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Chronique

Hellen Baleke, se battre pour survivre

Elle est debout, médaille au cou, et a les poings levés.

Hellen Baleke avec sa médaille des Jeux africains

Photo : Hellen Baleke/Facebook

Marie-José Turcotte

Oui, on en a tous marre du confinement, marre de la COVID-19, marre des consignes. Comme vous, je suis blasée par notre perte de mobilité et de liberté, par nos vies chamboulées, par les événements sociaux, culturels, sportifs annulés les uns après les autres, par le vaccin qui n’arrive pas assez vite. La litanie, quoi!

C’était avant que je tombe sur cette histoire, celle d’Hellen Baleke qui m’a fait me dire : Hum! Quand on se compare…

Qui est Hellen Baleke? Une femme d’exception!

Aux derniers Jeux africains en août 2019, elle est devenue la première Ougandaise à remporter une médaille en boxe dans des Jeux majeurs, le bronze chez les 75 kg.

Hellen Baleke s’est mise à la boxe par obligation. Elle vit dans un immense bidonville, Katanga, dans la capitale ougandaise Kampala. À l’âge de 16 ans, alors qu’elle marche dans les dédales de cette cité informelle, elle est agressée par un homme.

Hellen n’est pas du genre victime. Elle décide que c’est la dernière fois qu’on abuse d’elle. Elle apprend les bases du combat. Elle est maintenant athlète-entraîneuse au club Rhino. Sa plus grande satisfaction : aider les femmes à apprendre l’autodéfense, grâce à la boxe.

Elle a confié dans un reportage de CNN à la fin novembre 2020 qu’à Katanga, on doit se battre pour survivre, surtout si l’on est une fille.

Pour regarder le reportage de CNN, cliquer ici (Nouvelle fenêtre).

Selon l’Organisation mondiale de la santé, plus de 50 % des femmes en Ouganda seront victimes de violence au moins une fois dans leur vie. Ce qui, selon les Nations unies, se traduit par plus d’un million de femmes victimes de violence chaque année.

Elle est dans une file avec son accréditation au cou.

Hellen Baleke aux Jeux africains

Photo : Hellen Baleke/Facebook

Pour revendiquer sa sécurité, Hellen Baleke s’est tournée vers l’autonomie. Elle sait très bien que ces femmes à qui elle enseigne à se défendre vont accumuler un bagage d’expérience, mais qu’elles ne gagneront pas leur vie avec leurs poings. Elle a donc mis sur pied un petit atelier de couture où elle leur apprend à coudre. C’est sa manière d’offrir un débouché à ces battantes.

Si vous êtes derrière une machine à coudre, en train de confectionner quelque chose, c’est possible de faire de l'argent. Parce que vous ne pourrez pas boxer toute votre vie, a-t-elle confié à CNN.

En même temps, son petit commerce se retrouve dans ce que l’on appelle là-bas les entreprises informelles ou l’économie parallèle.

Une étude réalisée en 2018 par l'Initiative stratégique pour les femmes dans la Corne de l'Afrique (SIHA), 66 % des entreprises informelles de Kampala appartiennent à des femmes et elles constituent également la majorité des travailleurs informels, peut-on lire dans un article du 2 avril 2020 sur le site Global Voices.

Évidemment, ce type d’emploi est précaire, mal rémunéré et sans protection. Mais, paradoxalement, il offre une manière d’accéder à une forme d’indépendance. Une prise en charge remise en cause, avec la pandémie, puisque la majorité de ces activités ont dû ralentir ou s’arrêter.

D’ailleurs, Hellen Baleke a hâte de pouvoir reprendre ses activités. Dans un article du site Inside the Games du 10 janvier dernier, elle confirme que son atelier de couture et son club de boxe ont dû fermer. Ce qui complique le quotidien.

Le Réseau des femmes ougandaises a publié un communiqué le 27 mars sur la réalité des femmes qui travaillent dans les marchés, mais qui s’applique à l’ensemble des travailleuses informelles. D’abord pour remercier le gouvernement d’agir avec promptitude pour prévenir et maîtriser la COVID-19, mais aussi pour faire part de leurs inquiétudes quant aux pertes économiques et à la précarité de ces travailleuses.

La complexité de la réalité de ces femmes devrait être prise en considération afin de ne pas exacerber les inégalités de genre déjà existantes, la charge des tâches de soin et la violence institutionnalisée à leur égard.

Même si l’on sait que la COVID touche jusqu’à maintenant beaucoup moins l’Afrique, la pandémie ajoute là-bas une couche de difficulté sur des vécus qui sont tout sauf simples.

Malgré toutes ces embûches, Hellen Baleke ne baisse pas les bras. Je vis dans le pire des bidonvilles, mais ça ne m’empêche pas de poursuivre mes rêves, a-t-elle déclaré à CNN.

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