitter le pays pour parfaire son entraînement avant les Jeux. Nicolas Gill l'envisage. On devrait savoir à la fin mars si les Jeux auront en effet lieu, avec le début du relais de la flamme le 25 mars.

Il y a encore beaucoup d’occasions d’aller chercher des points. Il faut juste optimiser ça cas par cas, a conclu Bouchard.

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